Comment nier un génocide ?, par Razmig Keucheyan (Le Monde diplomatique, février 2026)


Une rhétorique rodée depuis la destruction des Arméniens

S’il est relativement aisé, pour le gouvernement d’un État puissant, de perpétrer des massacres de masse, il est plus difficile d’assumer publiquement la responsabilité d’un génocide. Il faut donc minimiser, cacher, récrire l’histoire. Le cas du génocide des Arméniens (1915-1916), toujours contesté par le pouvoir turc, laisse apparaître les logiques et les méthodes d’un tel déni.

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Zoran Mušič. – « Non siamo gli ultimi » (Nous ne sommes pas les derniers), vers 1970

© ADAGP, Paris, 2025

Pourquoi Israël ne reconnaît-il pas le génocide des Arméniens, demandait en août 2025 l’animateur de podcasts Patrick Bet-David à M. Benyamin Netanyahou ? « Je le reconnais. Voilà, c’est fait », a répondu l’intéressé. Afin d’avoir un caractère officiel, cette reconnaissance aurait dû être actée par un vote de la Knesset, le Parlement israélien. Pour autant, cette réplique fait de M. Netanyahou le premier chef de gouvernement israélien à reconnaître publiquement le génocide des Arméniens.

Pourquoi ce retard, plus d’un siècle après les faits ? Compte tenu de l’histoire d’Israël, cette reconnaissance aurait pu intervenir plus tôt, avance Bet-David. Mais Tel-Aviv entretient traditionnellement de bonnes relations avec Ankara, qui fut la première capitale d’un pays majoritairement musulman à avoir reconnu le nouvel État, en 1949 : son silence est une manière de rester en bons termes avec elle.

En occultant le génocide des Arméniens, Israël s’employait à affirmer l’« unicité » de la Shoah. « Nous rejetons les tentatives d’établir une similarité entre l’Holocauste et les allégations arméniennes, a expliqué Shimon Pérès, alors ministre des affaires étrangères, en visite en Turquie en 2001. Rien de comparable à l’Holocauste n’est survenu. Ce que les Arméniens ont subi est une tragédie, mais pas un génocide. » Dans cette perspective, comparer l’extermination des Juifs par les nazis à d’autres génocides reviendrait à la « relativiser », fragilisant par là même son rôle dans la légitimation du projet sioniste.

Les relations entre les deux pays connaissent à présent une franche détérioration. Israël commet lui-même un génocide à Gaza, dénoncé comme tel par le président turc Recep Tayyip Erdoğan.

La déclaration de M. Netanyahou répond à cette accusation. Le premier ministre israélien avance pour sa défense la distinction entre les génocides et la simple « guerre » qu’il prétend mener contre le Hamas. Reconnaître l’anéantissement des (…)

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