Big Pharma, liberté individuelle, nature… Les arguments du mouvement « antivax »


Avoir passé au crible, dans un premier volet, les fondements juridiques, épidémiologiques et pratiques de l’obligation vaccinale en France, a monté que la vaccination ne fait pas l’unanimité et que le scepticisme envers les politiques de santé publique reste vivace. Or, cette méfiance à l’égard des vaccins n’est pas nouvelle. Elle résulte d’une longue histoire, qui remonte à l’invention de la variolisation et qui a pris diverses formes jusqu’à nos jours. Nous nous sommes donc replongés dans cette histoire, afin de mieux saisir les origines de cette méfiance ainsi que ses fondements avant d’en analyser les manifestations contemporaines dans les débats publics et médiatiques.

En 2019, l’Organisation mondiale de la santé classait l’hésitation vaccinale parmi les dix principales menaces pour la santé mondiale. En 2020, la pandémie de Covid-19 semblait exposer au grand jour une fraction de la population réticente, voire opposée à la vaccination, du moins à en croire les discours politiques et médiatiques dominants.

Pourtant, cette défiance n’a rien de nouveau. Elle prend racine dès le XVIIIᵉ siècle, avec la pratique de la variolisation, bien avant l’invention du vaccin. Depuis, le mouvement dit « antivax » n’a jamais disparu et son argumentaire a peu évolué. La véritable nouveauté réside surtout dans sa diffusion : Internet en accélère aujourd’hui la circulation et l’amplification.

En France, plus de 40 % des personnes interrogées estiment encore que les vaccins ne sont pas sûrs, alors même que la rougeole progresse, que la diphtérie réapparaît en Europe et que l’éradication de la poliomyélite demeure fragile. Comment expliquer cette persistance de la méfiance ?

C’est la question au cœur de l’ouvrage Histoire de la résistance aux vaccins du XVIIIᵉ siècle à nos jours, de Françoise Salvadori et Laurent-Henri Vignaud. Leur analyse est claire : si les outils de diffusion ont changé, les ressorts idéologiques et les arguments, eux, s’inscrivent dans une histoire longue. Dans ce second volet, nous revenons ainsi sur trois siècles d’opposition à la vaccination pour en comprendre les origines et les fondements.

Historique d’un mouvement en pleine expansion 

Le mouvement « antivax » naît au début du XVIIIe siècle lors des débuts de la variolisation, soit l’ancêtre de la vaccination. La méfiance envers cette méthode s’explique à l’époque par l’absence de connaissances scientifiques quant à son fonctionnement (l’immunologie n’existe pas encore), mais aussi par son origine : la variolisation a été importée de l’empire Ottoman par une femme, Lady Montagu.

L’argumentaire est d’ordre moral – sexiste et raciste – mais n’est pas encore d’ordre scientifique. Or, lorsque Edward Jenner invente la vaccination à la fin du XVIIIe siècle, des partisans de la variolisation s’y opposent. De nouveaux arguments sont alors utilisés : d’ordre politique, avec l’idée de l’empoisonnement ou encore d’ordre sanitaire, en dénonçant les effets secondaires, et notamment la syphilis.

Surtout, il est dénoncé une certaine inutilité liée au fait que les pathologies vaccinées sont rares. Françoise Salvadori et Laurent Henri Vignaud expliquent :

« La maladie familière est perçue comme une fatalité acceptable et le vaccin comme une agression étrangère ».

C’est lorsque Louis Pasteur créé le premier vaccin humain à virus atténué, à la fin du XIXe siècle, que le discours « antivax » se scientise (théories panspermiste, des germes, des microsimes, entre autres) et s’internationalise, sous l’influence du Dr Hubert Boëns, à travers la création de la Ligue internationale des anti-vaccinateurs.

La lutte antivaccin devient alors une lutte civique pour la défense des droits individuels, contre les prétentions étatiques à prendre possession du corps des citoyens.

Caricature d’Edward Jenner inoculant des patients dont sortent alors des têtes de vaches. James Gillray. Source : Wellcome Collection.

Après la première guerre mondiale, des vaccins contre des pathologies plus courantes sont créés et, en conséquence, l’opposition au vaccin faiblit. Après la seconde guerre mondiale, alors que le vaccin se mondialise et que les ligues antivaccin s’internationalisent, la première loi d’obligation de vaccination publique est votée en 1951, en France.

La ligne nationale contre l’obligation de vaccination, aujourd’hui nommée La Ligue nationale pour la liberté des vaccinations, est créée en 1954. Malgré la confiance accrue dans le progrès de la science et son internationalisation, à travers la création de l’OMS (1948), les campagnes militantes contre la vaccination reprennent. 

