Le syndrome Tchernobyl : l’exception politique et audiovisuelle française


Un petit retour sur l’affaire Epstein s’impose.

Eh oui ! Comme le nuage de Tchernobyl qui, selon la version officielle de 1986, s’était poliment arrêté à la frontière franco-allemande, l’affaire Epstein semblait incapable de franchir les frontières de l’Hexagone. À l’époque, pas d’espace Schengen pour laisser circuler librement les nuages radioactifs – ni les scandales compromettants. Aussi, on pourrait (sous LSD) considérer que ce nuage radioactif venu d’Ukraine n’a pas pu franchir cette barrière invisible et immatérielle qu’on appelle « atmosphère », au grand dam de cette grande dame du cinéma français que fut Arletty.  Et ceci d’autant plus qu’il y a 40 ans, les relations diplomatiques entre l’Ukraine et la France n’étaient pas comme aujourd’hui à l’amour fou. L’amour « vache » dirait plutôt le contribuable français, éternelle vache à lait qu’il est, dans les délires dépensiers des « politiciens parasites » (pléonasme) hexagonaux, et pire encore s’agissant des technocrates non élus de Bruxelles.

Il y a quelques jours, Emmanuel Macron déclarait sobrement que « c’est une affaire qui concerne surtout les États-Unis ». Les médias mainstream français avaient jusqu’alors suivi la consigne : silence radio sur la partie hexagonale des Epstein Files et se contenter de réfuter les thèses « dites complotistes ». 

Pourtant, des personnalités françaises – politiques, économiques, médiatiques et culturelles – y sont citées, parfois de manière récurrente, dans les millions de pages déclassifiées par le Département de la Justice américain en 2025-2026. A ce titre je m’étais fendu d’une lettre ouverte au ministre de la Justice pour l’interpeller sur l’inaction de son ministère. Emmanuel Macron lui-même a confirmé publiquement, dès 2019, que la justice française disposait d’éléments (notamment des emails saisis lors de la perquisition de l’appartement d’Epstein avenue Foch à Paris). Concédant que de très nombreuses personnalités françaises sont citées dans les Epstein Files, notamment des politiciens dont lui-même, Emmanuel Macon a ponctué sa prose avec une version un peu modifiée de la formule traditionnelle : « Laissons à la justice le temps de faire son travail. »

Et qui était le procureur de Paris de l’époque ? Remy Heitz.

Epstein Heitz

Il ouvre alors une enquête préliminaire pour viols et agressions sexuelles sur mineurs, notamment impliquant Jean-Luc Brunel (agence de mannequins liée à Epstein). Résultat : sept ans plus tard, quasi rien. L’enquête traîne, Brunel s’est suicidé en prison en 2022, et les pistes françaises restent inexploitées.

Et qui dirige aujourd’hui la justice française ? Toujours Rémy Heitz, procureur général près de la Cour de cassation depuis juillet 2023. Un homme aux états de service impressionnants… en matière d’étouffement d’affaires sensibles.

Comme l’affaire Benalla (2018-2019) : nommé procureur de Paris par Macron en 2018, Heitz supervise les enquêtes sur l’ex-chargé de mission de l’Élysée. Il autorise des perquisitions et des convocations de journalistes (Mediapart, Le Monde) qualifiées d’« intimidation abjecte » par la presse. Plusieurs classements sans suite pour les proches de Macron.

Ou encore l’affaire des livraisons d’armes à l’Ukraine : en mai 2024, le général Paul Pellizzari met en demeure Heitz pour inaction sur sa plainte contre Gabriel Attal, Sébastien Lecornu et Stéphane Séjourné (accusés de livraisons illégales de matériel militaire affecté à la défense nationale, sans autorisation parlementaire, affaiblissant les stocks français de 25-40 %). Silence total du procureur général. Dans un édito, je m’interrogeais : « L’inaction judiciaire met-elle en danger l’intérêt supérieur de la nation ? ». Et face à une justice muette, se posait immédiatement la question : « Le devoir citoyen de résistance à l’oppression existe-t-il ? »

Et sur Epstein, dès 2019, Heitz a les e-mails d’Epstein en main. Des victimes françaises témoignent (auditions en 2019). Mais l’enquête piétine. En 2026, avec les nouvelles décharges massives de documents US, la pression monte : des échanges mentionnent des figures françaises, Paris comme « terrain de chasse » selon des associations de victimes. Pourtant, rien de concret ne bouge.

