L’Iran, berceau d’une des plus anciennes civilisations du monde, traverse en janvier 2026 une crise existentielle qui pourrait marquer la fin de la République islamique telle que nous la connaissons. Déclenchées par une implosion économique, les manifestations massives ont muté en un soulèvement national contre le régime théocratique, avec un bilan humain effroyable et des répercussions géopolitiques mondiales. A la lumière des développements des derniers jours, cet article propose une analyse historique, explore la structure duale de l’État, le dossier nucléaire, les enjeux sociétaux, la qualité exceptionnelle de la formation des ingénieurs iraniens, et évalue les perspectives post-adhésion aux BRICS. Avec un angle sur « l’Iran au bord du tipping point : vers une révolution Pahlavi ? », nous analysons si un changement de régime pourrait propulser l’Iran vers un retour parmi les nations les plus développées, et à quelle vitesse.
Résumé vidéo de l’article :
Les événements actuels en Iran et leur importance géopolitique
Tout a commencé fin décembre 2025, au cœur du Grand Bazar de Téhéran, la capitale iranienne. Les gens protestaient contre l’économie qui s’effondre : l’argent local, le rial, vaut de moins en moins. Imaginez : il faut plus d’un million de rials pour acheter un seul dollar américain ! Les prix des aliments ont grimpé de 70 % en un an, et l’inflation – c’est-à-dire la hausse générale des prix – dépasse 40 %. C’est comme si votre panier de courses doublait de prix du jour au lendemain.
Ces protestations, qui touchent maintenant toutes les provinces du pays (l’Iran en compte 31, comme des régions administratives), ne sont plus seulement sur l’argent. Les manifestants crient « Mort au dictateur » et appellent à la fin de la « République islamique », le système de gouvernement en place depuis 1979. Les femmes, en particulier, reprennent le slogan « Femme, Vie, Liberté », un cri lancé en 2022 après la mort d’une jeune femme arrêtée pour ne pas porter correctement son voile obligatoire.

