C’est avec stupéfaction et indignation que nous apprenons il y a une semaine que deux croix gammées ont été taguées dans des halls d’immeuble de la cité de la Muette à Drancy, à l’emplacement où se situait l’ancien camp d’internement de Drancy, dans lequel 63000 Juifs (mais aussi nombre de Résistants) ont été parqués et déportés vers Auschwitz. Les auteurs de cette ignominie doivent être identifiés et jugés.
Toutefois, les responsabilités politiques indirectes doivent ici être pointées du doigt, même si elles seront malheureusement plus difficiles à faire sanctionner. Car entre un caricaturiste parmi les plus connus du pays, Plantu, reprenant à son compte, il y a trois semaines, les codes de l’imagerie antisémite, la minute de silence à l’Assemblée nationale et au Sénat en mémoire d’un militant néonazi, l’autorisation accordée à Lyon (« capitale de la Résistance ») à une marche néonazie le jour de la commémoration de l’exécution du groupe Manouchian, et enfin d’une ministre en charge de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, appelant implicitement l’extrême-droite à un accord de désistement réciproque et reprenant à son compte un élément de langage antisémite, il y a un continuum qui a désinhibé et encouragé le passage à l’acte ignoble de Drancy.
Quand une personne prétend lutter contre l’antisémitisme en reprenant à son compte des éléments de langage de l’extrême-droite antisémite (ou les codes de l’imagerie antisémite), c’est lourdement révélateur de ce que cette personne a dans la tête, à savoir… des préjugés antisémites. Et c’est plus que révélateur du confusionnisme politique entretenu par Aurore Bergé et les soutiens de la proposition de loi Yadan. Mais aussi d’une réalité trop occultée : celle de la mue « philosioniste » (pro-israélienne) de l’essentiel du prisme antisémite en France, en Europe et dans le monde. Contrairement à une idée reçue que voudrait véhiculer Aurore Bergé, la principale forme renouvelée de l’antisémitisme est de nature philosioniste : c’est la combinaison entre antisémitisme et soutien à Israël.
Dans l’Histoire de France, ce type de séquence confusionniste a toujours donné lieu à un retour de balancier douloureux et croire qu’il en irait autrement cette fois est au mieux naïf. Les faits intervenus à Drancy sont là pour le rappeler cruellement. Nous n’oublions pas pour ce qui nous concerne que si la majeure partie de la communauté juive française actuelle, qui vivait alors au Maghreb, a échappé à la menace européenne de l’extermination physique en 1939-45, c’est essentiellement grâce à la solidarité, au soutien et à la protection que leur ont manifesté dans ces ténèbres ces « arabo-musulmans » avec qui les Juifs ont plus en commun dans l’Histoire longue que ne le serinent aujourd’hui les antisémites de toujours. Ces gens-là tentent désormais de se décharger cyniquement de leur antisémitisme sur les musulmans et de fracturer ainsi la société française dans une logique de guerre civile.
Dans les circonstances funestes que nous vivons, nous appelons à la démission des ministres Aurore Bergé et Laurent Nuñez, qui ont gravement failli et ouvert un boulevard au fascisme. Nous appelons la gauche et au delà à faire front commun, dans une perspective antifasciste et nous nous tenons au besoin à disposition en région parisienne pour aider à lever les obstacles à l’union. Nous appelons à la constitution d’un front antifasciste, large et sans exclusive. Enfin, nous appelons au sursaut républicain et à faire du 8 mai une journée nationale d’action antifasciste, contre les fascismes d’hier comme d’aujourd’hui.