Chaque fois qu’un scandale menace la classe dirigeante, la formule rituelle tombe : « Laissons à la justice le temps de faire son travail. » Traduction : la montagne accouche d’une souris, ou mieux, d’un non-lieu, d’un classement sans suite, ou d’une prescription après inaction délibérée. Macron l’a répétée pour Epstein. Et qui est chargé de « mettre tous les moyens en œuvre pour faire toute la lumière » ? Rémy Heitz, encore lui.

SABLIER

Jack Lang a été jeté en pâture – un os à ronger pour calmer l’opinion. Mais les autres ? Politiciens, magistrats, hauts fonctionnaires cités dans les files : intouchables.

De l’autre côté de l’Atlantique, Donald Trump, lui aussi hyper récurrent dans les Epstein Files (centaines de mentions), a signé en novembre 2025 l’Epstein Files Transparency Act forçant la publication massive de documents. Puis, face aux révélations, il déclare : « It’s time to move on » – « Il est temps que le pays passe à autre chose ». Seulement 30 % (et peut être bien moins) des files auraient été rendus publics ; les 70 % restants restent scellés ou lourdement caviardés. Pourquoi ? Pour apaiser la colère publique en concentrant l’attention sur quelques seconds couteaux ? Ou pour protéger des puissants des deux côtés ?

En France comme aux États-Unis, le schéma est le même : un théâtre judiciaire médiatisé contre des figurants, tandis que les vrais réseaux restent intacts. Et les chiffres sont implacables : en France, des milliers d’enfants victimes d’abus sexuels chaque année, mais un taux d’élucidation dérisoire. L’affaire Epstein, avec ses ramifications mondiales, pourrait changer la donne. Mais face à l’« exception française », verra-t-on le tourniquet judiciaire continuer à tourner dans le vide.

BILAN

 

Et si, face à cette opacité, le vrai devoir était citoyen ? Résister à l’oppression judiciaire, exiger la transparence, partager les faits. Parce que quand la justice ferme les yeux, c’est à nous de les ouvrir.

 

Epstein

 