Le régime répond par une répression féroce : tirs à balles réelles, snipers, milices Basij et même, selon des rapports récents, l’utilisation d’armes chimiques sur les manifestants. Un blackout internet imposé depuis le 8 janvier a été partiellement levé le 18 janvier après 238 heures, bien que filtré, permettant une diffusion accrue de vidéos et témoignages. Le régime accuse les États-Unis, Israël et des « mercenaires étrangers » (afghans, irakiens, Hezbollah) d’orchestrer le chaos, mais des défections au sein de l’armée et des Gardiens de la Révolution (IRGC) émergent.
Géopolitiquement, cette crise est un séisme. Affaibli par la chute de Bashar al-Assad en Syrie (2024) et la « guerre de 12 jours » contre Israël et les États-Unis en juin 2025 – qui a détruit des installations nucléaires et balistiques –, l’Iran risque l’implosion. Un effondrement du régime affaiblirait ses proxies (Hezbollah, Hamas, Houthis), favorisant une normalisation régionale avec Israël et les États arabes. Inversement, une survie par la force pourrait entraîner une guerre ouverte, avec des menaces de frappes supplémentaires d’Israël. Le président américain Donald Trump impose des tarifs douaniers de 25 % sur les partenaires commerciaux de l’Iran (Chine, Inde, Russie) et menace d’intervention militaire pour « protéger les manifestants ». L’ONU a tenu une session d’urgence le 14 janvier, et des appels à expulser les diplomates iraniens se multiplient.
Développements des derniers jours (13-18 Janvier 2026) : une escalade dramatique
Les cinq derniers jours marquent une intensification critique. L’Institute for the Study of War (ISW) note une réduction des manifestations actives (de 27 à 6 provinces entre le 8 et le 13 janvier) due à la répression, mais le NCRI rapporte un 17e jour consécutif d’insurrection le 15 janvier. Al Jazeera confirme des clashes persistants malgré le blackout.
Le bilan parait s’alourdir exponentiellement si l’on en croit les quelques informations rapportées : des rapports initiaux de 544 tués ont grimpé à au moins 2 000 (CNN, 13 janvier), mais des posts sur X au 18 janvier évoquent un « génocide » avec 12 000 tués en deux jours, un total de 23 000 morts, plus de 20 000 détenus torturés, et 1 000 blessés aux yeux par tirs ciblés. Des allégations de viols en prison et d’exécutions massives émergent, avec le cas d’Erfan Soltani, battu à mort après un report d’exécution suite à l’intervention de Trump.
Internationalement, Trump qualifie Khamenei de « malade » le 17 janvier et considère une action militaire, ordonnant des retraits de bases US régionales. Le président iranien Pezeshkian avertit qu’une attaque sur Khamenei équivaudrait à une « guerre totale ». Des manifestations pro-Pahlavi en Allemagne (Cologne, 17 janvier) et des attaques sur des exilés iraniens à Hambourg soulignent une polarisation globale. Des critiques envers l’hypocrisie internationale (silence des féministes pro-Palestine) affluent sur X.
Cette escalade rend la crise plus volatile : un point de bascule où le régime pourrait s’effondrer sous la pression interne et externe.
L’histoire moderne de l’Iran : du shah à la révolution islamique – une analyse étendue
L’histoire de l’Iran, de l’Empire achéménide (559-330 av. J.-C.) à aujourd’hui, est marquée par des cycles de grandeur et de déclin. Au XXe siècle, la dynastie Pahlavi (1925-1979) incarne la modernisation. Reza Shah (1925-1941), fondateur, impose des réformes laïques : alphabet latinisé, éducation obligatoire, interdiction du voile, industrialisation. Influencé par Atatürk, il renforce l’armée et les infrastructures, mais son autoritarisme et son alliance avec les Alliés pendant la second guerre mondiale (WWII) semblent l’avoir mené à son abdication sous un ressenti « anti monde occident » montant.
Son fils, Mohammad Reza Shah (1941-1979), accélère la modernisation via la « Révolution blanche » de 1963 qui mène à une réforme agraire redistribuant les terres, le droits des femmes (vote, divorce), une alphabétisation massive, et un boom pétrolier. L’Iran devient une puissance régionale, avec une croissance de 10 % annuelle dans les années 1960-1970, des universités de classe mondiale et des alliances avec les États-Unis (membre du CENTO). Cependant, la répression via la SAVAK (police secrète), les inégalités croissantes (élites urbaines vs. ruraux pauvres), et une occidentalisation perçue comme aliénante alimentent le mécontentement. L’opposition mélange marxisme, nationalisme et islamisme chiite. Un épisode clé sous son règne est celui de Mohammad Mossadegh, Premier ministre démocratiquement élu en 1951, qui nationalisa l’industrie pétrolière pour affirmer l’indépendance iranienne face aux intérêts britanniques et américains. Évincé par un coup d’État orchestré par la CIA et le MI6 le 19 août 1953 (opération Ajax), Mossadegh fut arrêté, renforçant le pouvoir du Shah mais semant les graines d’un ressentiment anti-occidental durable.