Cette recrudescence du militantisme s’explique par la naissance d’un nouvel argument : celui de la possible collusion entre l’État et l’industrie pharmaceutique. L’activisme « antivax » se déplace alors sur le terrain juridique, que nous avons déjà exploré dans le premier volet de ce dossier consacré au mouvement « antivax ».

Du XVIIIe siècle à aujourd’hui : un argumentaire similaire 

Du XVIII siècle à aujourd’hui, l’argumentaire du mouvement « antivax » a évolué, tout en gardant les mêmes fondements et critiques. Si les arguments d’ordre moral, religieux et scientifique prédominaient auparavant, ce sont désormais les arguments d’ordres politique, économique et naturaliste qui sont mis en exergue. Ce basculement trouve en grande majorité ses origines dans la perte de confiance des populations envers les élites au pouvoir. 

1. Le discours religieux

Historiquement, les premières oppositions à la variolisation, puis au vaccin, furent d’ordre moral et religieux. Cependant, ces arguments cachent en réalité d’autres motifs de refus: mis à part le cas des membres de quelques sectes ou courants intégristes, la foi religieuse est rarement à l’origine ou la seule raison de l’opposition à la vaccination aujourd’hui. Tour d’horizon du rapport des religions à la vaccination :  

  • Islam : les objections théologiques demeurent au second plan dans les pays qui sont statistiquement en grande majorité contre les vaccins, notamment au Pakistan et au Nigéria. Dans ces pays, on dénonce le fait que les vaccins rendraient stériles, qu’ils apporteraient le virus du sida, ou encore que les vaccinateurs de la poliomyélite seraient des espions de la CIA (Central Intelligence Agency). 

Les deux auteur·ices soulignent :

« se cache une énorme perte de confiance générale de la population dans des zones de conflits incessants et d’insécurité, où les services de santé sont quasiment inexistants. ».

À l’opposé, d’autres pays musulmans utilisent l’argument théologique pour promouvoir les vaccins (Iran, Arabie Saoudite).  

  • Hindouisme et bouddhisme : sur le principe, aucune des deux religions ne s’y oppose. En Inde, comme dans les pays bouddhistes, l’antivaccinisme est porté par des courants contestataires inspirés des mouvements post-coloniaux ; les campagnes de vaccination ayant été pratiquées par les puissances coloniales occidentales.  
  • Judaïsme orthodoxe : Israël impose la vaccination (sous peine de retirer les allocations familiales aux familles qui refusent), mais seulement 65% des enfants sont correctement vaccinés. Il faut donc voir plus loin que l’argument religieux : une partie de la population perçoit comme faible le risque des maladies concernées et accorde très peu de confiance au ministère de la Santé.
  • Christianisme, et notamment les sectes : il existe des positions très diverses. Là où les Amish voient le vaccin comme une interférence dans la providence divine, les Mormons ainsi que les Témoins de Jéhovah (depuis 1990) considèrent par exemple le vaccin comme un don de Dieu.  
  • Catholicisme : le vaccin est moralement justifié par le Vatican, en ce qu’il permettrait de sauver des enfants. La seule crainte concerne le fait que les vaccins seraient préparés à partir de fœtus avortés. Or c’est aujourd’hui erroné. Le vaccin préparé à partir de cellules de fœtus a effectivement été conçu, dans les années 1960, à partir d’avortements thérapeutiques et de prélèvements de cellules. Ce n’est plus le cas : ce sont désormais les descendantes de ces cellules qui sont utilisées.
Rassemblement de la ligue anti-vaccination du Canada. William James. Source Wikimedia

2. Le discours scientiste

Le discours scientiste porte principalement trois critiques envers les vaccins :  

  • La supposée toxicité des adjuvants, et notamment l’aluminium vaccinal. Cette critique n’est pas prouvée scientifiquement. Le Haut Conseil de la santé publique a estimé, en ce sens, que « les données scientifiques disponibles à ce jour ne permettent pas de remettre en cause la sécurité des vaccins contenant de l’aluminium ». En revanche, il est admis que l’aluminium est l’adjuvant le plus efficace pour stimuler la production des anticorps, et donc une réponse immunitaire. Des alternatives comme le phosphate de calcium ont été envisagées mais elles sont jugées moins efficaces.  
  • Le lien avec l’autisme. Le chercheur Andrew Wakefield avait publié en 1998 dans la revue The Lancet, un prestigieux journal médical anglais, une étude tendant à démontrer un lien entre vaccin et autisme. Bien que l’étude soit petite et les résultats avancés dans celle-ci désignés comme préliminaires, cet article fut largement couvert médiatiquement, entraînant une méfiance générale envers les vaccins et plus précisément le vaccin ROR (Rougeole-Oreillons-Rubéole) mis en cause dans l’étude.

