L’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs à peine votée par l’Assemblée que le gouvernement entend déjà passer “au prochain sujet”. Il s’agit des VPNs, a déclaré la ministre déléguée de l’IA et au Numérique, Anne Le Hénanff. Le but affiché est de contrer les possibilités de contournement de l’interdiction des réseaux sociaux par les mineurs, mais cette initiative, qui a déjà suscité des controverses lors des débats sur la loi SREN, fait froncer les sourcils.
L’Assemblée nationale a adopté, dans la nuit du 26 au 27 janvier 2026 en première lecture et par 130 voix contre 21, la proposition de loi visant à “protéger les mineurs des risques des réseaux sociaux”, interdisant l’accès aux plateformes aux moins de 15 ans, et étendant l’interdiction des téléphones portables aux lycées dès la rentrée 2026.
“Ce n’est que le début”
Le président Emmanuel Macron, fervent défenseur de cette proposition de loi, comme toutes les autres initiatives visant à contrôler les réseaux sociaux, a salué le vote, une “étape majeure”. Outre les députés du champ gouvernemental, la majorité des socialistes et l’alliance Rassemblement national-Union des droites pour la République ont voté en faveur du texte. Les députés de LFI et deux députés du groupe écologiste s’y sont opposés. Le texte a été transmis au Sénat et à sa commission de la culture, éducation et communication, sans date d’examen en séance plénière fixée à ce jour.
Cette proposition de loi intervient après l’obligation, issue de la loi SREN de 2024 et effective depuis 2025, imposée aux sites pornographiques d’instaurer une double vérification d’âge via pièces d’identité auprès de tiers certifiés, sous peine de blocage par l’Arcom, et intervient peu après l’interdiction en Australie des réseaux sociaux aux moins de 16 ans, entrée en vigueur en décembre 2025, avec suppression massive des comptes d’adolescents par les platformes.
À l’opposé du camp gouvernemental et des parlementaires favorables, le texte a suscité des critiques et des réserves. Le Conseil d’État, dans son avis du 14 janvier 2026, a critiqué l’interdiction générale comme “disproportionnée” au regard du DSA européen et recommandé des mesures ciblées par décret plutôt qu’une prohibition “absolue” pour tous les services de réseaux sociaux.
D’autres voix opposées ont surtout mis le point sur la mise en pratique technique du texte puisqu’il est possible, via des outils comme les VPN, de contourner l’interdiction et d’éviter la vérification de l’âge. Mais pour la ministre déléguée de l’IA et du Numérique, Anne Le Hénanff, l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ans n’est que “le début”, malgré le fait que ce soit “une première victoire”.
Affirmant que l’âge moyen de création d’un compte est de 8 à 9 ans, elle s’est montrée optimiste quant à la mise en pratique du texte car à cet âge, les enfants “ne connaissent pas les VPN”. Pourtant, cet outil, un réseau privé virtuel qui permet d’isoler les échanges du reste du trafic internet, “est le prochain sujet sur la liste” du gouvernement, pour contrer le contournement.
Un outil clé de la cybersécurité
La déclaration a vite fait réagir. Pour des députés, une éventuelle interdiction sortirait du cadre de la “protection des enfants”. D’autres rappellent qu’une interdiction ou un encadrement strict n’est appliqué que dans certains pays, jugés autoritaires comme la Biélorussie, la Corée du Nord, la Russie, la Chine ou le Pakistan.
Cette volonté de cibler désormais les VPN n’est pas nouvelle. Cette question avait été mise au centre des débats fin 2023 lors de l’examen du projet de loi SREN à l’Assemblée. Un amendement porté par le député Renaissance Mounir Belhamiti proposait alors d’interdire à tout utilisateur d’un réseau social de publier, commenter ou interagir en utilisant un VPN, et d’obliger les fournisseurs à mettre en place des mécanismes de détection des connexions passant par ces réseaux privés virtuels, avant que cet amendement ne soit finalement retiré.
Les réactions avaient été vives, notamment chez les professionnels et les spécialistes. L’Internet Society France dénonçait une mesure “dommageable” en rappelant que les VPN sont un outil de sécurisation couramment utilisé, notamment par les entreprises, et jugeait que les limiter constituerait une atteinte à la sécurité et serait un “non-sens” au regard des enjeux croissants de cybersécurité.