
Nam June Paik. — « Video Flag Z » (Drapeau vidéo Z), 1986
© Succession Nam June Paik – Photographie : LACMA – 2025 Museum Associates – RMN-Grand Palais
Série phare de Netflix au succès planétaire, Stranger Things (2016-2026) a été rapidement accueillie comme une œuvre progressiste. Probablement parce que, entre fantastique et science-fiction, cette histoire d’enfants passionnés de jeux de rôles et confrontés à des forces maléfiques cultive la nostalgie des années 1980 — où elle se déroule — sous l’angle du féminisme, de la diversité culturelle et de la marginalité. Lors de la remise d’un prix couronnant la série en 2017, l’acteur David Harbour s’est enflammé, au nom de tous ses collègues : « Cette récompense (…) est un appel (…) à construire, à travers notre art, une société plus empathique et plus compréhensive (…). Nous repousserons les brutes, nous protégerons les marginaux et les exclus, ceux qui n’ont pas de foyer. » Il n’en fallait pas davantage, au début de l’ère Trump, pour voir dans ce programme l’avant-garde d’une résistance culturelle portée par Netflix, plate-forme réputée proche des idées démocrates. L’univers parallèle au cœur de l’histoire (le « Monde à l’envers ») et ses inquiétantes créatures ont même été perçus comme une métaphore de l’Amérique ravagée par le néolibéralisme. Et comment ne pas assimiler au président républicain le traître de la troisième saison (un politicien blond, affairiste et corrompu par les Russes) ?
Fondamentalement bons
Le contenu politique s’avère en fait très modéré. Certes, l’héroïne (Eleven) est en révolte contre l’État fédéral et les services secrets, qui se sont servis d’elle et d’autres enfants comme cobayes dans un mystérieux laboratoire. Mais c’est auprès d’un shérif qu’elle trouve refuge, celui de Hawkins, une petite ville fictive dans l’Indiana. Dès le début, c’est là le cadre : les États-Unis ont bien des défauts, mais ils demeurent fondamentalement bons. De ce postulat découle l’arrière-plan idéologique de l’histoire, condensé dans un épisode-clé de la deuxième saison. Eleven y (…)
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