    Quatre ans après cette publication princeps, plusieurs études furent réalisées pour tester la corrélation entre vaccin ROR et autisme. Il devint alors très clair qu’aucun lien n’existait.

  • Leur non-efficacité. Les doutes sont liés au fait qu’il n’y ait pas d’études randomisées et/ou contre placebo quand un vaccin est mis au point ; que la vaccination aurait un rôle faible dans le recul des épidémies ; mais aussi qu’elle ne serait pas nécessaire dans des contextes sanitaires stables, c’est-à-dire où « l’hygiène de vie » est de qualité. Or le cas japonais de la coqueluche contredit ces deux derniers arguments. L’évolution des conditions sanitaires tout au long du XXe siècle n’explique pas la disparition des maladies infectieuses. 

3. L’individualisme

Au-delà du discours scientiste remettant en cause l’efficacité du vaccin, ce sont surtout des arguments en termes d’utilité et d’individualisme qui sont mis en avant. C’est l’autosatisfaction : face à la rareté des pathologies contre lesquelles les vaccins permettent de se prémunir, certaines personnes jugent que ce n’est plus utile de se faire vacciner. La prise de risque individuelle est mise en balance avec la responsabilité collective.

Or, selon les auteur·ices, ce raisonnement semble erroné ; et ce pour deux raisons. Les pathologies en question ne sont pas toutes rares mais, surtout, nombreuses sont celles qui, comme la rougeole, nécessitent une couverture vaccinale suffisante. 

« certains parents comprennent fort bien l’utilité de tel vaccin pour les autres, dans le tiers-monde, chez les malnutris, les pauvres et les vieux, mais pas pour leurs enfants, ici et maintenant »

Plus la maladie est loin, dans le temps ou l’espace, moins on se vaccine. La perception de l’utilité ou l’inutilité des vaccins est directement liée à celle du risque infectieux ; celui-ci est minimisé, à tort, en se basant sur l’expérience de son entourage.

En France, c’est notamment le cas concernant le lait maternel depuis que le professeur Henri Joyeux a affirmé que les bébés n’avaient pas à être vaccinés puisque, selon lui, le lait maternel serait le meilleur des vaccins. Cette affirmation est erronée : les études démontrent que si le lait maternel transmet des anticorps IgA, il ne transmet pas les IgG, lesquels protègent notamment contre la rougeole et le tétanos. 

Du naturalisme au complotisme

Les considérations naturalistes existaient déjà depuis des siècles, à travers l’opposition nature/culture, or elles se sont affirmées au XXIe siècle. Dans certaines familles, l’enfant est décrit comme une perfection de la nature et le vaccin comme une intrusion agressive de la technologie. Plus précisément :

« le vaccin peut être perçu comme une remise en cause de l’efficacité du soin maternel, en même temps que la rupture d’une harmonie avec la nature ».

Cela peut même aller encore plus loin, à savoir préférer l’immunité dite « naturelle » post-infection. Les measles-parties, flu-parties, ou encore pox-parties et les Covid-19 parties en sont de parfaits exemples.

Dans certaines communautés liées aux écoles Steiner-Waldorf, influencées par l’anthroposophie, les maladies infantiles comme la rougeole seraient parfois perçues non seulement comme des affections à traiter, mais comme des étapes importantes du développement de l’enfant. Selon des analyses sociologiques et des articles journalistiques, cette approche considèrerait la maladie comme un « rite de passage » ou une « épuration » bénéfique, qui participerait au renforcement du système immunitaire et à l’équilibre du développement physique et spirituel de l’enfant

Allégorie de la mort brandissant une faux et représentant les craintes concernant la loi de 1898 rendant obligatoire la vaccination contre la variole. Gravure sur bois de Sir E.L. Sambourne, 1898. Source : Wellcome Collection

Dans l’écologie politique contemporaine, l’opposition vaccinale peut s’appuyer sur l’idée d’un complot médico-scientifico-étatique, et donner une primeur aux principes vitalistes dans la définition de la santé et aux pratiques à mettre en œuvre pour son maintien.