Les protestations de 1978, amplifiées par des grèves pétrolières et des funérailles massives, culminent avec le départ du Shah le 16 janvier 1979 pour l’Égypte, puis les États-Unis. Exilé, il meurt en 1980. Ce départ, perçu comme une victoire populaire, ouvre la voie à l’ayatollah Ruhollah Khomeini, rentré le 1er février 1979 après 15 ans d’exil. Khomeini, charismatique clerc chiite, mobilise via des cassettes audios et un discours anti-impérialiste. Un référendum en avril 1979 établit la République islamique, avec le « velayat-e faqih » : le Guide suprême (Khomeini jusqu’en 1989) comme autorité absolue, fusionnant religion et État.
La révolution engendre des purges (exécutions de 10 000 opposants), la prise d’otages à l’ambassade US (1979-1981, 444 jours), et la guerre Iran-Irak (1980-1988), déclenchée par Saddam Hussein avec le soutien occidental. Le coût humain s’élève 1 million de morts et l’économie est ravagée. Post-Khomeini, Ali Khamenei (depuis 1989) consolide un régime conservateur, malgré des phases réformistes (Khatami 1997-2005) étouffées. Cette histoire explique les interrogations actuelles : la révolution, vue comme libératrice par les islamistes, est aujourd’hui contestée comme une régression par la jeunesse.
La structure de l’État Iranien : un « double état » source de controverses et de dérives
L’Iran est une théocratie hybride, souvent décrite comme un « double État » : un pilier électif (président, Parlement) masquant un pilier théocratique non élu dominant. Le président (élu tous les quatre ans, comme Masoud Pezeshkian depuis 2024) gère l’économie et les affaires étrangères, mais le Guide suprême contrôle l’armée (IRGC, 125 000 hommes), la justice, les médias, et nomme la moitié du Conseil des gardiens. Les « Gardiens de la Révolution » (IRGC), créés en 1979 pour protéger la révolution islamique, forment une armée parallèle ultra-loyale au Guide suprême, distincte de l’armée régulière.

Dotés d’un pouvoir économique colossal (contrôle de ports, aéroports, industries pétrolières et de construction), ils opèrent comme un État dans l’État, avec des réseaux de contrebande et d’influence régionale. Cette structure évoque, par son idéologie fanatique, son autonomie et sa répression interne, ce que fut la SS sous le régime nazi : une force paramilitaire devenue un empire parallèle, impitoyable et omniprésent, qui amplifierait la corruption et la terreur.

Ce conseil (12 membres : 6 clercs nommés par le Guide, 6 juristes par le Parlement) valide les candidatures électorales et les lois pour « conformité islamique », excluant réformateurs et femmes progressistes – seulement 16 femmes au Majlis sur 290 sièges en 2024.
Cette dualité engendre des dérivés comme de la corruption massive (l’IRGC contrôle 60 % de l’économie via des conglomérats comme Khatam al-Anbiya), la répression des dissidents (plus de 1 500 exécutions en 2025), et une censure omniprésente (filtrage internet, arrestations de journalistes). Elle suscite des interrogations internationales sur la légitimité : élections truquées (taux de participation à 40 % en 2024), et un « État profond » où l’IRGC opère comme un État dans l’État, finançant des proxies régionaux (budget estimé à 16 milliards $ en 2025). Cette structure, conçue pour perpétuer le « velayat-e faqih », amplifie les inégalités et la contestation, comme vu dans les protestations actuelles.
Le programme nucléaire iranien : enjeux et évolutions récentes
Lancé sous le Shah pour l’énergie civile (avec aide US), le programme nucléaire devient un symbole de souveraineté sous la République islamique. Accusé de viser l’arme atomique, il entraîne des sanctions ONU dès 2006. L’accord JCPOA (2015) limite l’enrichissement à 3,67 %, mais Trump s’en retire en 2018, réimposant des « sanctions maximales ».

