La patronne de France Télévisions pourrait bientôt devoir s’expliquer devant un juge. Delphine Ernotte PDG du groupe public, est soupçonnée dans une enquête ouverte mercredi par le tribunal de Paris “d’abus de biens sociaux” et de “soustraction, détournement ou destruction de biens d’un dépôt public”. Il est question d’un séjour de quelques jours particulièrement coûteux à Cannes en 2023.
Depuis 2017, France Télévisions, géant de l’audiovisuel public français avec un chiffre d’affaires de 3,3 milliards d’euros en 2024, a accumulé un déficit net cumulé de 81 millions d’euros jusqu’à cette même année. Un gouffre révélé dans un rapport (2017-2024) de la Cour des comptes, qui qualifie la situation de « critique » malgré des restructurations massives.
La PDG ne se refuse rien à Cannes
Rien que durant l’année écoulée, France Télévision a affiché un déficit net de 40 millions d’euros à la suite de la baisse des concours publics et des recettes publicitaires, volatiles et en fort recul depuis les Jeux Olympiques de Paris. Malgré un budget important, le groupe peine à assumer ainsi qu’une masse salariale très élevée de 658,5 millions d’euros en dépit d’une baisse des effectifs, qui touchent en moyenne 71 000 euros brut annuels.
En décembre dernier, lors de son audition par la commission d’enquête à propos de la neutralité de l’audiovisuel public, la PDG de France Télévisions, D. Ernotte, en poste depuis 2015 dans un contexte marqué, selon les différentes rédactions, par du “clientélisme” et de la “connivence” au sein du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), subissait déjà les critiques de parlementaires sur la “situation catastrophique” des finances du groupe public, au cœur de polémiques liées aussi bien à sa santé financière qu’à ses choix éditoriaux.
De nouvelles révélations faites par la presse cette semaine pourraient non seulement aggraver les critiques contre Delphine Ernotte-Cunci, dont la présidence de France Télévisions est surtout marquée par cette dégringolade, mais la mener tout droit devant la justice. Toujours selon la Cour des comptes, les charges de fonctionnement du groupe pèsent encore plus lourd que sa masse salariale avec des dépenses avoisinant les 963 millions d’euros en 2024. Et cela ne freine pas pour autant l’ancienne directrice générale d’Orange France.
Entre le 19 et le 27 mai 2023, lors du festival de Cannes, la patronne de France Télévisions a séjourné dans un hôtel 5 étoiles, à savoir le Majestic de Cannes. Une facture de pas moins de 112 123 euros aurait été réglée par le groupe public pour sa PDG.
Un peu plus d’un tiers de cette bagatelle, soit 38 467 euros ont été dépensés au profit de Renaud Le Van Kim et Guillaume Lacroix, cofondateurs du média Brut et présents sur les lieux comme partenaires publicitaires de France Télévision. Le reste, soit 73 656 euros, aurait été réglé grâce à un système de “Barter”, c’est-à-dire un échange de prestations entre deux organisations de valeurs similaires, le séjour contre des espaces publications dans ce cas précis.
“Abus de biens sociaux”, “détournement de biens”
Cette “charge de fonctionnement” n’est pas passée inaperçue au sein de France Télévisions et le syndicat CFE-CGC avait porté plainte en 2024, dénonçant des “sommes extravagantes qui dépassent largement le plafond autorisé de 350 euros”.
Mercredi, l’on apprend que le tribunal judiciaire de Paris a ouvert une instruction contre Delphine Ernotte-Cunci. Elle est soupçonnée d”abus de biens sociaux et recel” et de “soustraction, détournement ou destruction de biens d’un dépôt public par le dépositaire ou l’un de ses subordonnées”.
Si elle est mise en examen et que les soupçons se confirment en accusations, Delphine Ernotte risquerait des peines pouvant aller jusqu’à 5 ans de prison et 375 000 € d’amende pour abus de biens sociaux, et jusqu’à 10 ans de prison et 1 d’euros d’amende pour détournement ou soustraction de biens publics.
Dans son rapport, la Cour des comptes préconise une recapitalisation urgente par l’État ou réduction du capital social avant le 31 décembre 2026, faute de quoi l’entreprise publique encourt une dissolution judiciaire automatique au titre du Code de commerce.