Depuis son rachat par le milliardaire Elon Musk, le réseau social X, anciennement Twitter, est devenue le terreau de l’extrême droite. Et c’est désormais confirmé par une étude publiée dans la revue Nature le 18 février 2026.
L’idéologie d’extrême droite d’Elon Musk n’est plus à prouver tout comme sa volonté d’orienter la plateforme X, arraché pour 44 milliards de dollars, vers celle-ci. Mais on ignorait l’impact réel de cette méthode sur les utilisateurs. Des recherches menées aux États-Unis l’ont cette fois bien corroboré, être exposé aux algorithmes de X pourrait durablement modifier vos convictions politiques du côté conservateur.
Énième illustration du pouvoir considérable des réseaux sociaux sur les psychés et donc la démocratie, à l’instar des grands médias.
Une mécanique bien huilée
Sur X, il existe deux façons de surfer. La première consiste à simplement découvrir les messages postés par les comptes que vous suivez en cliquant sur le bouton « abonnés ». La seconde, celle qui est enclenchée par défaut par l’application se nomme « pour vous ».
Dans ce dernier cas, vous ne verrez pas seulement les profils auxquels vous êtes affiliés, mais bien le contenu mis en avant par l’algorithme du réseau social. Et celui qui ose faire des saluts nazis en public, oriente l’algorithme de X vers les idées d’extrême droite.
Des preuves formelles
Pour ceux qui en doutaient encore, l’étude états-unienne a ainsi interrogé près de 5 000 volontaires sur leurs opinions politiques. Par la suite, la moitié de ces individus devait suivre le fil « abonnés » et l’autre, le fil « pour vous », pendant sept semaines.
Puis, après cette période d’exposition, tous les cobayes de cette expérience devaient à nouveau répondre à un questionnaire sur leur avis. Bilan : les personnes ayant été soumises au fil « pour vous » voyaient leurs idées glisser vers la droite, en moins de cinquante jours.
Et si le processus n’a évidemment pas transformé des gens très à gauche en militants identitaires, il a malgré tout été observé une inflexion significative dans un délai très restreint. Des résultats qui confirment donc que ce ne sont pas les opinions qui font évoluer l’algorithme, mais bien le contraire.
Un pouvoir considérable ?
Il est particulièrement inquiétant que ces évolutions d’opinions aient pu s’opérer en seulement quelques semaines. Ces évolutions pourraient avoir une influence sur les intentions de vote de personnes concernées. Et il est possible, qu’après plusieurs années d’exposition, certains individus basculent totalement dans une idéologie d’extrême droite.
Sans même parler des desseins évidents d’Elon Musk, l’architecture de ce type de réseau social interroge clairement quant à ce qu’elle met en avant. Les contenus polarisants, particulièrement présents à l’extrême droite (outrances, mensonges, polémiques…), génèrent énormément d’interactions et donc d’attention. Et ce, bien souvent au détriment de la vérité.
Un glissement lent et inexorable
L’étude a également démontré que les gens exposés au fil « pour vous » avaient, en outre, tendance à s’abonner à de plus en plus de comptes tendant vers l’extrême droite. De ce fait, le premier fil géré par l’algorithme modifient aussi les choix sur le long terme quant à ce que souhaitent voir les utilisateurs.
Par voie de conséquence directe, c’est donc tout un écosystème d’information individuelle qui va se trouver restructuré. De jour en jour, le processus va alors se renforcer et consolider ce glissement idéologique.
Une machine à billets verts
Il est essentiel de garder à l’esprit que si un grand patron comme Elon Musk met autant d’énergie à restructurer ce réseau social, ce n’est pas seulement pour des convictions politiques, mais aussi pour ses propres affaires.
La colère et la peur, suscitée par les thèmes d’extrême droite, représentent un merveilleux carburant publicitaire, puisqu’elles engendrent plus de temps passé sur le site, et donc plus de données. En apprenant à connaître les idées des utilisateurs, un réseau social devient alors capable de savoir ce qu’il peut leur vendre, et même de leur faire désirer des choses dont ils n’ont pas besoin.
Un enjeu démocratique majeur
À l’image de ce que l’on observe déjà avec les médias de masse, appartenant sensiblement tous à de grandes fortunes, les réseaux sociaux occupent aussi une place de plus en plus structurante sur l’opinion publique.
Or, il s’agit évidemment ici d’un enjeu démocratique majeur. Comment les citoyens pourraient-ils prendre des décisions éclairées si leurs avis se trouvent manipulés par des milliardaires ayant la mainmise sur des algorithmes obscurs ?
⚡️🇫🇷INFO – À qui appartiennent les #médias ? Depuis plusieurs années, Acrimed et le Monde diplomatique éditent la carte «Médias : qui possède quoi ?», dont la dernière version est en ligne : https://t.co/LIoJ9JjIoz pic.twitter.com/oqVyIniUqc
— Brèves de presse (@Brevesdepresse) November 17, 2019
Une nécessaire intervention publique
Malgré ces alertes, les pouvoirs publics ne semblent pas prêts à agir face à cette menace. En France, tous les gouvernements successifs ont ainsi laissé se bâtir des empires médiatiques qui accaparent une part croissante des moyens d’informations, à l’image de ce que fait Vincent Bolloré.
Pour éviter les idées d’extrême droite de progresser, les pays européens auraient intérêt à encadrer beaucoup plus strictement ces réseaux sociaux. Or le néolibéralisme au pouvoir est compatible avec le fascisme car il peut perdurer avec les idées d’extrême droite ; ce qui n’est pas le cas avec les idées de justice sociale portées par la gauche car elles remettent en cause ce modèle. Cet état de fait permettrait d’expliquer la non-régulation de ces réseaux sociaux.
Sortir de l’impuissance
Les citoyens pourraient, par exemple, être en droit d’exiger une réelle transparence des algorithmes, un audit public et indépendant sur les réseaux sociaux, un fil par défaut non manipulé par des machines, la régulation de la publicité, ou encore une gestion plus démocratique.
Bien évidemment, il existe déjà des plateformes de ce type, à l’image de BlueSky ou encore Mastodon, alternative libre à X, sur lequel Mr Mondialisation dispose d’un compte. Mais force est de constater que ce genre d’initiatives ne rassemble pas autant les foules que les géants américains.
Dès lors, face à la normalisation progressive des discours réactionnaires et de leur promotion par les réseaux, il appartient d’une part aux utilisateurs de faire grossir des concurrents plus éthiques, notamment en diversifiant ses sources, mais aussi, et surtout, à l’État d’agir également en ce sens. Avant qu’il ne soit trop tard.
– Simon Verdière
Photo de couverture de Ilya Yarmosh sur Unsplash
