Quiconque fait l’exercice de plonger dans la correspondance de Jeffrey Epstein pour quelques heures en ressort absolument subjugué. Epstein était l’ami, le partenaire, le confident et le conseiller de la terre entière.
Jusqu’à présent, le public l’avait identifié comme étant un prédateur sexuel qui se livrait à des opérations de chantage avec de jeunes adolescentes. Les pièces divulguées ces derniers jours confirment que le dossier va bien au-delà et que cela implique aussi des atrocités dénoncées ces dernières années par « les survivantes ». Disséminés dans les correspondances banales, certains fichiers se réfèrent à de jeunes enfants, détenus en captivité, transformés en esclaves, soumis à diverses formes de tortures, à des séances d’abus rituels, allant jusqu’au meurtre. Beaucoup l’affirmaient déjà, à présent c’est indéniable.
Mais ce qui étonne sans doute le plus en parcourant ces nouveaux documents, c’est l’étendue des activités d’Epstein, son gigantesque carnet d’adresses VIP et le nombre inimaginable de domaines dans lesquels il était impliqué.
On fait appel à Epstein pour trouver une fille, un mannequin, une épouse, du personnel ou une propriété. Mais aussi pour de l’évasion fiscale, des investissements clés, pour monétiser les crises sanitaires, recruter des gens à des postes stratégiques, orienter les politiques internationales, créer un centre de recherche scientifique, mener des négociations politiques et lancer la chasse à ceux que l’on accuse d’antisémitisme, pour ne citer que quelques exemples. Tout cela sur une toile de fond de divertissement, de séduction et d’orgies.
Les quelques extraits qui suivent permettront d’avoir un petit aperçu de la réalité qui émerge de ces 3 millions de fichiers.
En France
Epstein vivait environ cinq mois par an dans son somptueux appartement de l’avenue Foch à Paris, mais la presse et les autorités françaises ne se sont jamais vraiment saisies de l’affaire. Jean-Luc Brunel, qui était considéré comme le principal recruteur de ses victimes, via la célèbre agence de mannequins Elite, s’est « suicidé » dans sa prison quelques mois après son arrestation, mettant une fin rapide à l’enquête.
La déclassification récente change la donne et l’affaire Epstein a enfin de quoi débarquer en France. Car, comme le dit Clémence Houdiakova sur Tocsin, « l’élite française est trempée jusqu’au cou » !
Voici quelques-unes des personnalités citées dans les documents récents :
Edouard, Eric, Ariane et Robert de Rothschild, Jack Lang et sa fille, Marine Le Pen, Bruno Le Maire, Jacques Attali, Bernard Henry Lévy, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron, Pierre Moscovici, Cédric Villani, Patrick Drahi, Rachida Dati, Luc Ferry et bien d’autres encore.
Pour l’instant, seule la famille Lang semble avoir été mise en cause: Jack Lang, ancien ministre de la Culture et aujourd’hui président de l’Institut du monde arabe, son épouse et surtout sa fille Caroline Lang, qui a dirigé la société Warner Bros aux États-Unis, apparaissent dans plus de 2500 documents avec une correspondance qui s’étend de 2008 à 2018.
Les courriels indiquent une relation proche: de nombreux dîners privés à la maison, des week-ends de vacances, des voyages au Maroc dans l’entourage de Mohammed VI et ses redoutables parties fines. Mediapart révèle qu’ils étaient aussi liés par d’intenses liens financiers. Caroline Lang avait cofondé une société aux Caraïbes avec Epstein et empoché 5 millions de dollars après sa mort, comme bénéficiaire désignée de son testament. Que faisaient-ils vraiment?
À la suite de la révélation de ces pièces, Caroline a démissionné de ses fonctions dans le domaine de la culture, mais son père s’accroche à son poste, dans un énième geste d’orgueil. Il s’agira de ne pas lâcher l’affaire…
Epstein avait aussi ses entrées à l’Élysée. Macron l’aurait consulté à plusieurs reprises sur des questions de politique intérieure et internationale. En 2018, alors qu’il était déjà en fonction, Macron se serait même adressé à lui par l’intermédiaire de Borge Brende, le président du WEF, pour avoir « des suggestions politiques concrètes en vue de reformater les institutions et la gouvernance internationale ». Une phrase qui en dit long sur l’importance accordée à Epstein…
Et puis, il y a encore le financement des partis. Olivier Colom, ancien conseiller du cabinet de Sarkozy, aurait demandé son soutien pour financer la campagne présidentielle de Bruno Lemaire. A qui pense Jeffrey? À « Ehud » et « Josh ».
