Capgemini se montre défavorable aux appels européens de souveraineté sur le cloud et promeut des offres avec AWS, Microsoft et Google 


Les projets européens de souveraineté numérique, particulièrement pour le cloud et l’intelligence artificielle, ne suscitent pas que de l’enthousiasme. Outre les géants américains qui dominent le marché, certains de leurs partenaires européens semblent s’inquiéter tout autant des diverses initiatives de Bruxelles. Vendredi, le directeur général de Capgemini, Aiman Ezzat, a déploré les appels à une souveraineté technologique “absolue” en Europe, estimant que celle-ci ne pouvait exister. 

Les géants de la tech américains qui fournissent des services cloud comme Amazon Web Services (AWS), Google Cloud, Microsoft Azure ou encore IBM Cloud, appelés hyperscalers, contrôlent depuis des années entre 70 et 80% du marché en Europe. Les tensions géopolitiques comme la guerre en Ukraine, les restrictions sur les semi-conducteurs ou encore les risques de représailles de la part de Washington, liées aux amendes prononcées contre les géants US de la tech, ont poussé Bruxelles à prendre conscience des risques qui planent sur ses données, voire ses opérations, ses institutions étant elles-mêmes utilisatrices des services de Microsoft ou Amazon. 

Une “souveraineté absolue n’existe pas”

Ces dernières années, les GAFAM ont multiplié la création de datacenters en Europe, comme en Irlande, en Suède ou au Danemark. Mais ceux-ci sont toujours contrôlés par les sociétés américaines et sont soumis à une juridiction US, à savoir le Cloud ACT.  

Pour se dégager de cette dépendance, l’UE a lancé en 2025 le programme Digital Europe Programme 2025-2027, dont une partie du budget est allouée au déploiement de technologies critiques comme le supercalcul et l’IA souveraine. L’UE souhaite, à terme, pouvoir conserver ses données en Europe en finançant des infrastructures locales. Début janvier, l’Union a annoncé le programme « European Open Digital Ecosystems, une initiative visant à bâtir des écosystèmes numériques ouverts basés sur l’open source en cloud, IA et cybersécurité. 

Le discours de Bruxelles ainsi que ses initiatives ont fait réagir les géants US de la tech, à l’instar d’Amazon qui a lancé une offre de “cloud souverain” à destination de l’UE, tandis que Google a opté pour un discours alarmant, affirmant qu’une réduction de la dépendance aux groupes américains “compromettait la dynamique économique” du Vieux continent. “Ériger des murs qui rendent plus difficile l’accès à certaines des meilleures technologies au monde serait en réalité contre-productif”, a déclaré le directeur juridique de Google, Kent Walker. 

Vendredi dernier, le directeur général Aiman Ezzat reprenait un discours défavorable aux initiatives européennes et commentait cette volonté de Bruxelles de s’émanciper de sa dépendance technologique. « La souveraineté absolue n’existe pas », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse après la publication des résultats. « Personne ne l’a, parce que personne n’a la souveraineté sur l’ensemble de la chaîne de valeur nécessaire pour fournir des services”, a-t-il expliqué.

Affirmant que la Commission européenne partageait son point de vue, il a schématisé l’autonomie numérique en quatre piliers: la data, les opérations, la réglementation et la technologie. Et si Bruxelles jouit déjà de son indépendance sur les trois premiers aspects, “la domination des Américains” complique l’accès à une indépendance totale, notamment au niveau technologique. 

Capgemini renforce ses partenariats avec le cloud US

Les nations européennes, poursuit-il, devraient chercher « la bonne solution de souveraineté basée sur le cas d’utilisation, l’environnement du client, le gouvernement ».

Deux jours avant cette déclaration, le fleuron français, qui compte des sociétés américaines parmi ses plus proches partenaires, a annoncé le renforcement de son partenariat stratégique avec Microsoft, visant à “proposer un modèle de services cloud souverains”. D’autres partenariats liant également Capgemini à AWS et Google pour des offres similaires ont été renforcés cette même semaine. 

En janvier, Capgemini s’est retrouvée au cœur d’une polémique impliquant ses activités aux États-Unis. La société française a remporté un contrat de plusieurs centaines de millions de dollars avec l’ICE, la police controversée de l’immigration, pour des prestations de “skip-tracing”, autrement dit des prestations de localisation de migrants. Aiman Ezzat a affirmé que la direction parisienne ignorait tout de ses activités tandis que de nombreux ministres ont rappelé à l’ordre le groupe, qui a essuyé des critiques de la part des syndicats et de ses salariés. Au début du mois de février, Capgemini a annoncé la mise en vente de sa filiale américaine.





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