Le Togo dans l’AES ? Analyse géopolitique profonde – Réseau International


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par Dr. Eloi Bandia Keita

1. Point de départ scientifique : qu’est réellement l’AES ?

L’Alliance des États du Sahel (AES) n’est pas seulement une coalition idéologique.

Je ne partage absolument pas l’analyse de certains «intellectuels», populistes et autres «savants» sur le sujet. L’avenir du Mali, de l’AES, mis en orbite par les transitions rectifiées n’est pas un slogan ni du populisme et nécessite des réflexions profondes stratégiques et une vision.

C’est un objet stratégique précis né de trois contraintes structurelles :

  1. Sécurité : insurrection djihadiste transfrontalière (Mali-Burkina-Niger).
  2. Souveraineté décisionnelle : rejet de la dépendance sécuritaire extérieure.
  3. Recomposition régionale : rupture avec le modèle CEDEAO perçu comme contraignant.

Donc l’AES est d’abord :

  • une alliance sécuritaire (type pacte de défense),
  • qui tente de devenir bloc politico-économique,
  • avec ambition à terme de souveraineté monétaire et logistique.

Toute analyse sérieuse doit partir de là :
– ce n’est pas une organisation idéologique panafricaniste pure.
– c’est une coalition née d’une crise sécuritaire et d’un conflit d’architecture régionale.

2. Le Togo : lecture historique froide (hors slogans)
2.1 Héritage structurel

Le Togo possède trois caractéristiques majeures :

  • État administrativement stable (contrairement aux États sahéliens fragilisés).
  • Régime centralisé et continu depuis Eyadéma → Gnassingbé.
  • Économie extrêmement ouverte et portuaire.

Son ADN stratégique n’est pas révolutionnaire mais pragmatique-logistique.

2.2 Position géopolitique réelle

Le Togo est :

  • un État-interface entre Sahel et Atlantique,
  • un hub commercial (port de Lomé),
  • un acteur diplomatique modéré (pas frontalement anti-occidental, pas aligné non plus).

Conclusion scientifique :
– le Togo n’est ni «néocolonial pur» ni «révolution souverainiste».
– c’est un État transactionnel, qui maximise ses marges.

3. La question centrale : l’AES a-t-elle intérêt à intégrer le Togo ?

La réponse ne peut être idéologique encore moins populiste et il est important de comprendre qu’il y a des intellectuels, des hommes politiques chevronnés, des militaires légendaires et et des personnes très intelligentes au Mali et dans l’AES.
donc cette réponse doit être évaluée sur trois variables :

Variable sécuritaire

Faible gain immédiat.

  • Le Togo n’est pas théâtre central de guerre.
  • Son armée est structurée mais pas calibrée pour guerre sahélienne massive.

Impact : secondaire.

Variable économique (décisive)

C’est ici que tout change.

Le problème structurel de l’AES est simple :

Le Mali, le Niger et le Burkina sont enclavés.

Sans accès maritime autonome, la souveraineté économique reste limitée.

Le Togo apporte :

  • Port autonome de Lomé.
  • Corridors logistiques existants.
  • Fiscalité commerciale.
  • Infrastructure de transit.

Conséquence géopolitique majeure :

  • L’AES passerait d’une alliance sahélienne à un bloc continental mer-Sahel.

C’est une transformation stratégique profonde.

Variable politique et idéologique

C’est la plus risquée.

  • L’AES est construite sur une logique de rupture.
  • Le Togo fonctionne sur une logique de continuité étatique.

Intégration brutale = choc de cultures politiques.

4. Le faux débat : «néocolonial» vs «souverainiste»

Ce débat est médiatique mais insuffisant analytiquement, intellectuellement faible et scientifiquement indigeste.

Car :

  • Tous les États africains sont issus de structures coloniales.
  • La question n’est pas l’origine, mais la capacité à négocier l’autonomie réelle.

La vraie question est :

Le Togo est-il capable d’aligner ses intérêts économiques sur un projet d’autonomie régionale ?

Et non :

Est-il «pur idéologiquement» ?