Idem pour Marine Le Pen en quête d’argent pour les élections européennes. Des messages avec Steve Bannon, alors conseiller de Trump, évoquent en 2018 une rencontre avec son compagnon de l’époque, Louis Aliot, pour discuter du refinancement du Rassemblement national. Quelques mois plus tard, un collaborateur d’Epstein affirme avoir « fait mouche » avec un prêt à zéro % pour 4,7 millions d’euros, destiné à la campagne de Jordan Bardella, tête de liste du RN aux européennes.
Bien entendu, tout ceci ne signifie pas que les personnes citées dans les documents publiés aient commis des crimes ou qu’elles en soient complices. Dans le cas de l’humoriste Dieudonné, qui a été abasourdi de découvrir son nom parmi les fichiers, c’est même le contraire : accusé d’antisémitisme, il a été désigné comme une cible à abattre par Ariane de Rothschild, selon un message de décembre 2013 où elle demandait à Epstein d’intervenir.
Dieudonné confirme. C’est à partir de ce moment-là que les opérations de harcèlement à son égard ont démarré. Depuis cette surprenante révélation, l’affaire fait le buzz. Un post de Dieudonné a fait 6 millions de vues et l’émission de mise au point de la « Team Dieudo » a été suivie en direct par plus de 300 000 personnes. Un record sur la toile francophone. La vidéo comptabilise 767 000 vues sur X à ce jour.
Cela pourrait-il mobiliser l’attention des Français sur l’affaire Epstein ? On peut l’espérer.
Belgique
Peu de données ont été relevées pour l’instant, ce qui ne signifie pas qu’elles n’existent pas, puisque 3 millions de fichiers sont toujours sous le secret et qu’une importante partie de ce qui est sorti a été caviardée. Mais quelques indices pointent vers des contacts au sommet de l’État :
Epstein transmet les coordonnées du prince Laurent de Belgique à l’un de ses assistants. « Faut-il le noter dans le carnet d’adresse ou l’appeler de suite ? », demande l’intéressé.
Dans un autre courriel, Lawrence Krauss, professeur à l’université de l’Arizona, confirme une relation amicale avec la famille royale belge, lorsqu’il écrit à son ami Jeffrey : « Je suis à Davos, la reine de Belgique te fait coucou ».
Les échanges avec Steve Bannon sont également instructifs et étonnants. En visite à Bruxelles, ce dernier se vante auprès d’Epstein de son impact fracassant sur la politique nationale : « cinq heures après mon discours, le gouvernement belge est tombé ! ». Dommage qu’on n’en sache pas plus pour l’instant.
Suisse
Concernant la Suisse, on note plusieurs contacts et visites au CERN, Epstein ayant exprimé un engouement pour les recherches sur l’origine de la vie et de l’univers. Ces contacts auraient notamment eu pour objectif de financer un centre de recherche international.
On remarque aussi un suivi régulier des réunions du Forum économique à Davos. Il se fait même envoyer à l’avance la liste confidentielle des invités, arrange de nombreux rendez-vous sur place, conclut des affaires.
Autre information digne d’être mentionnée, l’implication d’Epstein dans la création de ‘pandemic bonds’, les obligations liées à la déclaration d’une urgence sanitaire. Ces instruments financiers ont été préparés avec le concours de Bill Gates, de l’OMS et de la Banque mondiale, grâce aux services de la Swiss Re ou Compagnie suisse de réassurance.
La relation entre Epstein et Gates couvre plus de 30 années d’influence, de chantage et d’espionnage en collaboration avec les services secrets. Le ton des échanges semble indiquer qu’Epstein aurait été la figure dominante de ce duo. Gates lui avait d’ailleurs accordé un mandat de représentant qui lui procurait l’accès à toutes les données de sa fondation.
Les pièces récentes confirment qu’Epstein aurait aussi participé à l’élaboration de l’architecture financière qui a permis d’engranger les gigantesques profits liés à la pandémie. (France-Soir a traduit une vidéo de Sayer Ji à ce sujet).)
Grande-Bretagne
Après le prince Andrew, c’est son épouse Sara Ferguson qui s’est pris le dossier en pleine figure. En effet, les messages échangés avec le séduisant Jeffrey trahissent une relation très intime, voire amoureuse, de la part de l’ex-duchesse d’York.
« Tu es une légende », écrit-elle au séduisant Jeffrey, le 30 janvier 2010. « Je n’ai vraiment pas les mots pour décrire, mon chéri, ma gratitude pour ta générosité et ta gentillesse. Je suis à ton service. Épouse-moi, tout simplement. »
Un an plus tôt, elle lui suggérait de s’unir avec une femme de sa connaissance, dotée d’un « super corps ». « Ok, alors épouse-moi et nous l’embaucherons comme employée », ajoutait-elle.
