Une vingtaine d’activistes de GreenPeace ont mené lundi au port de Dunkerque une opération visant à bloquer l’arrivée du cargo russe Mikhaïl Dudin, en provenance de Saint-Pétersbourg. Le bateau achemine depuis plusieurs mois entre la France et la Russie des cargaisons d’uranium, de retraitement et enrichi. L’ONG dénonce ce commerce nucléaire et quatre de ses activistes ont été placés en garde à vue, libérés et convoqués par la Justice.
Depuis 2018, un contrat d’un montant de 600 millions d’euros et portant sur le recyclage et l’enrichissement de l’uranium de retraitement (URT) issu des combustibles usés des réacteurs français liait EDF à la société russe Rosatom. Mais à partir de 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine, Paris a sommé EDF de cesser ses exportations d’uranium de retraitement vers la Russie.
Une “intensification” en 2025
Les livraisons d’uranium enrichi depuis la Russie ont été officiellement arrêtées et le groupe énergétique français a entrepris des discussions avec d’autres acteurs, notamment européens et américains, pour mettre en place une chaîne d’approvisionnement alternative afin de réduire cette dépendance à la Russie. Mais dès novembre 2022, une livraison en provenance de Russie a été constatée.
En mars 2024, le gouvernement français a annoncé examiner “sérieusement” la possibilité de construire dans l’Hexagone un site de conversion et d’enrichissement de l’uranium de retraitement. De son côté, malgré le conflit ukrainien, Rosatom a poursuivi ses importations et exportations d’uranium de retraitement et enrichi, pas directement ciblées à ce stade par les sanctions occidentales.
Fin novembre dernier, GreenPeace a annoncé que ces opérations avaient repris à un rythme régulier. L’ONG dénonçait l’arrivée du cargo Mikhaïl Dudin, en provenance de Saint-Pétersbourg et “immatriculé sous un pavillon de complaisance (Panama)”, au port de Dunkerque, où “12 fûts d’uranium enrichi russe ont été déchargés en présence de plusieurs gendarmes français du PSMP, le Peloton de sûreté maritime et portuaire”. L’organisation, images à l’appui, a dénoncé une “intensification” du commerce nucléaire entre les deux pays. “Ce n’est pas illégal, mais c’est immoral”, avait-on regretté.
Il s’agit notamment d’uranium enrichi russe utilisé par Framatome et l’uranium naturel du Kazakhstan et d’Ouzbékistan destiné à Orano. Les douanes françaises ont confirmé une hausse en 2025 avec l’importation d’au moins 112 tonnes d’uranium enrichi depuis la Russie.
Lundi, GreenPeace est passée à l’action avec une vingtaine de ses activistes qui se sont mobilisés à 4 h du matin au port de Dunkerque pour bloquer le cargo Mikhaïl Dudin et dénoncer ces échanges. “Depuis le début de l’invasion globale de l’Ukraine par la Russie il y a maintenant quatre ans, le ballet des cargos Baltiyskiy 202 et Mikhaïl Dudin n’a pas cessé (…) À de nombreuses reprises, nous avons observé le déchargement d’uranium enrichi russe ou d’uranium naturel depuis ce cargo”, lit-on dans un communiqué, dans lequel l’ONG s’interroge : “Qu’y a-t-il dedans ?”
“Seuls Orano, EDF et/ou Framatome le savent pour l’instant. Face à l’opacité de ce trafic, la lumière sur ce commerce doit être faite”, a déclaré Pauline Boyer, chargée de campagne sur le nucléaire pour Greenpeace France.
Quatre personnes comparaîtront en octobre
À bord de kayaks, brandissant des pancartes sur lesquelles étaient inscrits les mots “Poutine” et “EDF” séparés par un symbole de cœur, les activistes entendent “stopper le flux d’uranium entre la Russie et la France”, ce “commerce qui alimente indirectement la guerre de Poutine”.
Pour GreenPeace, la France fait preuve “d’indécence” et “devrait avoir honte”. “Alors qu’Emmanuel Macron affiche son soutien à l’Ukraine et prône un renforcement militaire de l’Europe face à la Russie, la France continue de commercer avec Moscou, en particulier dans le secteur nucléaire, et à s’activer pour le préserver de toute sanction au niveau européen”, affirme-t-on.
L’ONG interprète dans ce commerce une “dépendance” du gouvernement français au nucléaire russe qui “empêche” Paris d’être “cohérente sur la scène internationale”.
Le blocage des activités de GreenPeace a été levé au bout de cinq heures par les forces de l’ordre, “dans le calme” selon la police. Quatre militants de Greenpeace placés en garde à vue. Elles ont été libérées mais convoquées devant la justice en octobre, a indiqué mardi le parquet.
Il s’agit de deux Allemandes, une Autrichienne et un Néerlandais âgés de 25 à 35 ans, convoqués le 5 octobre devant le tribunal correctionnel de Dunkerque pour « entrave concertée et avec menace à l’exercice de la liberté du travail » et « introduction non autorisée dans une zone d’accès restreint d’un port ou d’une installation portuaire ».