Il est cinq heures et, comme tous les matins, M. Jean-Paul Guth ouvre les portes de son kiosque à journaux, avenue de Toulon à Marseille. Après avoir réceptionné les cartons tout juste arrivés du dépôt de presse, il récupère quelques exemplaires qu’il livre aux boulangeries et aux particuliers. À sept heures, le voilà derrière son comptoir, où il restera toute la journée, à l’exception de sa pause-déjeuner. Cela fait vingt-cinq ans que M. Guth répète cette routine, tous les jours. Il ne s’octroie de repos que les samedis et dimanches après-midi. Quant aux vacances, le quinquagénaire n’y songe même pas : « Je n’ai jamais pris de congés, à part le 1er-Mai », explique-t-il. Les revenus dégagés par son commerce ne le lui permettent pas.
Yeux bleus assortis à la couleur de son pull, caché derrière la vitre de son kiosque, M. Moussa confirme ces difficultés. Arrivé du Liban en 2014, ce marchand parisien répartit sa journée de travail sur deux points de vente, l’un situé dans le 15e arrondissement et le second dans le 20e, à l’autre bout de la capitale. « En 2018, je vendais tous les jours vingt-cinq exemplaires du Parisien et une vingtaine d’exemplaires du Monde. Aujourd’hui, j’atteins à peine la moitié », constate-t-il, amer. L’activité des marchands de journaux dépend logiquement de la vitalité du secteur de la presse. Or, depuis une vingtaine d’années, celui-ci enchaîne les crises.
Confrontés à la concurrence des publications gratuites, aux mutations de l’accès à l’information engendrées par Internet, et maintenant à celles des réseaux sociaux, les journaux imprimés voient leurs ventes chuter. Entre 2000 et 2022, les ventes au numéro de la presse quotidienne nationale (PQN), de la presse quotidienne régionale (PQR) et des magazines ont baissé, respectivement, de 86 %, 78 % et 79 %. Une diminution qui s’est encore accentuée ces dernières années et que Mme Nelly Todde, vice-présidente du Syndicats des kiosquiers, attribue notamment aux (…)
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