Epstein a-t-il eu un fils ? La duchesse le félicite pour une naissance en 2011 : « Tu as disparu, je ne savais même pas que tu avais eu un fils. Il était tellement clair pour moi que ton seul intérêt était d’avoir accès à Andrew. Cela m’a profondément affectée, plus que tu ne peux l’imaginer. »
Autre célébrité britannique à faire les frais des dernières révélations, Peter Lord Mandelson, l’ex-ambassadeur de la Grande-Bretagne aux États-Unis. Les photos et les mails divulgués le forcent à quitter la Chambre des Lords. Sans doute n’était-il plus utile.
A noter que la presse française s’est jetée sur cette affaire comme sur un os à ronger, histoire de ne pas parler de ses propres scandales.
Norvège
Le royaume de Norvège est fameusement secoué! La princesse Mette Merit est mentionnée des centaines de fois dans les nouveaux dossiers Epstein. Les deux ont eu une relation proche, avec des séjours dans diverses résidences, et les propos sont peu flatteurs pour la princesse. On parle d’adultère, de coucheries et la princesse lui demande son opinion sur une décoration murale représentant des femmes nues, destinée à son fils Marius, âgé de 15 ans.
L’affaire arrive justement au moment où ce dernier est accusé devant les tribunaux pour plusieurs affaires de viols. La princesse a déclaré être « embarrassée », mais le public norvégien la rejette et demande qu’elle soit déchue de la vie publique.
Maroc
Christine Deviers-Joncour, engagée depuis longtemps dans la dénonciation de la corruption de l’élite mondiale, s’est elle aussi plongée dans les dossiers. Elle a publié le message suivant sur son canal officiel:
« Incroyable, Mohammed VI, roi du Maroc, est apparu plus de 2 370 fois dans les fichiers du milliardaire pédocriminel. Son conseiller personnel, Taïeb Fassi Fihri, n’est pas en reste: il a foulé à plusieurs reprises l’île maudite d’Epstein, complice silencieux d’un commerce d’enfants inimaginable. Les fichiers révèlent des détails effarants: en 2002, Jeffrey Epstein, Bill Clinton et Ghislaine Maxwell étaient invités au mariage de Mohammed VI. Le roi, dans un excès de faste, leur réserva un dîner privé — une réception d’apparence innocente mais marquée par des secrets indicibles. Marrakech, sa ville fétiche, servait de terrain de chasse pour amener des enfants et des filles de moins de douze ans, destinées aux rituels sordides d’Epstein.
La Silicon Valley
On le savait, mais les derniers documents, dont plusieurs photos, le démontrent: tous les CEO (Chief Executive Officers, présidents directeurs généraux) de la tech étaient en relation avec Epstein. (Ce qui n’en fait pas tous des pédocriminels). Sans entrer ici dans les détails, il faut déjà citer : Paul Allen, Jeff Bezos, Sergey Brin, Nathan Myhrvold, Elon Musk, Peter Thiel et Mark Zuckerberg.
Elon Musk, qui a fait tout un ramdam sur Twitter pour appeler à la divulgation des dossiers, en accusant Trump d’y figurer partout, se prend une claque en retour. Le département de la Justice a publié des messages dans lesquels il s’apprête à venir célébrer le Nouvel An 2104 sur l’île d’Epstein et où il demande « quel sera le jour avec la soirée la plus sauvage ? » Leur relation est indéniable, vu le nombre de fêtes et de rendez-vous, notamment à SpaceX et Zorro Ranch, souvent en compagnie de son frère Kimball qui sortait avec Jennifer, une des « filles d’Epstein ». On sait aussi qu’Elon Musk avait fait appel à ses services pour tenter de racheter Tesla avec l’argent du prince Mohammed Bin Salmane.
Avec Peter Thiel, il s’agit plutôt de faire des affaires. Thiel et Epstein étaient partenaires dans la fintech Valar Ventures depuis 2014 et les deux discutaient régulièrement business. Le sujet mérite d’être approfondi…
Israël et les Rothschild
On l’a vu en France, Epstein est en relation constante avec la famille Rothschild, en particulier Ariane de Rothschild qui apparait dans 4 500 documents et qui le finance à concurrence de 25 millions de dollars par an.
Ne serait-ce pas là la clé la plus importante pour expliquer l’influence et l’omniprésence de Jeffrey Epstein dans les coulisses de la scène internationale ?
