Sur les « plaisirs sucrés » de Jeffrey Epstein et ses amis


OPINION –

À mes heures perdues, il m’arrive de fureter dans les e-mails de Jeffrey Epstein, à la recherche de clés de compréhension de la folie organisée des hommes. Malgré leur caractère morbide, ces révélations ont quelque chose d’assez rassurant pour nous autres, complotistes de la première heure, dans la mesure où elles confirment ce que nous écrivons et théorisons depuis des années : l’intuition était bonne.

Ces dernières révélations rassurent aussi en ce qu’elles permettent d’appréhender la personnalité du « monstrueux » et « diabolique » Jeffrey Epstein, qui n’est ni un monstre ni un diable mais un homme malade, dont nous devons analyser les motivations et le mode de fonctionnement, afin de comprendre comment de tels crimes ont pu être possibles — non seulement d’un point de vue matériel (logistique et systémique), mais aussi d’un point de vue psychologique. Qu’on le veuille ou non, cet être faisait partie de notre humanité : le problème est que personne n’aura su l’arrêter à temps.

En parcourant les Epstein Files, l’on s’aperçoit qu’au moins deux expressions codées reviennent pour désigner des « marchandises » particulières, supposant des activités illégales, voire criminelles : « cookies » (« biscuits ») et « ice cream » (« crème glacée »), avec des variantes comme « chinese cookies » ou « fortune cookies » (« biscuits chinois » ou « biscuits de la chance »), « homemade cookies », « fresh cookies », « store bought cookies », « Oreo ice cream », « Häagen-Dazs ice cream », « Van Leeuwen ice cream », « chocolate ice cream », « vanilla ice cream » et « pistachio ice cream » notamment — qu’on place au « réfrigérateur » (« fridge ») ou au « congélateur » (« freezer »).

Dans cet e-mail du 10 novembre 2015, Jeffrey Epstein annonce à Ariane de Rothschild qu’il a sa « crème glacée Oreo », et celle-ci répond : « Dès que je serai opérationnelle, je viendrai à New York pour la manger. Toutes les excuses sont bonnes. » Puis J. Epstein poursuit : « Non, je l’amène avec moi, comme ça tu pourras en avoir pour ton anniversaire. » 

Plus tôt, dans cet e-mail du 3 février 2014 ayant pour objet « Oreo ice cream for Paris », une personne dont on ignore l’identité (le nom de l’expéditeur a été biffé) questionne J. Epstein : « De la glace Oreo pour Ariane à Paris ? Devrions-nous l’envoyer avec toi à Palm Beach ? »

Ici, un message de remerciement de Warren Eisenstein, ami d’enfance de J. Epstein, disant que la « glace Oreo » était « crémeuse » et « géniale ». Quelques jours plus tôt, le 24 avril 2013, est envoyé un e-mail où Lesley Groff (assistante personnelle de J. Epstein) donne les consignes suivantes à Jojo Fontanilla (gouvernant et chauffeur de J. Epstein) : « Jojo, pourrais-tu aller acheter de la glace Oreo là où les filles s’approvisionnent et la livrer à Warren Eisenstein au 301 ? Il loge dans l’appartement 10B… Frappe à la porte… S’il n’est pas là, tu devras entrer et la mettre au frigo… Passe me voir avant de partir, je te donnerai une carte où il est écrit : “Compliments glacés de Jeffrey Epstein (regarde dans le congélateur).” »

Ici, dans un e-mail daté du 22 novembre 2016, une « ice cream party » est annoncée. 

