Un Keir Starmer sur la corde raide… Le Premier ministre britannique a perdu cette semaine son plus proche collaborateur, Morgan McSweeney, dans la foulée du scandale Mandelson-Epstein, provoqué par la publication par la justice américaine de documents liés au pédocriminel Jeffrey Epstein. Le chef de cabinet affirme assumer “l’entière responsabilité” de la nomination de Peter Mandelson au poste d’ambassadeur britannique aux États-Unis, abandonnant un exécutif travailliste déjà fragilisé et critiqué de tous bords.
De nouveaux détails sont apparus après la dernière publication par le ministère américain de la Justice de 3 millions de pages de documents liés à Epstein, financier et pédophile, condamné et mort en prison en 2019, par suicide selon la version officielle.
Des regrets jusqu’à la mort
Des révélations initiales, issues de documents publiés fin 2025, ont mis en lumière des liens étroits entre Peter Mandelson, ancien ministre britannique travailliste et ambassadeur au États-Unis, et Jeffrey Epstein, incluant une amitié entre 2002 et 2011, qui s’est poursuivie après la première condamnation du financier américain en 2008, ainsi que des voyages financés par ce dernier en 2003. Ces éléments ont conduit au limogeage de Peter Mandelson de son poste d’ambassadeur en septembre 2025, ébranlant le gouvernement britannique.
Il était resté jusque-là membre du Parti Travailliste et de la chambre des Lords avant que de nouvelles révélations contenues dans ces fichiers massifs ne viennent aggraver sa situation. Les nouveaux documents divulgués comprennent des courriels suggérant que Mandelson a partagé des informations gouvernementales sensibles sur les marchés avec Epstein en 2009, alors qu’il était ministre des Affaires européennes et de facto vice-Premier ministre sous Gordon Brown durant la crise financière mondiale.
Des documents font également état de paiements présumés d’un montant total de 75 000 dollars effectués par Epstein sur des comptes liés à Mandelson ou à sa compagne entre 2003 et 2004. Face à ces scandales, Peter Mandelson a démissionné du Parti Travailliste avant de quitter la Chambre des Lords mercredi dernier.
Vendredi, la police métropolitaine a perquisitionné ses deux propriétés dans le cadre d’une enquête pour une éventuelle faute professionnelle dans la fonction publique, qui pourrait lui valoir une peine maximale d’emprisonnement à vie. Peter Mandelson n’a pas été arrêté ou inculpé et ses avocats transmettent ses “regrets jusqu’à sa mort, d’avoir cru aux mensonges d’Epstein sur sa criminalité” et de “n’avoir découvert la vérité qu’après sa mort”.
Bien que déjà limogé par le Premier ministre Keir Starmer depuis septembre, cette relation, très étroite comme le démontrent les messages de soutien de Peter Mandelson à Jeffrey Epstein après sa condamnation, continue de miner le gouvernement britannique.
Dimanche, c’est Morgan McSweeney qui a annoncé la démission de son poste de chef de cabinet de Keir Starmer, dont il est considéré comme le plus important collaborateur. Il a déclaré assumer “l’entière responsabilité” de son conseil de nommer Peter Mandelson au poste d’ambassadeur de Royaume-Uni aux États-Unis, en décembre 2024.
« La décision de nommer Peter Mandelson n’était pas la bonne. Il a porté atteinte à notre parti, à notre pays et à la confiance dans la politique elle-même », a-t-il admis dans un communiqué. Morgan McSweeney, âgé de 48 ans, est considéré comme l’architecte de la victoire électorale du Labour en juillet 2024. Le parti a obtenu l’une des plus grandes majorités parlementaires de l’histoire moderne du Royaume-Uni.
Keir Starmer sur un siège éjectable
Son départ vient alourdir la pression qui pèse sur les épaules du PM britannique, exhorté de tous bords à démissionner, d’autant plus qu’il est accusé d’avoir nommé Peter Mandelson en étant au courant de la poursuite des contacts entre lui et Jeffrey Epstein après 2008.
Keir Starmer a présenté ses excuses, aussi bien aux Britanniques qu’aux victimes du financier et pédocriminel américain. « Je suis désolé. Désolé pour ce qui vous a été fait, désolé qu’en tant que personnes ayant du pouvoir, je vous aient laissé tomber, désolé d’avoir cru aux mensonges de Mandelson et de l’avoir nommé ». Le PM a également promis de dévoiler les documents liés à la procédure de vérification des antécédents de son ex-ambassadeur aux États-Unis, censés démontrer que ce dernier a induit les fonctionnaires en erreur.
Pas de quoi calmer la colère de l’opposition. Kemi Badenoch, chef du Parti conservateur, juge la position de Keir Starmer “intenable”, lui demandant d’assumer la responsabilité de ses “terribles décisions”. Nigel Farage, leader de Reform UK, juge quant à lui que l’actuel Premier ministre ne survivrait pas aux élections locales de mai. Les sondages et analystes estiment les chances d’une démission de M. Starmer très élevées.
La colère provient aussi bien des opposants que de ses propres rangs, puisque des députés travaillistes doutent désormais de la capacité de leur leader à conserver son poste. À ce scandale Mandelson-Epstein s’ajoute aussi un mandat de 18 mois marqué par une croissance économique toujours poussive et des mesures impopulaires, à l’opposé de ses promesses électorales, basées notamment sur la “fin du chaos conservateur” qui aura marqué, entre 2019 et 2024, la haute sphère politique du Royaume-Uni.