Renault a confirmé lundi soir à l’AFP que « la démarche se concrétisait » pour créer une filière française de fabrication de drones militaires, « avec un projet en partenariat avec Turgis Gaillard », après une information de presse sur ce futur contrat et le choix de deux usines françaises. Le magazine Usine Nouvelle a écrit ce lundi que Renault allait fabriquer des drones militaires dans ses usines du Mans et de Cléon, en collaboration avec l’entreprise de défense Turgis & Gaillard, un contrat potentiel d’un milliard d’euros sur dix ans.
Un vrai conte de fées industriel ! Des chaînes qui débitaient des Zoé et des Captur, demain assembleront des Chorus, charmantes munitions téléopérées à longue portée – en gros, des drones kamikazes low-cost made in France, gentiment inspirés des Shahed iraniens, mais à la marque du losange. Un milliard d’euros sur dix ans, le tout piloté par la DGA. On comprend que l’État actionnaire applaudisse des deux mains. Et Renault devient champion de la diversification… Quand l’électrique patine et que les ventes toussent au point que même l’État n’y croit plus, alors rien de tel qu’un petit contrat défense pour relancer la machine. Faire dans le létal, ça va surement être réjouissant pour l’O.S. qui boulonnait des pots d’échappement.
Mais revenons en juin dernier. Sébastien Lecornu, encore ministre des Armées à l’époque, claironne fièrement qu’une « grande entreprise produisant des voitures françaises » va s’associer à une PME de défense pour installer des lignes de production de drones directement en Ukraine, à quelques dizaines de kilomètres du front. FranceInfo pointe Renault du doigt. Le groupe confirme poliment avoir été contacté, mais qu’« aucune décision n’est prise ».
L’été passe, les salariés s’énervent, « On a signé pour des bagnoles, pas pour des bombes volantes », les syndicats grognent et l’idée d’usine en Ukraine prend l’eau. Trop risqué ? Trop politiquement incorrect ? Trop compliqué logistiquement ? Alors le projet mute subtilement, exit la production sur le sol ukrainien, et bonjour la filière nationale, mais pour l’armée française cette fois. Le Chorus devient le nouveau chouchou de la DGA, et Renault se retrouve à bricoler des « loitering munitions » comme on dit dans le jargon, dans ses usines normandes et sarthoises.
Donc, après quelques mois de communication un peu floue à la sauce syndicaliste remonté, un petit contrat franco-français vient finalement combler notre retard dans le domaine des drones low-cost. Si Renault n’a jamais vraiment nié les contacts initiaux, en bougonnant tout de même un petit peu, là il n’est pas question de cracher sur un bon milliard d’euros. Et puis, produire des drones pour l’armée française au chaud dans la Sarthe, c’est quand même plus confortable que d’être à la portée des « HIMARS » russes par les temps qui courent.