La constitution de stocks alimentaires stratégiques est redevenue, en 2024, un marqueur central de la sécurité des États. De l’Europe du Nord à l’Asie, céréales et riz reprennent place dans des entrepôts placés, sous la tutelle des ministères de la Défense. Ce virage acte une rupture nette avec des décennies de foi dans les marchés mondiaux et les chaînes logistiques globalisées.
Sous l’effet cumulé des conflits armés, du dérèglement climatique et des tensions commerciales, les États cherchent à se prémunir contre l’imprévisible. En Scandinavie, cette stratégie s’impose avec urgence. Proches de la Russie et structurellement dépendants des importations, ces pays tentent d’acheter du temps. L’économiste Thierry Pouch le résume sans détour : « ce sont des pays qui ne sont pas autosuffisants sur le plan alimentaire », assure-t-il à France Info. Le stockage devient alors un acte défensif autant que politique.
Entre 2008 et 2012, la flambée des prix agricoles avait déjà ébranlé la confiance dans le libre-échange. La Chine en a tiré une leçon durable. Aujourd’hui, elle concentre « à peu près 60 % du stock mondial de maïs et 45 % de celui de blé », selon Thierry Pouch. Une accumulation qui dépasse la seule gestion démographique et traduit une anticipation stratégique des rapports de force à venir.
Ultra-dépendante des importations, la Chine aspire des volumes massifs depuis le Brésil ou l’Union européenne, quand des pays comme l’Égypte subissent de plein fouet la volatilité des prix : « à 430 euros la tonne de blé, ça a un coût absolument prohibitif ». À l’inverse, la France, autosuffisante à plus de 190 % en blé, dispose d’un levier de stabilité et d’influence. Preuve que l’agriculture redevient une arme dans l’ordre mondial, qu’il ne faut pas gâcher.