Le constat est simple : pour répondre aux besoins des enfants en situation de handicap moteur, le pays a besoin de 538 fauteuils roulants électriques et manuels. Or, le blocus étasunien contre Cuba empêche leur acquisition.
Beaucoup de ces enfants, qui souffrent de paralysie cérébrale ou de dystrophie musculaire progressive, ont cessé de marcher car il leur est impossible de recevoir de médicaments importés de pays lointains.
Le constat est simple, mais il n’en est pas moins scandaleux de savoir que l’ensemble des lois imposées par le blocus économique, commercial et financier du gouvernement étasunien à l’Île empêche le plein développement des enfants et des adolescents cubains.
C’est triste à dire, mais cette politique inhumaine frappe directement les 331 écoles d’enseignement spécialisé à Cuba, en limitant leur accès aux fournitures essentielles.
Ainsi, le jeudi 5 février, trois bus n’ont pas pu se rendre à l’école et, de ce fait, une centaine d’enfants de La Havane ont été absents. Une absence qui n’est pas le fait de l’État, mais le résultat direct du blocus économique imposé à Cuba.
Le plus douloureux, c’est que cette restriction pourrait s’aggraver encore davantage en raison de l’imposition, par le président étasunien, de nouveaux droits de douane « sur les importations de marchandises provenant d’un pays étranger qui vendrait ou fournirait, directement ou indirectement, du pétrole à Cuba ». Et nous nous demandons : quel genre d’être humain décide de paralyser la vie d’un pays, en harcelant y compris la vie des enfants ?
Beatriz Roque Morales, directrice nationale de l’éducation spécialisée, qui connaît très bien la situation affirme : « les conditions auxquelles nous sommes confrontés depuis de nombreuses années et qui se sont progressivement aggravées ont nécessité un réajustement des ressources de base dans les écoles d’éducation spécialisée afin de maintenir la qualité du processus d’éducation.
« Cela nécessite non seulement le déploiement de ressources humaines, mais aussi d’équipements techniques pour soutenir le processus éducatif et garantir une prise en charge de qualité à nos enfants et à nos adolescents. »
Parmi les exemples, elle a cité le cas de plusieurs enfants dans le pays qui ont besoin de fauteuils roulants électriques car leur force musculaire est réduite, et les acheter aux États-Unis serait bien plus économique.
De même, il existe dans toutes les provinces des écoles pour les enfants malvoyants, mais une ressource aussi importante que les livres est également difficile d’accès.
À cet égard, Roque Morales a souligné que l’impression de documents en braille est coûteuse, mais qu’elle pourrait être remplacée, par exemple, par un groupe d’imprimantes spécifiques qui reproduisent les documents contenant les textes.
Cette asphyxie a limité l’accès des enseignants à des plateformes de perfectionnement, à des supports « qui leur permettraient de se tenir informés des dernières tendances en matière de rééducation et de la manière de traiter certaines difficultés dans le domaine physique et moteur », a-t-elle ajouté.
Dans ces institutions, les enfants se préparent à leur intégration dans des contextes de vie ordinaire ; il faut donc leur fournir un ensemble de ressources personnelles, psychologiques et de formation afin qu’ils puissent s’intégrer dans le secteur éducatif et social.
C’est pourquoi Roque Morales a déclaré que, dans cet enseignement, « probablement l’un de ceux qui exigent le plus d’efforts de la part de tous, les plus grands sacrifices sont consentis pour qu’il manque le moins de choses possibles, malgré les privations auxquelles nous sommes confrontés ».
Nous sommes jeudi, et une fois de plus, Ained Garcia Diaz, mère de jumeaux, a la voix tremblante et les yeux remplis de larmes.
Sa fille est atteinte de paralysie cérébrale et a besoin d’un traitement à base de toxine botulique, mais comme ce médicament, produit aux États-Unis, « est en rupture de stock », la petite a fait une rechute avec des convulsions et a cessé de marcher.
C’est pourquoi elle a affirmé qu’en tant que pays, « nous nous battons pour que ces enfants aient une meilleure qualité de vie, et c’est dur et difficile pour beaucoup de parents, pour l’école, pour les enseignants…, car certaines ressources ne nous parviennent pas.
Nous nous battons donc pour que cet enfant puisse s’en sortir, avoir un avenir meilleur et être indépendant, et nous essayons de lui offrir, malgré son handicap, une vie digne et une éducation digne ». Ces gens du Nord pourraient-ils nous laisser vivre ?
Esther de La O Ochoa – ou Teté –, qui a été directrice de l’école Solidaridad con Panama pendant plus de 30 ans, a souligné : « il est très difficile de maintenir une école comme celle-ci, car ce sont peut-être les enfants qui ont le plus de besoins, notamment d’une rééducation physique et psychologique ».
Elle a insisté sur le manque de toxine botulique et de fauteuils roulants électriques. Les bus ne sont pas dans les meilleures conditions, « nous avons besoin d’un bus équipé d’élévateurs, où les enfants n’ont pas besoin d’être portés ou attachés pour monter ».
Il est certain que le blocus imposé par le gouvernement étasunien frappe tous les domaines de la vie à Cuba et pèse sur le quotidien.
Teté l’a illustré ainsi : « Lorsque le professeur rentre chez lui, il est souvent confronté à une coupure d’électricité, et ce même professeur, qui habite loin, fait l’aller-retour en bus et souffre également. Mais il continue à se battre, car nous continuerons à faire en sorte que les sourires des enfants ne s’effacent pas. »
Certains enfants chantent, récitent un poème et nous regardent avec ingénuité. Parmi eux se trouve « Pelusa ». L’adolescente n’a pas de mains, elle est en 4e et affirme être la fille la plus intrépide de l’école Solidaridad con Panama.
« C’est la plus belle école qui soit », a-t-elle déclaré. À 13 ans, elle a conscience des efforts déployés par le pays pour que chaque enfant cubain en situation de handicap dispose de l’indispensable pour son développement personnel et social.
C’est pourquoi, lorsqu’elle a entendu le mot « blocus », elle a déclaré ne pas être préoccupée par les menaces du gouvernement étasunien, « car j’ai confiance que Cuba, unie, vaincra toujours ».
Ainsi, nous pouvons affirmer que la tendresse ne se perd pas, et face à tant d’infamie, souvenons-nous de cette phrase du Che, dans la lettre à ses enfants, où il leur dit : « … surtout, soyez toujours capables de ressentir au plus profond de vous-mêmes toute injustice commise contre quiconque, partout dans le monde. C’est la plus belle qualité d’un révolutionnaire ».
Carmen Maturell Senon
EN COMPLEMENT :

Cuba sous embargo – paroles cubaines sur le blocus (éditions Delga)
Instauré depuis 1962 par les États-Unis après un échec de l’invasion de l’île, le blocus non seulement pourrit la vie des Cubains mais constitue également une véritable insulte à la communauté internationale, laquelle, dans sa quasi totalité, le condamne chaque année à l’ONU depuis près de trente ans. Cette négation de la souveraineté des États et cette sanctification du droit d’ingérence par l’asphyxie constitue l’un des plus grands scandales de tous les temps. Dans le carnet de bord qu’il tient tout en réalisant ses interviews sur le blocus, Viktor Dedaj s’exprime sans langue de bois, décrit cette île qui n’est ni un paradis ni un enfer mais respirerait tellement mieux sans les pressions de son puissant voisin. Il montre aussi comment Cuba résiste, tout en donnant au monde entier l’exemple de la dignité et du courage.
Préface de Maurice Lemoine