Vaccins, cancer et liberté académique : le Pr Wafik El-Deiry secoue le débat et plaide pour un vrai consentement éclairé sur les vaccins à ARNm


Figure majeure de l’oncologie de précision, le Pr Wafik El‑Deiry, directeur du Legorreta Cancer Center à l’université Brown et vice‑doyen de sa faculté de médecine, a livré un débriefing dense et sans fard. Invité par France‑Soir, l’oncologue revient sur trois décennies de recherche, ses travaux récents sur la protéine Spike et la voie P53, et les controverses qui ont suivi ses prises de position au sujet des vaccins à ARNm contre la COVID‑19. « Nous devons laisser la science faire son travail, avec la liberté de pensée et le libre échange d’idées », martèle-t-il. « Ce n’est pas ainsi que la science devrait fonctionner » lorsqu’elle est sous pression.

 

Un pionnier de P53 devenu découvreur de médicament

Clinicien‑chercheur « les deux pieds dans le soin et la recherche », El‑Deiry s’est fait connaître dans les années 1990 à Johns Hopkins en identifiant le gène WAF1, un acteur clé de la réponse au suppresseur de tumeur P53. « C’est devenu central pour comprendre comment les cellules cessent de se diviser pour réparer les dommages et éviter de se transformer en cancers », rappelle-t-il. Son laboratoire a ensuite relié l’activation de P53 à l’expression de « récepteurs de mort » exploités par l’immunité innée pour éliminer les cellules tumorales après chimio‑ ou radiothérapie.

Ce fil l’a conduit, il y a 18 ans, à un criblage qui débouche sur une petite molécule, aujourd’hui connue sous le nom de dordaviprone (ANK201). « Elle vient d’être approuvée par la FDA comme premier traitement ciblé pour un gliome médian diffus H3K27‑muté, une tumeur cérébrale agressive chez l’enfant et l’adulte », souligne-t-il. « Je ne me suis pas réveillé un jour en me disant : je vais découvrir un médicament contre les cancers du cerveau. Mais c’est ce que nous avons vécu. »

COVID‑19, Spike et P53 : poser les questions, même difficiles

Dès 2020, son équipe s’implique dans des travaux COVID à Brown, en s’appuyant sur leur expertise en immunité innée. Ils observent notamment des effets pharmacologiques qui, selon eux, pourraient influencer l’infection virale. Mais c’est surtout sa ligne de recherche sur les interactions entre la protéine Spike et P53 qui l’expose aux polémiques. « Nous avons publié en 2024–2025 des données préliminaires suggérant une atténuation de l’activité de P53 par Spike dans des modèles cellulaires, évaluée par gènes rapporteurs, cibles endogènes et sensibilité à des chimiothérapies », explique-t-il, en précisant que ces observations devraient, à ses yeux, être intégrées à la « conception des vaccins » pour « maximiser l’effet antiviral et minimiser les dommages collatéraux ».

Membre d’un groupe de travail sur la vaccination COVID qui rapporte à l’ACIP (comité consultatif américain sur l’immunisation), El‑Deiry dit avoir passé au crible la littérature sur COVID, ARNm et cancer – ce qui vaudra à la revue ayant publié son étude récente (janvier 2026) de subir une attaque DNS et de vives attaques sur les réseaux sociaux.

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Il insiste sur la « nécessité de mieux documenter » la biodistribution, la persistance des ARNm et de Spike, les mécanismes potentiels d’effets indésirables et le suivi à long terme, tout en reconnaissant la rareté relative de certains événements et la complexité de la causalité. 

« On me dit : il n’y a pas de signal évident et des milliards de doses ont été administrées. Je réponds : où sont les données robustes au long cours, après 5, 6, 7 injections, par tranches d’âge et facteurs de risque ? »

 
Consentement éclairé et hétérogénéité du risque

L’axe central de son plaidoyer est éthique. « Le public est intelligent et avisé. Peu importe à quel point un événement est rare, s’il s’est produit, on peut l’inclure dans le consentement », défend-il. Il appelle à « affiner les risques selon les situations » (âge, antécédents, grossesse, immunité post‑infection, comorbidités), et à exposer clairement les inconnues. « Nous ne sommes plus au milieu d’une pandémie dévastatrice mais cinq ans plus tard. Il est temps d’obtenir des réponses. »

Interrogé sur une possible hausse des cancers et d’éventuels liens avec les infections ou la vaccination, il reste prudent mais demande que les signaux — notamment des cas proches des sites d’injection, des lymphomes, des tumeurs cutanées ou ORL rapportés dans la littérature — soient « recensés et étudiés sans a priori ». « Dans le cadre d’essais cliniques, un seul décès inattendu déclenche des alertes et enrichit le consentement éclairé. Pourquoi en serait‑il autrement ici ? »

 
Censure, attaques et climat délétère

Depuis la publication de ses travaux sur Spike et P53, El‑Deiry dit faire face à une vague d’attaques : « On remonte trente ans en arrière pour traquer des ‘irrégularités’ de gels ou pointer des erreurs typographiques. En un an et demi, rien n’a été trouvé en matière de fraude ou de faute professionnelle. » Il déplore « les campagnes anonymes », « la diffamation » et « la peur en chaîne » chez les employeurs, revues et bailleurs qui déclenchent des enquêtes. « Cela entrave la créativité et le processus scientifique », insiste-t-il, appelant à des « lignes directrices » claires pour les revues et agences, et à une réflexion gouvernementale, voire inter‑agences, pour protéger la liberté académique.

 

Une voie réglementaire pour revisiter les autorisations ?

Sur le plan des politiques publiques, le professeur avance une proposition personnelle : « Il existe probablement un moyen d’obtenir la révocation ou la révision des autorisations des vaccins à ARNm COVID par la FDA, sur la base de nouvelles preuves d’effets inattendus ou de questions de qualité liées à des processus de fabrication modifiés. »

Il évoque la nécessité « d’un examen rigoureux » des données de qualité et de sécurité, y compris sur la mesure des contaminants potentiels, et plaide pour « des orientations différenciées » selon les groupes de population et l’historique vaccinal. « Les individus jouissent d’une autonomie et doivent pouvoir dire non sur la base d’un consentement éclairé. »

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Ni prosélyte ni anti‑vaccin, El‑Deiry se veut méthodique : « Notre objectif n’est pas d’empêcher qui que ce soit d’être vacciné. Si un patient et son médecin décident que c’est dans son intérêt, il doit y avoir accès. Mais nous devons être honnêtes sur ce que nous savons et ne savons pas. » 

Et de conclure, en forme de leitmotiv: « Laissez la science travailler. La vérité et la confiance en dépendent. »





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