Dans un message de 2018 adressé à Peter Thiel, Epstein dévoile ses cartes :
« Comme tu/vous le savez, je représente les Rothschild. J’espère trouver un moyen pour une banque qui dirige 160 milliards de dollars d’investir dans la tech. La meilleure liste de clients au monde, mais des produits préhistoriques. Cela peut attendre. Bonne chance en Chine. Je serai de retour en Europe du 20 au 28, ensuite sur l’île. Si tu veux me rejoindre en allant vers l’Ouest, passe par l’île. À moins que tu ne préfères qu’on se rencontre en Arabie saoudite à la fin du mois ?
Côté politique, la relation étroite avec l’ancien premier ministre israélien Ehud Barak est un secret de polichinelle, près de 10 000 messages échangés entre les deux hommes et de nombreuses photos en sont la preuve.
Ehud Barak a été accusé par plusieurs victimes. Selon Virginia Giuffre, le premier ministre israélien et le prince Andrew ne l’ont pas seulement violée. Ils l’ont battue au point de provoquer des hémorragies à différents endroits de son corps et ils l’ont étouffée jusqu’à ce qu’elle en perde conscience. Dans ces occasions, elle affirme qu’Epstein la ligotait et la fouettait jusqu’à l’évanouissement, dans « le dongeon » de sa demeure new-yorkaise.
Les liens entre Epstein et Israël méritent tout un volume et sont évidemment l’objet d’une attention particulière dans le contexte actuel. Leslie Wexner, le mentor et autre financier principal d’Epstein, est un membre du MEGA group, constitué d’une vingtaine de milliardaires juifs américains, dont l’objectif est la défense des intérêts d’Israël. Ce groupe a été évoqué plus en détail dans des articles précédents, ainsi que le fait qu’Epstein ait constamment travaillé pour les services secrets américains et israéliens.
Quel rôle joue Donald Trump?
N’est-ce pas extraordinaire ? Ces 3 millions de documents « semblent exonérer Donald Trump », comme il l’a lui-même déclaré à la presse à bord d’Air Force One. Mais, qu’en est-il de tout ce qui a été caviardé et des 3 millions de fichiers qui n’ont pas été divulgués ?
Aussi incroyable que cela puisse paraître, de nombreux commentateurs de la presse alternative tombent dans ce grotesque panneau.
On prendra comme exemples les arguments de Youssef Hindi dans une vidéo où il se livre à un exercice digne d’un authentique supporter MAGA ou ceux d’Alain Soral dans l’émission de Dieudonné:
« De ce que je sais, Trump n’est pas dans les dossiers. Il s’est débrouillé pour faire sortir les dossiers en faisant semblant qu’il les bloquait. En tous cas, l’affaire Epstein est sortie sous la législature de Trump. C’est le seul qui a aidé les avocats ».
Sur Géopolitique profonde, les réactions sont plus critiques. Pourrait-on vraiment faire confiance à Trump ? Maître Carlo Brusa en doute et brandit à la caméra une photo grand format où Trump est enlacé par de très jeunes filles, mais pour lui l’important est plutôt de voir comment les Français vont réagir.
La question du rôle de Trump est essentielle et mérite d’être traitée de manière approfondie dans un prochain article. Pour l’instant, l’on se contentera de dire que lorsque l’on se penche en détail sur les relations entre Trump et Epstein, c’est un scénario bien plus complexe qui apparaît: celui d’un ancien meilleur ami et concurrent, qui est loin d’être innocent, et dont la mission a été d’étouffer l’affaire, avant d’en sortir une révélation bien orchestrée.
Car, si une analyse approfondie de ces pièces s’impose, elle doit également conduire à autre chose qu’à la découverte d’un feuilleton sordide. Il faut garder à l’esprit que l’on se trouve face à ce que cette même gouvernance dépravée a choisi de montrer.
Même si c’est en grande partie grâce à la pression exercée par le public et par les victimes, dont il faut saluer l’immense courage, il faudra nécessairement aborder différents niveaux de lecture de cette divulgation partielle.
Quels sont les buts poursuivis dans toute cette opération de « grande révélation » ? Que cherche-t-on effectivement à nous faire croire sur le rôle de Donald Trump, d’Israël et de leurs relations actuelles ? Pourquoi a-t-on livré certaines personnalités en pâture et pas d’autres ?
Quels sont les bénéfices attendus de cette révélation d’un mode de gouvernance par la corruption et le crime, alors que l’on n’assiste pas à la moindre inculpation ? S’agit-il en quelque sorte d’humilier le peuple, de revendiquer ses actes et de « normaliser » l’horreur et les crimes ?
L’affaire Epstein ne laisse plus de place au doute quant à la malfaisance intrinsèque de la gouvernance mondiale et devrait mener chacun de nous à prendre au moins une action concrète, là où il le peut.
Ce sujet sera le thème principal de notre émission en direct avec l’équipe d’Essentiel News :





