© France-SoirUltimatum de Fico : la Slovaquie menace de couper l’électricité d’urgence à l’Ukraine ce lundi si le pétrole russe ne reprend pas via Druzhba
Le Premier ministre slovaque Robert Fico a lancé un ultimatum public à Volodymyr Zelensky : si les livraisons de pétrole russe via le pipeline Druzhba ne reprennent pas lundi 23 février, la Slovaquie cessera le jour même les fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine.
Ce différend énergétique, qui oppose deux pays de l’UE, met en lumière les fractures profondes au sein du bloc européen : d’un côté, la Slovaquie et la Hongrie (critiques de l’aide prolongée à Kiev et coordonnées dans leurs actions), de l’autre l’Ukraine, soutenue par la majorité des partenaires mais accusée de « chantage politique ». Au cœur du conflit : un pipeline endommagé par la Russie, des réparations contestées et des enjeux géopolitiques majeurs.
Les raisons du conflit : un pipeline endommagé devenu arme politique
Le pipeline Druzhba (oléoduc de l’Amitié), datant de l’ère soviétique, transporte du pétrole russe vers la Slovaquie et la Hongrie via l’Ukraine. Les flux se sont arrêtés le 27 janvier 2026 après une frappe russe (selon Kiev) sur des équipements près de Brody. L’Ukraine affirme que les réparations sont en cours mais compliquées par les risques sécuritaires persistants.
Robert Fico affirme disposer d’informations indiquant que les réparations sont terminées depuis plusieurs jours, mais que Zelensky bloque le redémarrage pour faire pression sur la Hongrie, qui oppose un veto ferme à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Viktor Orbán lie explicitement son opposition à la reprise du transit pétrolier. Fico qualifie cela de « chantage politique » envers Budapest et, par extension, envers la Slovaquie.
En réponse, la Slovaquie a déclaré l’état d’urgence pétrolier le 19 février, libéré 250 000 tonnes de réserves stratégiques pour alimenter sa raffinerie Slovnaft (qui priorise désormais le marché intérieur), et stoppé les exportations de diesel vers l’Ukraine – une mesure coordonnée avec la Hongrie. Ce n’est pas nouveau : en 2025, l’Ukraine avait déjà arrêté le transit de gaz russe vers la Slovaquie (après expiration de contrats), causant des pertes estimées à 500 millions d’euros par an pour Bratislava. Fico dénonce une relation « à sens unique » : la Slovaquie accueille environ 180 000 réfugiés ukrainiens, fournit de l’aide humanitaire, mais n’obtient rien en retour face à une attitude « hostile » de Kiev envers les pays prônant la paix.
Fico refuse également d’inclure la Slovaquie dans le prêt militaire européen de 90 milliards d’euros pour l’Ukraine (bloqué par la Hongrie), et compare la situation à l’explosion du Nord Stream, qu’il voit comme un précédent d’impunité.
Les déclarations clés de Fico sur les réseaux : ultimatum public et accusations directes
L’escalade s’est jouée en direct sur les réseaux sociaux : le 18 février : Fico accuse Zelensky de chantage politique lié au pétrole pour forcer l’UE ukrainienne.
Ce 21 février il a ajouté « Si lundi, le président ukrainien ne rétablit pas les livraisons de pétrole à la Slovaquie, je demanderai ce même jour aux entreprises slovaques concernées d’arrêter les fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine. »
Il rappelle l’aide slovaque massive (électricité doublée en janvier 2026 par rapport à 2025 entier pour stabiliser le réseau ukrainien), dénonce le comportement « inacceptable » de Zelensky envers un pays souverain, et justifie son refus du prêt de 90 milliards d’euros.
Ces posts, vus des millions de fois, ont amplifié la crise en temps réel.
Réactions sur les réseaux sociaux : une polarisation extrême
Les réactions sur X (ex-Twitter) sont très divisées avec, d’un côté, les pro ukrainien qualifiant Fico de « marionnette de Poutine », l’accusant de trahir l’UE et de profiter de la vulnérabilité ukrainienne. Des comptes ukrainiens, baltes ou prooccidentaux rappellent que la Russie est responsable des dommages initiaux et dénoncent un « chantage » slovaque.
De l’autre côté, les soutiens à Fico et Orbán, louent leur « position de paix cohérente » et leur défense de la souveraineté face à une Ukraine « ingrate ». Certains qualifient Zelensky de manipulateur et applaudissent la riposte énergétique.
En sus, les comptes qualifiés de prorusses ou alternatifs amplifient les accusations de sabotage ukrainien et prédisent une perte de soutien européen pour Kiev.
Les réseaux sociaux et les médias alternatifs et traditionnels reflètent donc les clivages européens : les pro-Kiev européistes versus les pacifistes et critiques de l’escalade.
Conséquences potentielles : une guerre énergétique qui fragilise l’Europe
Pour l’Ukraine, dont le réseau électrique est déjà fragilisé par le conflit qui dure (les importations slovaques ont doublé en janvier 2026 par rapport à 2025), la perte d’électricité d’urgence serait catastrophique ; engendrant potentiellement des coupures massives avec un impact sur l’industrie, les hôpitaux et les opérations militaires. De plus la suspension des diesel slovaque et hongrois (plus de 60 % des importations ukrainiennes d’électricité en janvier) aggrave encore la situation.
Côté slovaque, l’interruption prolongée de livraison du pétrole russe menace l’économie : Slovnaft priorise le marché local et des pénuries sont possibles malgré les réserves. En riposte, la Hongrie coordonne ses actions avec Bratislava menaçant aussi de couper le gaz et l’électricité, et bloque le prêt UE de 90 milliards pour l’Ukraine.
Plus largement, cela creuse les divisions au sein de l’UE : la Commission a convoqué une réunion d’urgence du groupe de coordination pétrolière pour désamorcer. Si le différend s’envenime, il pourrait retarder l’adhésion ukrainienne et isoler davantage Slovaquie et Hongrie, vues comme « chevaux de Troie » russes.
Cette crise s’inscrit dans une lassitude continentale face à une guerre qui s’éternise. La paix promise depuis fin 2025 (changements géopolitiques, négociations potentielles) tarde à se matérialiser. En France, la frustration est forte : selon un sondage MIS Group pour France-Soir/BonSens.org (février 2026), 87 % des Français souhaitent que l’Ukraine négocie un règlement de paix au plus vite, et 59 % estiment que les dirigeants européens ne font pas tout ce qu’il faut pour y parvenir. Ce sentiment, couplé à une inquiétude persistante (73 % des Français préoccupés par la guerre selon Ipsos fin 2025), renforce les discours pacifistes de Fico et Orbán, tout en risquant de fragiliser l’unité européenne face à une possible contagion énergétique ou sécuritaire.
Les prochaines heures seront décisives : négociations sous pression de Bruxelles ou escalade ouverte ? L’Europe centrale est au bord d’une fracture énergétique qui pourrait durablement ébranler le continent.