L’art de durer en politique, par Lionel Richard (Le Monde diplomatique, mars 2026)


Paul Marchandeau, de l’antiracisme à la collaboration

Comment un parlementaire « de gauche », engagé dans le combat contre la haine raciste, a-t-il pu rallier Vichy et servir avec zèle le maréchal ? Moins atypique qu’il n’y paraît, le cas de Paul Marchandeau (1882-1968) éclaire le rôle des ambitions personnelles, des connivences notabiliaires et des réseaux de pouvoir dans les phénomènes de dérive politique.

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La figure de l’arriviste cynique n’offre plus guère de quoi surprendre, et ce depuis longtemps. Au XIXe siècle, Alexandre Dumas dans Gabriel Lambert, Émile Zola dans La Curée, Guy de Maupassant dans Bel-Ami en ont défini les traits psychologiques majeurs, à travers des personnages types d’ambitieux à tous crins.

Pour les années 1930 et 1940, on en a un exemple singulier avec Paul Marchandeau (1882-1968). Ancien élève du lycée Pierre-de-Fermat de Toulouse, il monte à Paris et suit des études de droit jusqu’au doctorat. Il ouvre un cabinet d’avocats, se lance dans la politique sous le chapeau du Parti radical-socialiste, collabore au journal de Reims L’Éclaireur de l’Est. Rapidement il se hausse à sa direction. Le voici implanté dans la Marne. Il est maire de Reims de 1925 à 1942, député à partir de 1926, président du conseil général à partir de 1937. Et il est chargé de hautes fonctions gouvernementales de 1930 à 1939.

Déjeuner avec Pétain

Qu’ont retenu les historiens de cet itinéraire ? Ils mentionnent Marchandeau pour les décrets-lois de 1939 qui portent son nom. L’homme occupe le poste de ministre de la justice du 1er novembre 1938 au 1er septembre 1939. Deux décrets-lois sont promulgués sous sa tutelle. Le premier est censé compléter la loi de 1881 sur la liberté de la presse (articles 32 et 33, alinéa 2) ; le second porte sur la répression de la propagande étrangère. Ces derniers ont été adoptés le 21 avril 1939 par le gouvernement d’Édouard Daladier, face à l’accroissement du racisme ambiant. Ils prévoient jusqu’à un an d’emprisonnement à l’encontre de ceux qui, par « la diffamation ou l’injure commises envers un groupe de personnes appartenant par leur origine à une race ou à une religion déterminée, (…) auront pour but d’exciter la haine entre les citoyens ou les habitants ». Ce qui vaut à Marchandeau d’être aussitôt insulté dans la presse d’extrême droite (…)

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