Sondages et bricolage, par Alain Garrigou (Le Monde diplomatique, février 2026)


Une inextinguible soif de chiffres

Entre les élections municipales de mars, une dissolution à nouveau possible de l’Assemblée nationale et le prochain scrutin présidentiel, les entreprises de sondage ne vont pas chômer en France. Mais l’actuelle confusion politique ne plaide pas en faveur de leurs pronostics : que vaut une réponse lorsqu’on ne connaît ni les candidats ni les alliances, et que la date de l’élection est incertaine ?

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Affiche pour un spectacle de magie, États-Unis, 1899 Library of Congress, Washington, DC

«Si l’élection avait lieu dimanche prochain, pour quel candidat voteriez- vous ? » Telle est la question posée par les sondages avant une présidentielle, des législatives ou des municipales. Quand bien même chacun sait que le scrutin n’aura, sauf exception, pas lieu dimanche prochain. Plusieurs mois à l’avance, voire davantage, l’opération a quelque chose d’incongru. Et pourtant, aussi problématiques qu’incertains, les sondages prospèrent. Selon le décompte de la commission des sondages, il y en eut en France 409 avant l’élection présidentielle de 2012, 560 avant celle de 2017 — en comptant les enquêtes relatives aux deux primaires, de gauche et de droite — et 467 avant celle de 2022. Les enquêtes d’opinion représentent une part très faible du chiffre d’affaires des instituts — celles sur les intentions de vote, encore moins —, mais elles occupent le devant de la scène.

Si l’histoire des sondages débute avec l’élaboration des techniques statistiques qui rendent possible, dès la fin du XIXe siècle, la construction d’échantillons représentatifs, ce sont les élections qui vont faire leur succès. Elles permettent une sorte de mise à l’épreuve, en confrontant les estimations aux résultats réels. Créé dans les années 1930, Gallup fait figure de pionnier aux États-Unis, suivi par d’autres comme la Sofres en 1965 en France — avec des approximations et des échecs patents. En 1936, l’enquête fondatrice de la nouvelle industrie menée par George Gallup sous-estime le score de Franklin Roosevelt de cinq points. En 1948, le même sondeur annonce à tort la défaite de Harry Truman. On oublia ces bévues.

Il faut attendre la fin du XXe siècle pour qu’on s’interroge sur la boîte noire d’où sortent d’impeccables pourcentages. Les taux d’indécision se révèlent très élevés — quand par exemple moins de 350 personnes répondent qu’elles iront voter sur un échantillon de 1 000 sondés. Les panels sont de moins en moins représentatifs : plus de dix coups (…)

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Alain Garrigou

Professeur émérite de science politique, auteur d’Anatomie d’une affaire. Les sondages de l’Élysée, Lefebvre Dalloz, Courbevoie, 2025.



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