Mais jusqu’où iront-ils ? | FranceSoir


L’ombre de Pierre Palmade plane-t-elle toujours sur les hautes sphères de l’État ? Trois ans après l’accident tragique qui a révélé au grand public les dérives du chemsex, une nouvelle affaire secoue Matignon et Bercy. De hauts fonctionnaires, payés par l’argent public, se retrouvent impliqués dans des soirées impliquant des stupéfiants de synthèse, au mépris des lois qu’ils sont censés faire respecter. Révélations du Canard enchaîné, confirmées par des décrets officiels : un conseiller du Premier ministre Sébastien Lecornu a été limogé pour overdose, tandis que l’organisateur présumé, un directeur régional des Finances publiques, s’en tire avec une simple mutation, salaire intact. Une hypocrisie flagrante, alors que le gouvernement multiplie les discours musclés contre la drogue.

Les faits sont accablants. Michel Stoumboff, conseiller agriculture, alimentation, pêche, chasse et forêt au cabinet du Premier ministre, a été évincé par un arrêté du 16 février 2026, publié au Journal officiel le lendemain et effectif au 17 février.

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Selon Le Canard Enchaîné, cet ancien collaborateur de Lecornu a été « ramassé par les pompiers » en état d’overdose lors d’une soirée privée à Paris, impliquant du chemsex – cette pratique associant drogues de synthèse (comme la 3-MMC, le GHB ou la méthamphétamine) à des rapports sexuels prolongés. Le chemsex, défini comme l’usage intentionnel de substances psychoactives pour intensifier l’activité sexuelle, est un phénomène en pleine expansion en France, touchant environ 13 à 14 % des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) au cours de la dernière année, selon l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT).

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. La soirée incriminée aurait été organisée dans l’appartement parisien d’Hugues Bied-Charreton, directeur régional des finances publiques (DRFiP) d’Île-de-France et de Paris depuis janvier 2025. 

Bied-Charenton

Né en 1966, ce haut fonctionnaire, ancien directeur des affaires financières au ministère de la Défense, perçoit un salaire mensuel net d’environ 21 000 euros, selon les grilles indiciaires de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) – plusieurs fois le salaire médian français (2 369 euros en 2025, d’après l’INSEE). Contrairement à Stoumboff, Bied-Charreton n’a pas été licencié : un décret du 20 février 2026, publié au Journal officiel, acte sa mutation à Bercy, au ministère de l’Économie, avec conservation de son traitement. Une enquête judiciaire est en cours pour usage et facilitation d’usage de stupéfiants, mais pour l’heure, aucune poursuite n’a été annoncée publiquement.

Cette disparité de traitement interpelle. Pourquoi un limogeage sec pour le conseiller, et une simple réaffectation pour l’organisateur présumé ? Les faits soulignent une inégalité flagrante, d’autant que la soirée impliquait plusieurs agents publics, selon les sources. Si aucun financement public n’a été prouvé – la soirée étant décrite comme privée –, le simple fait que des responsables des impôts et de l’agriculture, financés par les contribuables, soient mêlés à de telles pratiques pose question sur l’exemplarité des élites.

Pour illustrer les conséquences différenciées, voici un tableau comparatif :

Personne Poste Infraction présumée Conséquence Salaire conservé ?
Michel Stoumboff Conseiller agriculture au cabinet du PM Overdose lors d’une soirée chemsex Limogeage (arrêté du 16/02/2026, JO 17/02/2026) Non
Hugues Bied-Charreton DRFiP Île-de-France et Paris Organisation d’une soirée chemsex Mutation à Bercy (décret du 20/02/2026, JO) Oui

Cette affaire n’est pas isolée et dépasse largement le cadre du chemsex « récréatif » ». Le 27 janvier 2026, l’ancien sénateur Joël Guerriau a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans de prison, dont 18 mois ferme, pour avoir drogué à l’insu de la députée Sandrine Josso avec de la MDMA (ecstasy) en novembre 2023, dans le but de la violer – un cas emblématique de soumission chimique. Il a fait appel de la décision, évitant pour l’instant l’exécution provisoire de la peine ferme, mais le verdict marque un tournant dans la reconnaissance de ces dérives au sein des cercles politiques. Guerriau, qui percevait environ 7 600 euros brut mensuels d’indemnités parlementaires (plus frais de mandat), a continué à toucher ces sommes pendant des mois malgré sa mise en examen et sa mise en retrait du Sénat. Sandrine Josso, reçue par le président du Sénat Gérard Larcher le 11 février 2026, a dénoncé le silence institutionnel initial et appelle désormais à des formations renforcées contre les violences sexuelles au Parlement. Un nouveau témoignage anonyme, diffusé en 2025, l’accuse d’un incident similaire en 2022, renforçant l’idée d’un schéma problématique.

Le chemsex fait des ravages en France depuis plusieurs années. Une étude nationale de la Société française de toxicologie analytique (SFTA) note une augmentation des cas, de 19 en 2018 à 71 en 2022, avec une tendance à la hausse. En 2024-2025, plusieurs scandales ont éclaté : à Bordeaux, cinq overdoses en un mois, dont trois mortelles ; à Lille, un enfant de 5 ans violé sous soumission chimique lors d’une soirée chemsex en février 2025, impliquant dix hommes dont le père ; sans oublier des cas politiques, comme l’arrestation du député LFI Andy Kerbrat avec de la 3-MMC en 2024, ou les overdoses impliquant des conseillers LR et des francs-maçons en 2025.

L’hypocrisie gouvernementale est patente. En novembre 2025, Emmanuel Macron dénonçait les « bourgeois des centres-villes qui financent les narcotrafics ». En décembre, Lecornu comparait le narcotrafic au terrorisme. Et en mars 2025, l’Assemblée nationale adoptait une résolution appelant à une « stratégie nationale de prévention » contre le chemsex, avec une feuille de route promise pour septembre 2025 par le ministre de la Santé Yannick Neuder. Pourtant, près d’un an plus tard, cette stratégie reste lettre morte, tandis que des hauts fonctionnaires échappent à des sanctions exemplaires. La loi est claire : l’article L3421-1 du Code de la santé publique interdit la consommation de stupéfiants, passible d’un an de prison et 3 750 euros d’amende.

Jusqu’où iront-ils ? Tant que l’omerta persiste au sommet de l’État – rappelons les silences autour des « Epstein Files » français –, les contribuables financeront une élite qui se déconnecte de la réalité. Il est temps d’exiger une enquête parlementaire et une transparence totale. La République mérite mieux que ces ombres.

 





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