Cette responsabilité individuelle de chacun·e est notamment perceptible lors d’un entretien mené avec X, mère au foyer de quatre enfants pour l’élaboration de ce dossier sur le mouvement « antivax » :

« Je suis une fervente écolo : je fais tout moi-même, de ma lessive jusqu’à mes vêtements, et je ne crois plus en nos représentants. Au-delà de ça, je pense que l’hygiène de vie est largement suffisante pour protéger des vaccins. Les huiles essentielles, le yoga, une bonne alimentation… mes enfants n’ont pas besoin d’être vaccinés. D’autant plus que les maladies qu’on vaccine ont quasiment toutes disparu ! Sans parler des collusions entre l’État et l’industrie pharmaceutique … ». 

Ainsi, aujourd’hui, certaines personnes s’opposent aux vaccins, aux OGM ou aux antibiotiques car elles perçoivent ces innovations comme un risque créé par la modernité. Beaucoup doutent des institutions et des entreprises, évoquant des termes comme « Big Brother » ou « Big Pharma », autant d’expressions révélatrices de la perte de confiance des citoyens envers le « système », c’est-à-dire envers les institutions politiques et économiques, comme l’explique le philosophe Jürgen Habermas.

Françoise Salvadori et Laurent-Henri Vignaud soulignent, en ce sens, que :

« Les complotistes sont aussi des citoyens qui ont perdu confiance dans les élites au pouvoir, qu’elles soient politiques, scientifiques ou industrielles, qui partagent entre elles des connivences de “sachants”, qui ont fait les mêmes écoles, et ont de ce fait des liens même très indirects. La dénonciation du “système” et des élites est aussi une dénonciation par ceux qui s’en sentent exclus d’une pensée unique liée à tous ces pouvoirs, produisant des discours inaudibles ou des scandales bien réels »

Emmanuel Taïeb, professeur à Sciences Po Lyon, va même plus loin : il suggère que le complotisme, par son lien constant avec les enjeux de « bio-pouvoir », est un discours politique. C’est une manière de participer au jeu politique légitime, pour ceux et celles qui s’en sentent écartés. Contester ce pouvoir d’intrusion de l’État dans la vie de chacun, c’est refuser une pensée unique dont on est exclu.

Les arguments politique et économique sont bien souvent invoqués en même temps dans le discours complotiste, comme le montrent les critiques faites à l’encontre de Bill Gates. Le patron de Microsoft, qui a investi dans des campagnes vaccinales internationales, est accusé de manipulation. Les théories complotistes affirment qu’il voudrait développer les vaccins pour faire baisser le nombre d’êtres humains sur la planète. Dans le discours antivaccin, Bill Gates représente donc à la fois Big Brother et « Big Pharma » dans la même personne.

Pour autant, en réalité, économiquement, les marges sont assez faibles en comparaison avec d’autres médicaments, en raison du processus complexe de fabrication et de contrôle des vaccins. Les deux auteur·ices expliquent : 

« La santé n’a pas de prix, dit-on. Mais comme il faut bien que quelqu’un paie, depuis la recherche jusqu’aux éventuelles indemnités aux patients en cas d’accident, la question de savoir si les logiques d’innovation, la technicité de production, l’exigence de qualité, et leurs coûts associés, doivent être portés par des instituts publics “sans but lucratif” ou bien dévolus à des firmes industrielles privées qui en dégageront des profits demeure une question politique. »

L’existence d’Internet 

Certes, la méfiance à l’égard de la pratique vaccinale n’est pas nouvelle. Or son écho, de plus en plus conséquent, s’explique par un contexte particulier. En effet, l’unique nouveauté tient à la forme et à la vitesse de circulation et d’échange de ces arguments : Internet.

L’algorithme même d’Internet et des plateformes de vente d’information favorise également le discours « antivax ». Par exemple, lorsque l’on tape des mots tels que « vaccin », « santé » ou encore « réchauffement climatique » dans le moteur de recherche d’Amazon, la majorité des livres proposés vont à rebours du consensus scientifique sur ces sujets, voire font le jeu des thèses conspirationnistes.

À propos du mot « santé », ce sont les livres de Henri Joyeux, ex-cancérologue actuellement sous le coup d’une sanction ordinale pour ses propos controversés sur la vaccination, qui sont proposés. Le discours antivaccin est donc largement favorisé par l’ère du 2.0.

Crédits : Nawak illustrations

Le philosophe Mathias Girel émet cependant une réserve à ce sujet : certes, on peut observer une montée de l’irrationalité en lien avec Internet, or au quotidien, les individus accordent majoritairement leur confiance à la connaissance, à la science et aux chercheurs.

