
Hergé. – Image tirée de l’album « Le Sceptre d’Ottokar », 1939
© Hergé-Tintinimaginatio 2026
Les Balkans ont longtemps eu une étrange réputation. À la fois inquiétante et fascinante. Zone floue, aux contours indécis, ils ont, dans l’imaginaire « occidental », fait rêver et frissonner : visage mystérieux d’une « autre Europe », sauvage, primitive, mais aussi riche d’une authenticité qui aurait déserté le monde moderne. De quoi nourrir toutes sortes d’entreprises et de rêveries. La charmante romance ruritanienne par exemple. Un genre littéraire bien particulier, qui s’est développé dans le monde anglo-saxon à la fin du XIXe siècle, puis dans le reste de l’Europe. La Ruritanie, c’est une monarchie d’opérette, une fantaisie jouant des clichés entourant les Balkans, un pays inventé par l’écrivain britannique Anthony Hope dans Le Prisonnier de Zenda (1894), qui connut de nombreuses déclinaisons, témoins d’un succès persistant. La Ruritanie est l’un des premiers pays imaginaires, qui vont se multiplier, vaguement situés dans une Europe sud-orientale, à la toponymie d’allure tantôt slave, tantôt germanique. La Syldavie et la Bordurie qu’arpente le reporter Tintin en sont les exemples dessinés les plus célèbres.
Ces pays rêvés sont presque toujours des monarchies, grands-duchés ou principautés, dont le souverain légitime est victime d’une usurpation ou disparaît sans héritier direct, avant qu’un heureux hasard ne vienne arranger la situation, grâce à un étranger arrivé dans un pays dont il ignorait tout, mais qui devient l’ami du prince, quand il ne se révèle pas son héritier. Seule l’une des toutes premières romances ruritaniennes, Prince Otto (1885), de l’Écossais Robert Louis Stevenson, connaît une évolution différente, puisque l’indolent souverain de la principauté du Grunewald finit par être déposé et que le pays devient une république.
Ces petits États évoquent bien sûr le Saint Empire romain germanique, dissous en 1806, et surtout l’empire d’Autriche, qui lui succède et deviendra ensuite la double monarchie (…)
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