L’Iran dans la tourmente, par Marmar Kabir (Le Monde diplomatique, février 2026)


Dossier : Comprendre le chaos du monde

Une répression brutale s’abat sur les Iraniens depuis le 8 janvier. La licence donnée aux forces de l’ordre suggère que les autorités sont aux abois, conscientes de jouer leur survie. Après l’épuisement de l’appareil idéologique islamiste, le ciment nationaliste s’effrite. La croissance des inégalités et le déni des aspirations de la population favorisent les ingérences étrangères, lourdes de menaces pour l’unité du pays et la stabilité de la région.

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Hélène Duclos. – « Changement de paradigme #3 », 2019

© ADAGP, Paris, 2025 – helene-duclos.fr – Galerie Claire Corcia, Paris

Parti du grand bazar de Téhéran le 28 décembre, le soulèvement iranien se radicalise vite. « C’est l’année du sang ! », « Mort au dictateur ! » La volonté d’en finir avec le pouvoir en place prime. Incongrus il y a peu, des drapeaux de l’ancien régime resurgissent, avec des consignes de rassemblement données de l’étranger par M. Reza Pahlavi, le fils du dernier chah.

« Ne sortez pas ! », « Faites attention à vos enfants ! » : les autorités avertissent les familles par texto. Au dixième jour, le 8 janvier, la violence envahit la rue. Il devient alors impossible d’évaluer sa dimension réellement insurrectionnelle, le rôle éventuel d’acteurs extérieurs, la part des provocations policières ou la volonté du gouvernement d’éteindre toute contestation au prix d’un massacre. La coupure d’Internet quelques heures avant que ne déboulent dans les rues des escadrons armés en dit long, comme le refus d’accorder des visas aux journalistes étrangers.

L’interruption des communications puis leur contrôle empêchent de cerner tous les ressorts internes de la situation et de tirer un bilan précis de la répression. Certaines organisations basées à l’étranger recensent près de trois mille cinq cents morts dès la mi-janvier. Dans un discours télévisé le 17 janvier, le Guide suprême Ali Khamenei admet le décès de « plusieurs milliers » de personnes, parfois « de manière inhumaine et sauvage », en imputant la responsabilité des massacres aux « agents étrangers ». Les blessés et les détenus se comptent par milliers. Beaucoup attendent une sentence qui peut aller jusqu’à la pendaison. Le 21 janvier, le bilan officiel est de 3 117 morts.

Ce nouveau chapitre d’affrontements violents, avec sa part d’intrigues réelles ou supposées, s’inscrit dans une longue histoire de luttes pour le pouvoir. En 1921, Reza Chah s’impose par un coup d’État, avant d’installer la dynastie Pahlavi quatre ans plus tard. En 1953, pour renverser le premier ministre iranien (…)

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