![]()
Les avocats de l’ancien ministre du Tourisme, Mame Baye Niang, ont contre-attaqué après le recours en révision déposé par le Premier ministre Ousmane Sonko, condamné pour diffamation en 2024. Une procédure exceptionnelle au Sénégal, qui pourrait annuler la condamnation de Sonko et raviver un dossier judiciaire aux lourdes implications politiques.
Le feuilleton judiciaire opposant Ousmane Sonko à Mame Baye Niang connaît un nouveau rebondissement. Un mois après l’annonce de l’ouverture d’une procédure de révision du procès du Premier ministre, les avocats de l’ancien ministre du Tourisme ont décidé, le 28 janvier, de passer à l’offensive, estimant que cette démarche n’a « aucun fondement juridique ».
Pour comprendre l’enjeu, il faut remonter à 2024. À l’époque, Ousmane Sonko, alors figure majeure de l’opposition, est condamné définitivement par la Cour suprême pour diffamation. Il lui est reproché d’avoir accusé Mame Baye Niang, ministre sous la présidence de Macky Sall, de détournement de fonds publics. Cette condamnation entraîne son exclusion de la course à l’élection présidentielle, provoquant une onde de choc politique dans le pays.
Un rapport de l’Inspection générale des finances au coeur de la procédure exceptionnelle
Aujourd’hui Premier ministre, Ousmane Sonko a engagé une procédure de révision, un mécanisme juridique rare dans l’histoire judiciaire sénégalaise. Cette voie permet, sous certaines conditions strictes, de rouvrir un procès et d’annuler une condamnation définitive. La défense de Sonko s’appuie sur un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF), auquel il aurait eu accès après son entrée à la primature, et qui établirait l’existence de dépenses publiques irrégulières impliquant Mame Baye Niang. L’objectif est de démontrer que les accusations initiales ne relevaient pas de la diffamation.
Mais pour les avocats de l’ancien ministre du Tourisme, ce recours est irrecevable. Selon la loi sénégalaise, une demande de révision doit reposer sur un élément nouveau existant au moment du procès, mais inconnu de la justice. Or, ils estiment que le document invoqué par la défense est « fabriqué » et juridiquement sans valeur. « Il n’y a pas de pièce inconnue. Il y a une pièce produite pour les besoins de la cause. Cela ne passera pas », a déclaré Me Oumar Youm, membre du collectif de défense de Mame Baye Niang.
En réponse à cette procédure, les avocats de Mame Baye Niang ont déposé, le 28 janvier, une plainte auprès du parquet de Dakar pour faux, usage de faux et tentative d’escroquerie au jugement. La plainte vise le Premier ministre, ainsi que les ministres des Finances et de la Justice.