Le Pentagone publie sa nouvelle stratégie de défense (NDS), quelques semaines après la publication de sa stratégie nationale de sécurité (NSS). L’administration Trump vient confirmer ses annonces ainsi que les opérations déjà entamées. Outre la priorité à la sécurité intérieure par la lutte contre l’immigration illégale, les États-Unis modèrent le ton avec la Chine et la Russie et annoncent un soutien militaire “limité” aux Européens.
C’était prévisible. Fin 2025, l’administration Trump dévoilait sa stratégie de sécurité nationale (NSS), qui reprenait déjà les décisions et promesses du président américain tout au long de sa campagne et de sa première année de second mandat. Le document déclare explicitement que “la politique étrangère du président Trump est pragmatique sans être “pragmatiste”, réaliste sans être “idéaliste”, “qui ne repose pas sur une idéologie politique traditionnelle” mais sur la doctrine “America First”.
America First… Le continent entier, pas que les États-Unis
Dans cette NSS, la Maison Blanche a détaillé ses priorités de sécurité nationale, comme la protection de la souveraineté US, avec un contrôle total des frontières contre l’immigration massive, les trafics de drogue et les” influences étrangères hostiles”. “Nous voulons un contrôle total sur nos frontières, sur notre système d’immigration et sur les réseaux de transport par lesquels les gens entrent dans notre pays – légalement ou illégalement”. La stratégie priorise la “revitalisation de la base industrielle de défense et l’énergie dominante (pétrole, gaz, charbon, nucléaire)” puisque “la puissance nationale américaine dépend d’un secteur industriel fort capable de répondre aux besoins de production en temps de paix et de guerre”.
Dans le même document, la NSS évoquait déjà la Chine comme menace prioritaire, l’OTAN qui devait “partager les charges” à travers l’engagement des pays membres de dépenser 5 % de leur PIB en défense, ou encore l’Europe où les US soutiennent les alliés “sans porter seuls les fardeaux”, en référence à la guerre en Ukraine.
Vendredi, au cœur des tensions transatlantiques exacerbées par les menaces de droits de douane américains sur huit pays européens, les éventuelles ripostes de l’UE et les déclarations du président américain à Davos lors du WEF, le Pentagone a dévoilé sa National Defense Strategy (NDS) qui vient traduire sa NSS en choix militaires concrets.
“Tandis que les forces américaines se concentrent sur la défense de leur territoire et de la région indo-pacifique, nos alliés et partenaires assumeront la responsabilité de leur propre défense, avec un soutien essentiel mais plus limité de la part des forces américaines”, lit-on.
La sécurité intérieure est érigée en priorité absolue, avec un accent sur la fermeture des frontières, la lutte contre les invasions et l’expulsion des irréguliers. “Le Pentagone donnera la priorité aux efforts visant à fermer (les) frontières (des États-Unis), à repousser toute forme d’invasion et à expulser les étrangers en situation irrégulière”. Il est aussi question de reprendre “l’arrière-cour” de l’Oncle Sam, puisque les États-Unis entendent dans cette NDS étendre cette notion de sécurité intérieure à l’Amérique latine via un “corollaire Trump à la doctrine Monroe”, comme illustré par l’opération de capture de Nicolas Maduro au Venezuela et les frappes contre les trafiquants dans les Caraïbes.
Le Groenland, une question de “sécurité nationale”
La stratégie modère le ton sur les rivaux. La Chine n’est plus le “défi le plus important” comme qualifié par le démocrate Joe Biden mais mérite des “relations respectueuses” sans mention de Taïwan, bien qu’il faut le “déterrer” de la zone indo-pacifique par “la force et pas par la confrontation”. La Russie est dite “persistante mais gérable”, au moment où les alliés des États-Unis au sein de l’OTAN multiplient les mobilisations et les investissements en prévision d’un conflit direct qualifié d”inévitable” avec la Russie. L’accent indo-pacifique prime, rejetant les menaces climatiques de l’ère Biden.
Cette NDS est dévoilée au moment des tensions croissantes entre les États-Unis et l’Europe autour du Groenland. Donald Trump a réaffirmé début 2026 son désir d’acquérir ce territoire danois stratégique, menaçant d’imposer des droits de douane punitifs (10 % dès février, 25 % en juin) à huit pays européens comme le Danemark, la France et l’Allemagne pour leur opposition, tandis que l’UE envisageait une riposte par l’instrument anti-coercition et un renforcement militaire sur l’île.
À Davos, Donald Trump a déclaré qu’il “ne recourra pas à la force pour obtenir le Groenland”, annonçant un “cadre pour un futur accord” arctique avec le secrétaire général de l’OTAN Mark Rutte et renonçant aux tarifs prévus, tout en réitérant l’intérêt US pour des “négociations immédiates”.
Mais dans cette nouvelle stratégie de défense, le Groenland figure, avec le Golfe du Mexique (appelé Golfe d’Amérique dans le document, NDLR), le canal de Panama, comme des “zones-clés” où les États-Unis entendent garantir un accès commercial et militaire pour “leur sécurité nationale”.