Coupures totales d’Internet : l’arme ultime des régimes autoritaires, selon Proton


La récente coupure d’Internet en Iran face aux manifestations vient illustrer la tendance de certains pays à dégainer l’arme du blocage total des accès en ligne afin de museler la dissidence, alarme un responsable de l’entreprise spécialisée Proton.

Cette société suisse connue pour ses services de messagerie chiffrée et de réseau privé virtuel (VPN), observe depuis plusieurs années comment les gouvernements autoritaires appliquent « la censure comme stratégie » sur internet, explique Antonio Cesarano, chef de produit chez Proton.

Les services VPN donnent accès à une connexion sécurisée entre un utilisateur et un serveur, permettant un meilleur anonymat et souvent de contourner les restrictions locales d’accès.

Proton a créé en 2023 l’Observatoire VPN, organisation à but non lucratif qui analyse la demande pour ses services pour détecter de façon détournée diverses formes de répression gouvernementale et atteintes à la liberté d’expression.

« Lorsque nous détectons une activité anormale sur notre infrastructure, nous pouvons anticiper un événement imminent », avance M. Cesarano, porte-parole de Proton pour la lutte contre la censure sur Internet et la défense des libertés en ligne.

Il évoque par exemple les « pics de demande considérables » observés dans des pays comme l’Iran, l’Ouganda, la Russie et le Myanmar, avant des campagnes de censure accompagnant souvent la répression.

L’Observatoire scrute depuis plusieurs années comment les gouvernements autoritaires réagissent aux prémices de troubles ou contestations en bloquant les réseaux sociaux, en restreignant l’accès à Internet ou en déclarant les VPN illégaux.

« La censure comme service public » 

Mais une nouvelle tendance apparait. Elle consiste désormais à imposer des coupures totales d’Internet, avertit M. Cesarano, constatant que cette arme a été utilisée « à trois reprises en six mois ».

Dernier exemple en date, la spectaculaire coupure en Iran, où plus de 90 millions d’habitants ont été privés d’Internet pendant près de trois semaines, masquant ainsi la répression des manifestations.

M. Cesarano rappelle aussi la coupure d’une semaine imposée en Ouganda quelques jours avant les élections du mois dernier, et la panne générale d’Internet et des télécommunications en Afghanistan en octobre.

« Une coupure totale d’Internet est très préoccupante, car c’est une mesure extrême », constate M. Cesarano, soulignant que l’économie d’un pays est quasiment paralysée le cas échéant.

Et on peut également s’inquiéter de la manière dont les autorités pourraient exploiter ces périodes d’inactivité.

Car dans plusieurs cas, M. Cesarano rappelle que de longues coupures ont permis à certains pays de développer considérablement leurs capacités de censure, passant parfois « de rien, ou de quelque chose de risible, à quelque chose de très sophistiqué ».

David Peterson, directeur général de Proton VPN, indique de son côté que cette progression soudaine des capacités pourrait indiquer que la technologie de « censure en tant que service » est « vendue par d’autres pays plus compétents ».

« Par exemple, ces deux dernières années, nous avons constaté l’utilisation de la technologie chinoise du +grand pare-feu+ par le Myanmar, le Pakistan et certains pays africains », détaille-t-il.

Le VPN « pièges » 

Dans certains pays comme le Myanmar, où l’utilisation des VPN est illégale, les autorités déploient de faux VPN « comme pièges » pour identifier les dissidents, révèle-t-il encore. Et dans plusieurs pays, la police peut également contrôler les téléphones des passants pour détecter l’utilisation de VPN.

Le porte-parole de Proton, Vincent Darricarrère, annonce que l’entreprise a lancé une fonctionnalité spéciale « permettant de dissimuler l’application VPN et de la faire passer pour une autre application, comme une application météo ou une calculatrice », afin de déjouer la détection.

Juste avant la dernière coupure d’internet en Iran, le 8 janvier, l’Observatoire des VPN a constaté une hausse de 1 000 % de l’utilisation des services VPN de Proton par rapport à la normale, signe d’une prise de conscience générale d’une imminente répression.

L’Observatoire a également observé une augmentation de 890 % des inscriptions à des services VPN en Ouganda dans les jours précédant les élections du mois dernier, alors que le gouvernement donnait des signes d’une suspension d’internet.

L’utilisation des VPN a aussi explosé au Venezuela en début d’année, avec une hausse de 770 % dans les jours qui ont suivi la capture par les États-Unis du président Nicolas Maduro, selon l’Observatoire.





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