5. L’argument «le Mali aura la mer via le fleuve Sénégal» : analyse scientifique

C’est géographiquement et économiquement faible bien que possible et souhaitable à la situation actuelle.

Raisons :

  1. Le fleuve Sénégal ne constitue pas un corridor logistique compétitif moderne.
  2. Le transport fluvial ne remplace pas un accès portuaire structuré.
  3. Les coûts d’infrastructures seraient colossaux même si le projet présidentiel via Ambidédi est intelligent ambitieux et abordable malgré la guerre en cours ou plutôt la lutte contre le terrorisme soutenu.

Conclusion :

  • L’accès à la mer passe par des ports : Dakar, Abidjan, Tema, Lomé.
  • Le Togo offre l’option politiquement la plus négociable pour l’AES.
6. Risque majeur : le «cheval de Troie»

C’est un argument sérieux – mais mal posé.

Le danger n’est pas :

  • l’influence occidentale,
  • ou la diplomatie togolaise.

Le danger réel serait :

une intégration politique prématurée sans intégration économique préalable.

Ce qui fragiliserait l’AES.

7. Scénario stratégique optimal (scientifiquement cohérent)
Mauvaise option

Intégration directe et politique du Togo dans l’AES.

Effets :

  • tensions internes,
  • dilution idéologique,
  • rivalités militaires.
Bonne option : intégration progressive en 3 phases

Phase 1 – Logistique

Accords :

  • transit portuaire AES,
  • corridor commercial Lomé-Niamey-Bamako-Ouaga,
  • sécurité des routes.

Phase 2 – Économique

  • zone douanière commune AES-Togo,
  • interconnexion énergétique,
  • investissements croisés.

Phase 3 – Politique (seulement ensuite)

  • statut d’observateur,
  • pacte de défense partiel,
  • adhésion éventuelle.

C’est le modèle utilisé historiquement :

  • ASEAN,
  • UE,
  • CECA avant UE.

Il ne s’agit nullement de singer tout et n’importe quoi ce que je dénonce d’ailleurs régulièrement mais s’inspirer des cas sans danger récurrent, de les adapter.

8. Effet domino possible

Si le Togo entre économiquement dans l’orbite AES :

  • Bénin et Ghana deviennent concernés,
  • Côte d’Ivoire obligée de recalibrer,
  • CEDEAO fragilisée structurellement.

L’AES deviendrait :

un pôle continental et non plus sahélien.

9. Lecture géopolitique globale (niveau stratégique et non YouTube ou populiste)

Trois forces s’affrontent en Afrique de l’Ouest :

  1. Bloc CEDEAO classique (économie, finance, stabilité).
  2. Bloc AES sécuritaire-souverainiste.
  3. États-charnières (Togo, Ghana, Mauritanie).

Le Togo appartient à la catégorie 3.

Et ce sont toujours les États-charnières qui décident des basculements historiques.

10. Conclusion

L’intégration du Togo serait bénéfique si et seulement si :

  • elle commence par l’économie,
  • elle évite l’idéologie,
  • elle renforce l’autonomie logistique de l’AES.

Elle serait dangereuse si :

  • elle est politique et rapide,
  • elle repose sur des slogans,
  • elle oppose «bons souverainistes» vs «mauvais néocoloniaux».
Formule stratégique finale

Le Togo ne doit pas entrer dans l’AES comme membre.
Il doit d’abord devenir indispensable.

Quand :

  • le commerce AES dépendra du port de Lomé,
  • l’énergie sera interconnectée,
  • la sécurité des corridors sera commune,

alors l’intégration politique deviendra naturelle et irréversible.

Question la plus importante (que personne ne pose)

Le vrai enjeu n’est pas :

«Le Togo doit-il rejoindre l’AES ?»

Mais :

L’AES peut-elle devenir un bloc sahélien… ou un bloc ouest-africain ?

Car intégrer le Togo change la nature même du projet :

  • d’alliance militaire → union géoéconomique régionale.

Et ce choix est historique.

Dr. Eloi Bandia Keita



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