Là, quelqu’un dont on ignore l’identité raconte une plaisanterie à J. Epstein : l’histoire d’une fille qui rend visite à sa grand-mère et apprend que son grand-père est mort d’une crise cardiaque à 90 ans en faisant l’amour, pourtant prudemment. La grand-mère conclut : « Si le camion de glaces n’était pas passé, il serait encore en vie ! »

À ce stade de l’enquête, il est évidemment trop tôt pour se prononcer sur la signification de ces mots codés, en revanche l’on peut sérieusement s’interroger et émettre différentes hypothèses sur la réelle « nature » de ces produits. De quel type de « sucreries » s’agit-il là ? De stupéfiants ? Ou, bien plus sordide, de jeunes victimes à « consommer » (violer) ?… Comment ne pas penser à ces nombreux enfants disparus, issus des crises humanitaires ou des foyers sociaux, entraînés dans les réseaux d’exploitation sexuelle ? Comment ne pas penser au Lolita Express, le jet privé de J. Epstein, et aux liens du pédocriminel avec des hommes de pouvoir africains (notamment au Sénégal et au Maroc) ?

Le 29 mai 2013, une certaine Dawn Rofrano (« coach de santé » (« health coach ») travaillant avec son mari le Dr Thomas Rofrano à la Natural Medicine Clinic de Palm Beach) écrit à Lesley Groff : « Je voulais juste te dire que le colis devrait arriver d’ici peu, s’il n’est pas déjà là, et qu’il contient des biscuits faits maison. Ils sont très sains et sans produits laitiers, donc ils se conserveront – si tu les mets au réfrigérateur jusqu’à mardi prochain. Si Jeffrey n’est pas là, régale-toi et j’en ferai plus la prochaine fois. Les autres biscuits du commerce sont bien. Je lui disais qu’il y avait de meilleures options pour un biscuit Oreo et j’ai pensé les envoyer. » Le même jour, un expéditeur inconnu demande à Richard Barnett (responsable de la sécurité d’Epstein) si les biscuits de Dawn Rofrano sont bien arrivés, puis de les placer au « réfrigérateur » pour qu’ils se conservent plus longtemps. 

Dans cette conversation du 17 février 2012 ayant pour objet « cookies mailed today » (« biscuits envoyés aujourd’hui »), deux personnes inconnues échangent brièvement, l’une d’elles s’enthousiasme : « Cookies arrived! Jeffrey ate some! (I am eating one now… they are THE BEST!) » (« Les biscuits sont arrivés ! Jeffrey en a mangé ! (J’en mange un maintenant… ce sont LES MEILLEURS ! ) ») 

Ici, le 29 novembre 2016, Lesley Groff écrit à un destinataire inconnu : « Alert – buy 2 bags of cookies! » (« Alerte – acheter/achète 2 sacs/sachets de biscuits ! »)

Ici, le 4 avril 2018, J. Epstein demande à Morits Skaugen (armateur norvégien) son heure approximative d’arrivée, ajoutant qu’il aura des « biscuits ». 

Parmi les entremetteurs et les « préparateurs de biscuits », l’on trouve aussi Karyna Shuliak, la dernière compagne et secrétaire de Jeffrey Epstein, Jojo et Jun-Lyn Fontanilla (couple de gouvernants de J. Epstein, d’origine philippine) ainsi que Sonam Dema (?). Si toutes les personnes citées étaient réellement et directement impliquées dans les activités de Jeffrey Epstein, dans ce cas l’on pourrait dire qu’avec cette affaire tombe aussi le tabou de la criminalité féminine — pire encore, celui de la pédocriminalité féminine… 

Sans doute est-il question, dans tous ces e-mails que j’ai épluchés, de « vrais » et de « faux » biscuits, mais il nous reste à déterminer ce que sont précisément les faux biscuits — tout comme les fausses crèmes glacées. S’il ne s’agit là que de trafic de drogue, rien de très grave… Mais s’il s’agit là de trafic d’êtres humains, alors notre rôle, en tant que journalistes citoyens, est d’envisager le pire (sans pour autant verser dans le délire globalisant). N’en déplaise aux indécrottables « anti-complotistes », qui se verront de nouveau obligés de nous donner raison dans quelques mois, quelques années, après nous avoir religieusement méprisés… 





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