Les morts liées à Epstein

  • Alfredo Rodriguez : ancien majordome d’Epstein mort le 28 décembre 2014 à l’âge de 60 ans à Paris d’une forme rare et agressive de cancer lié à l’amiante. Quelques années auparavant, il avait tenté de vendre le petit carnet d’adresses (« black book ») du financier à un agent du FBI infiltré en 2009, ce qui l’a mené à une condamnation pour obstruction de justice en 2012 (18 mois de prison). Sa veuve a déclaré qu’il n’était « pas vraiment impliqué» dans l’affaire Epstein.
  • Al Seckel : escroc et ami juif d’Epstein depuis au moins 2009 (via des e-mails sur la gestion de réputation), était marié à Isabel Maxwell (sœur de la criminelle Ghislaine Maxwell). Il est mort mystérieusement dans le Lot, près de Saint-Cirq-Lapopie dans le Lot. Son corps est resté introuvable pendant des semaines avant d’être découvert au bas d’une falaise le 1ᵉʳ juillet 2015. « C’est l’odeur de putréfaction qui a finalement conduit au cadavre », a déclaré l’ancien maire adjoint. Vers 2010, Seckel et Isabel Maxwell s’étaient installés en France — officiellement pour veiller sur la mère d’Isabel Maxwell à Meyreuil — et vivaient dans un château proche de La Roque-Gageac, en Dordogne. La thèse officielle du suicide a été rapportée mais reste toujours questionnée, notamment avec des questions sur des fraudes (livres rares). Lien avec Epstein : Seckel aidait à « nettoyer» la réputation d’Epstein post-2008.
  • Joseph Recarey : décédé le 25 mai 2018 à 50 ans après une « brève maladie» (non spécifiée publiquement). Il était le détective principal de Palm Beach sur l’affaire Epstein en 2005-2008 (interviews de victimes). La famille a attribué cela à des causes naturelles (apnée du sommeil), mais aucune cause officielle n’a été divulguée. Des théories « dites du complot » circulent, mais pas de preuves.
  • Thomas Bowers : gestionnaire d’argent d’Epstein chez Deutsche Bank. Retrouvé pendu dans sa maison de Malibu le 19 novembre 2019. Mort déclarée suicide. Il supervisait des prêts à Epstein chez Deutsche Bank (bien que certains disent qu’il avait quitté la banque avant Epstein comme client). Lien avec Epstein confirmé via prêts.
  • Steve Bing : Tombé du 27ᵉ étage de son appartement à Los Angeles le 22 juin 2020 à 55 ans. Mort déclarée suicide, la dépression et des problèmes financiers sont cités comme éventuelles causes. Il aurait été ami et producteur de films d’Epstein et certaines théories « dites du complot » le lient à Epstein via Bill Clinton dont Bing était un donateur.
  • Efrain « Stone » Reyes : dernier compagnon de cellule d’Epstein jusqu’à son transfert la veille de la mort d’Epstein. Mort à 51 ans de « complications liées au Covid » le 27 novembre 2020 dans le Bronx dans l’appartement de sa mère
  • Jean-Luc Brunel : recruteur de mannequins français, pervers très proche d’Epstein, retrouvé pendu dans sa cellule de prison à la Santé (Paris) le 19 février 2022. Cause officielle du décès : suicide. Il était accusé de viols et trafic (en lien avec les crimes d’Epstein).
  • Mark Middleton : assistant de Clinton mentionné à plusieurs reprises dans les dossiers Epstein. Pendu avec un cordon électrique et une blessure par balle au torse, dans un ranch en Arkansas le 7 mai 2022, sa mort est classée comme suicide. Il autorisa des visites d’Epstein à la Maison Blanche (17 fois).

 

Victimes :

  • Leigh Skye Patrick : Victime d’Epstein (Palm Beach), décédée par overdose en mai 2017 (Lake Worth, près de Palm Beach), à 29 ans.
  • Carolyn Andriano : suicide par overdose médicamenteuse (méthadone, fentanyl) à Palm Beach, mai 2023, à 36 ans. Témoigna contre Maxwell (abus dès 14 ans).
  • Virginia Giuffre : « suicide » à Neergabby, Australie-Occidentale le 25 avril 2025. « Quelqu’un l’a eue », dit son père. Giuffre a répété avec insistance qu’elle n’était pas suicidaire. Sa famille demande plus d’enquêtes. Elle reste une des accusatrices principales (Epstein, Andrew).

 

Autres (moins suspect mais toujours en lien) : 

  • Kenneth Starr (décédé 13 sept. 2022 à 76 ans de complications chirurgicales) et Roy Black (décédé 21 juil. 2025 à 80 ans, cause non précisée) étaient les avocats d’Epstein de  sa première affaire ; Marvin Minsky (MIT) accusé par Giuffre d’actes sexuels pervers sur l’ile) est décédé en 2016 à 88 ans d’une hémorragie cérébrale).
  • Il est notable qu’Epstein soit devenu gestionnaire d’argent du milliardaire Les Wexner après la mort par balle de son prédécesseur, Arthur Shapiro, le 6 mars 1985 à New York, dans un style « exécution mafieuse » de deux balles dans la tête. Le rapport police (1991) lie de possibles liens mafia via les affaires Wexner, et note que Shapiro allait témoigner sur abris fiscaux (avec Kessler). Pas de preuve directe de lien, mais des théories persistent. Shapiro a été tué avant de pouvoir être interrogé sur des abris fiscaux offshore créés pour un autre partenaire commercial, Berry Kessler. « Coup de chance » pour Epstein.





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