La colère rurale couve au Maroc, par Eva Tapiero (Le Monde diplomatique, mars 2026)


« La terre, le travail et l’eau sont exploités par l’Europe »

Partenaire choyé de l’Union européenne, le royaume a connu plusieurs contestations au cours des dernières années, dont celle de la « Gen Z 212 », sigle choisi par la jeunesse en révolte contre les inégalités et la corruption. Les revendications qu’elle formule font écho à celles des travailleurs agricoles, qui ne bénéficient que très peu de la manne des exportations de fruits et de légumes.

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Hicham Benohoud. – De la série « The Hole » (Le trou), 2015

© ADAGP, Paris, 2026 – Courtesy Loft Art Gallery, Casablanca

«Tomates cerises, tomates cocktails, poivrons doux, piments », Mme Touria Jaouhar, 47 ans, égrène les noms des fruits et légumes qu’elle emballe chaque jour par filets d’un kilo. Nous l’écoutons détailler sa vie professionnelle dans les locaux modestes d’une association qui organise des sorties culturelles pour les travailleurs du secteur agricole à Aït Melloul, une ville moyenne en périphérie sud d’Agadir, dans la région du Souss-Massa. Ce lundi de novembre, elle a pu se libérer, car c’est son jour de repos hebdomadaire. Le reste du temps, elle s’active sur sa machine, à raison de quatorze heures quotidiennes. Un travail épuisant. « Je dois faire attention quand je suis sur la machine. Parfois je tombe de sommeil, et je risque de me couper un doigt », dit-elle. La conséquence de cette cadence, c’est aussi l’obligation de louer un logement à proximité, puisque le transport assuré par la société qui l’emploie ne va pas jusqu’au quartier excentré où se trouve la petite maison qu’elle partage avec sa mère et ses enfants. Pour 500 dirhams (46 euros) par mois, elle dort dans une chambre minuscule, ne retrouvant les siens que pour ses jours de repos. « Cela me rend triste de ne pas vivre avec mes enfants, mais ils sont grands maintenant et j’ai toujours vécu ainsi. J’ai l’habitude, c’est ma mère qui les a élevés », commente-t-elle.

Rémunérée 17 dirhams de l’heure, soit un peu plus de 1,50 euro, notre interlocutrice n’élude pas le sujet de ses conditions de travail difficiles, mais insiste sur ses combats. Il y a plus de dix ans, elle a obtenu une victoire essentielle : être déclarée, et que son ancienneté soit prise en compte. Elle et des dizaines de collègues ont fait pression, en cessant le travail et en multipliant les actions, afin d’obtenir une reconnaissance légale de leur labeur, ce qui leur permet aujourd’hui de bénéficier de la sécurité sociale (CNSS).

Des productions vouées à quitter le pays

Une (…)

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