En 2026, suite aux frappes de juin 2025 (destruction de Fordow et Natanz), l’Iran enrichit à 60 % (proche des 90 % militaires), avec un stock de 441 kg en juin 2025. Khamenei autorise des têtes nucléaires miniaturisées en octobre 2025, sans dépasser 60 %. Brookings note un refus de négociations malgré les dommages. Trump menace de nouvelles frappes si reconstruction, et l’AIEA est restreinte. Géopolitiquement, cela exacerbe les tensions : un Iran nucléaire altérerait l’équilibre au Moyen-Orient, poussant l’Arabie saoudite vers son propre programme.
Les protestations actuelles pourraient forcer une pause, ou accélérer une militarisation désespérée.
Les sujets de société en Iran : inégalités, répression et aspirations
La société iranienne, jeune (médiane d’âge 32 ans) et urbaine (75 %), est fracturée. Les femmes défient le hijab depuis 2022 (mouvement Mahsa Amini), avec des arrestations massives (21 000 en 2025). Le chômage touche 15-20 % des jeunes, la pauvreté 30 % de la population, amplifiée par sanctions et corruption. Les minorités (kurdes 10 %, baloutches 3 %, arabes 2 %) subissent discriminations et répressions, avec des exécutions ethniques. Pénuries d’eau (sécheresses dues au changement climatique) et d’électricité aggravent les tensions.
Pourtant, une vitalité sociétale persiste avec un taux d’alphabétisation à 97 %, une urbanisation rapide, et une diaspora influente (5 millions d’exilés). Les protestations révèlent une aspiration à la laïcité et aux libertés, contrastant avec la répression (tortures, viols en prison rapportés récemment). CFR critique l’hypocrisie globale sur ces enjeux humains.
La qualité de la formation des ingénieurs iraniens : un atout sous-exploité
L’Iran excelle en STEM, produisant le 3e plus grand nombre d’ingénieurs mondialement (336 000 diplômés annuels), avec 70 % de femmes. Des universités, comme Sharif (classée 10e mondiale en ingénierie 2021), offrent une formation rigoureuse, axée sur la théorie mathématique et physique.

Et, malgré les sanctions, les ingénieurs contribuent à des avancées (drones, missiles, biotechnologies). Les critiques faites sont liées à un manque de pratique industrielle et d’éthique entrepreneuriale, avec une émigration scientifique massive (brain drain de 150 000/an). La qualité des formations est aussi perçue comme variable avec d’excellentes universités publiques gratuites, et des universités privées payantes de qualité inégales. Ce capital humain pourrait propulser un Iran post-régime.
L’adhésion aux BRICS : vers une transformation et une renaissance ? Analyse des Perspectives
Rejoint en janvier 2024 avec l’Égypte, l’Éthiopie, l’Arabie saoudite et les Émirats, les BRICS visaient à contourner les sanctions via la dédollarisation et des investissements chinois/russes. Le défunt président Raisi y voyait une « victoire », mais en 2026, l’économie stagne. Avec une croissance à 0,6 %, et une inflation à 40 %, l’Iran se retrouve loin de ses pairs parmi les BRICS. Il n’y a pas de boom lié à l’adhésion aux BRICS en partie car les partenariats sont limités par l’instabilité, malgré des partenariats noués avec la Chine.
L’Iran au bord du point de bascule – vers une révolution Pahlavi ?
Les protestations pourraient marquer un point de bascule, avec un soutien croissant à Reza Pahlavi (fils du Shah) comme leader de transition. Des posts sur X et des appels européens (MEP Sebastian Tynkkynen) positionnent Pahvalavi comme une alternative laïque pour le pays. Cependant, la désinformation est pointée du doigt par de nombreuses critiques, et il est complexe d’y voir clair (Iran International (Kari Lake).

Si le régime tombe, un Iran post-islamique pourrait regagner sa place parmi les nations développées (dans le top 20 des nations par PIB) via des investissements occidentaux, visant à exploiter les ressources naturelles (pétrole, gaz) et la matière grise (ingénieurs). La question qui demeure est sous quel terme, combien de temps cela prendra ? Les optimistes estiment qu’il faudra 5-7 ans pour obtenir la stabilisation avec les réformes essentielles et la levée des sanctions, en citant en exemple la période post-Shah ou la Pologne de 1989. Les pessimistes estiment que le changement prendra 10-15 ans notamment en prenant en considération un éventuel chaos postrévolutionnaire et une émigration massive des ingénieurs.

Les facteurs clés de succès pour cette transition incluent un soutien international important et l’unité de l’opposition dans l’optique d’éviter l’éclatement de la guerre civile. Si le régime actuel survit, on ne peut qu’anticiper une stagnation persistante, avec de nombreuses menaces de destruction interne par le régime.
En conclusion, l’Iran de 2026 est un volcan en éruption : les événements récents amplifient les risques, tout en ouvrant des opportunités. Une vigilance globale est impérative pour un avenir stable tant pour les Iraniens que pour la région.