Dans tous les exemples de controverses contemporaines (OGMs, vaccins, dérèglement climatique, etc), le politique et le scientifique s’entremêlent. La critique des vaccins, plus qu’une question d’informations, est une question d’ordre politique. À ce propos, Françoise Salvadori et Laurent-Henri Vignaud soulignent :

 « La méfiance envers les institutions l’emporte le plus souvent sur le doute méthodique […] Ici, comme ailleurs en politique, mieux former ou informer n’est pas la solution miracle ; le “déficit de connaissances” n’explique pas tout, et même une maîtrise des faits et chiffres de la vaccination la meilleure et la mieux partagée qui soit ne signerait sans doute pas la fin de la défiance »

La France, championne du monde de méfiance vis-à-vis des vaccins  ?

En 2019, 41% de la population française se déclarait méfiante à l’égard des vaccins contre 17% en moyenne dans le reste des pays européens. Selon le sociologue Jocelyn Raude, une conjonction unique d’événements explique cette méfiance française accrue vis-à-vis des vaccins. En effet, alors qu’à la fin des années 1990, 90% des Français étaient convaincus de la nécessité de la vaccination, en 2010 ce chiffre est tombé à 60% ! Parmi ces événements :  

  • La crise du Mediator en 2009 et la commande trop massive par le gouvernement de vaccins contre la grippe H1N1. En révélant des collusions possibles entre les acteurs industriels et les autorités de santé, ces affaires ont contribué à faire apparaître le concept « Big Pharma » en France et permettre l’essor des médecines alternatives, en lien avec la défiance croissante envers la médecine allopathique.  
  • Les propos tenus par des personnalités médiatiques. Surfant sur cette tendance au scepticisme, des professionnels de santé extrêmement controversés comme le Dr Joyeux ou encore le Dr Montagnier, multiplient les livres et discours antivaccins.  
  • Le mouvement dit healthism depuis les années 1990. Depuis les années 1990, le healthism met l’accent sur la responsabilité individuelle en matière de santé : chacun est encouragé à gérer sa santé par ses choix et comportements personnels, plutôt que de compter uniquement sur les professionnels ou l’État.
  • Le caractère obligatoire des vaccins. Dans un contexte de méfiance accrue envers le pouvoir et la sphère économique, plus il y a de politiques d’obligation vaccinale, plus le mouvement « antivax » croît.  
  • L’État est maître d’œuvre de la politique vaccinale, dans le cadre légal du code de la santé publique. Il est responsable de l’élaboration annuelle du calendrier des vaccinations, il fixe des objectifs en matière de couverture vaccinale et veille à la prise en charge de sa politique par l’Assurance maladie. Pour cela, il s’appuie sur les avancées scientifiques mais aussi sur les recommandations internationales (dont l’OMS), d’une myriade d’institutions et de comités sanitaires nationaux et européens. Autant d’instances qui alimentent la probabilité d’un conflit d’intérêt et donc la méfiance. 

Quelles perspectives ?

Une étude sur la place respective des discours pro et antivaccin sur Facebook depuis le début de la pandémie de Covid-19 conclut que les « antivax », très actifs sur le réseau social, ont réussi à convaincre une grande partie des hésitants, alors que les « provax » se marginalisent. Quant au contenu du discours, il n’a pas évolué : ce sont toujours les arguments de type « Big Brother » et « Big Pharma » qui reviennent.

En revanche, s’il est certain que la pandémie a accéléré le discours antivax, Françoise Salvadori et Laurent-Henri Vignaud estiment également que la méfiance à l’égard des vaccins ne représente pas un réel danger :

« Historiquement, ces militants ont pu obtenir des victoires, mais ils n’ont jamais empêché les États et les sociétés de vacciner. Dans les situations de menaces épidémiques réelles, il y a une demande. Si le Covid-19 revient, le problème, ce ne sera pas les antivax, que vous ne convaincrez jamais, mais de réussir à produire assez de doses de vaccins pour tout le monde. Et le jour où le vaccin sera là, il faudra surtout se demander à qui le donner en priorité, évaluer les effets secondaires dans un contexte d’urgence. Et définir à quel coût, pour combien d’injections ? Or ce ne sera pas aux antivaccins de répondre à ces questions. »

Nous consacrerons le prochain article de notre dossier à démystifier le mouvement d’opposition à la vaccination, en montrant son hétérogénéité ainsi que les biais sociologiques d’analyse habituellement utilisés pour évoquer celui-ci.

Camille Bouko-Levy

→ Enquête à suivre dans le troisième volet, à partir du mardi 24 février 2026.


Photo de couverture : Août 2021. Wikimedia. 

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