Entre matières premières, taxes et coût de distribution, les prix des carburants en France dépendent de plusieurs variables. Le gouvernement tente de juguler leur flambée depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, mais il dispose de peu de leviers pour agir dans un contexte budgétaire contraint.
Selon le ministère de l’Économie, un peu plus de la moitié (55 %) des prix des carburants correspond aux taxes, TVA et accise sur les produits pétroliers (ex-TICPE, taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques).
Ensuite, 30 à 45 % correspondent au coût de production (prix du pétrole et raffinage) et 10 à 15 % à celui de la distribution (transport, stockage et marge des stations-service).
L’Union française des industries pétrolières (Ufip), qui compte parmi ses adhérents TotalEnergies, Shell et BP, a expliqué à l’AFP évaluer à 30 % le coût de la matière première, 15 à 20 % le coût de distribution et 50 à 55 % la part des taxes.
« La principale taxe », l’ex-TICPE, « dépend du volume de carburant consommé et non du prix du pétrole », souligne Bercy, en concluant que « l’État ne profite pas de la hausse des prix du carburant ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé dimanche soir « 500 contrôles » de la Répression des fraudes (DGCCRF), service de Bercy chargé de la protection des consommateurs, « entre lundi et mercredi », pour surveiller d’éventuelles « hausses abusives des prix à la pompe ».
« Ces contrôles permettront notamment de vérifier que les prix déclarés sur la plateforme https://www.prix-carburants.gouv.fr » par les quelque 10 000 stations-service françaises « sont fidèles à ceux trouvés à la pompe par le consommateur (et) de vérifier le respect de la réglementation en termes d’affichage des prix », a précisé Bercy.
« Je n’ai pas peur des contrôles puisque la plupart de mes adhérents sont tout à fait vertueux », avait assuré vendredi Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians, qui représente 5 800 stations-service traditionnelles (hors grandes surfaces).
« Le contrôle des marges est possible, mais je tiens quand même à rappeler que le carburant bénéficie d’une liberté des prix au même titre que la baguette de pain », avait-il relevé.
Il est « trop tôt » pour parler de nouvelles aides à l’achat de carburant, a déclaré lundi la ministre déléguée à l’Énergie et porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, même si l’exécutif « étudie tous les scénarios ».
Le sujet est d’autant plus brûlant que le prix du litre de gazole a atteint la barre symbolique des 2 euros en moyenne lundi.
La cheffe des députés Rassemblement national (RN) Marine Le Pen avait proposé mercredi de baisser des taxes sur les carburants pour compenser les hausses de prix. C’est une proposition récurrente de son parti, qui réclame depuis plusieurs années de réduire la TVA de 20 % à 5,5 % sur les carburants, le fioul et le gaz.
Le président du RN Jordan Bardella a évalué lundi sur BFMTV/RMC cette mesure à 12 milliards d’euros.
L’hypothèse d’une baisse de la TVA à 5,5 % sur « l’ensemble des produits énergétiques » est rejetée par le gouvernement, qui évalue son coût à « 17 milliards ».
Il s’agit d’une évaluation du coût pour les finances publiques d’une baisse de la TVA à 5,5 % sur l’électricité, le gaz, les carburants et le fioul.
En 2023, les dépenses de carburant et lubrifiants pesaient un peu plus du quart des dépenses de transport des ménages. Ce poste représentait alors plus de 13 % du budget moyen des foyers français, selon des estimations gouvernementales, pour un parc automobile de quelque 40 millions de véhicules.
À partir de 2021, le gouvernement avait pris des mesures très coûteuses face à la hausse des prix de l’énergie, causée par la reprise économique post-Covid, en 2021, puis surtout par l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022.
Les hausses étaient alors largement supérieures à celles observées actuellement.
En mars 2024, la Cour des comptes avait évalué à 36 milliards d’euros le coût des quelque 25 dispositifs du bouclier énergétique adoptés « dans l’urgence » par le gouvernement entre 2021 et 2024.
Dans ce paquet, les soutiens à la consommation de carburants – notamment une remise à la pompe en 2022 et une indemnité carburant en 2023 – avaient pesé plus de 8 milliards d’euros, selon la Cour des comptes.
Elle avait évalué le coût brut du total, soit le total des dépenses supplémentaires et des recettes en moins, à « près de 72 milliards d’euros ».