À deux semaines d’un Conseil européen décisif, l’Italie de Giorgia Meloni demande la suspension temporaire du marché des quotas carbone de l’Union européenne. Ce mécanisme, censé réduire les émissions de CO₂ en renchérissant le coût du carbone, est accusé par Rome d’alourdir artificiellement les factures d’électricité et de fragiliser l’industrie européenne face aux États-Unis et à la Chine. L’offensive a été portée à Bruxelles par le ministre des Entreprises Adolfo Urso, dans un contexte de tension énergétique persistante et de volatilité sur les marchés du gaz.
Rarement un outil central du Pacte vert aura été aussi frontalement contesté. Selon Atlantico, Rome estime que le système d’échange de quotas d’émission pénalise particulièrement les économies dépendantes du gaz pour produire leur électricité. C’est précisément le cas de l’Italie, où près de 47 % du mix électrique repose sur cette énergie. Adolfo Urso a dénoncé un ETS qui, « tel qu’il est conçu aujourd’hui, représente une charge fiscale supplémentaire pour les entreprises européennes, affectant leurs coûts et limitant leur compétitivité ». Il met en garde contre un possible « effondrement » d’une partie du tissu industriel face à des concurrents asiatiques ou américains moins contraints.
Derrière la critique technique se joue un affrontement politique plus large autour de l’avenir du Pacte vert. Giorgia Meloni assume une ligne de rupture avec ce qu’elle décrit comme les « excès de radicalité » de la transition écologique européenne. Elle plaide pour une approche fondée sur la neutralité technologique et sur des moyens financiers à la hauteur des investissements nécessaires. Le message répété devant le Parlement italien se veut limpide : il ne faut pas « compromettre l’économie européenne » au nom du climat.
Face à cette offensive, les défenseurs du marché carbone rappellent que ce mécanisme couvre environ 40 % des émissions européennes et constitue l’outil le plus efficace pour orienter les investissements vers des technologies propres, selon la Commission européenne. ONG et think tanks redoutent qu’un signal politique trop faible fasse chuter le prix du carbone et retarde les projets d’énergies renouvelables ou d’efficacité énergétique. Sur les marchés, la simple perspective d’un assouplissement a déjà fait reculer le prix de la tonne de CO₂.