Le déclin du monothéisme depuis Zarathustra ?, par Lotfi Hadjiat


Alors que l’Occident s’enlise dans le sang et la destruction pour soutenir inconditionnellement Israël, coûte que coûte, et maintenir Zelensky à la tête d’un infernal réseaux de corruption en finançant ce gangster sans limite, il est bon de se pencher sur l’ancienne religion perse, assez peu connue finalement. Il y a bien longtemps, au cœur de la Perse antique, avant le judaïsme, avant le christianisme, avant l’islam, émergea une religion d’une portée universelle, portée par le prophète Zarathustra (Zoroastre). Cette foi introduisait le Dieu unique, Ahura Mazda, créateur et souverain de l’univers, dont la créature Ahriman conteste la souveraineté avant d’être vaincu et détruit – dans les plus anciens récits – à la fin des temps (il ne s’agit donc évidemment pas ici d’un dualisme ontologique). Le zoroastrisme apportait donc une véritable conception monothéiste, universelle, centrée sur la lutte cosmique entre le bien et le mal, incarné par Ahriman.

« La religion de Zoroastre fut une des plus belles tentatives pour moraliser l’univers », disait Ernest Renan. Et dans Ecce homo, Nietzsche écrivait : « Zarathustra fut le premier qui comprit la lutte du bien et du mal comme le moteur du monde ». Cette religion offrait une vision complète de l’univers : la création du monde en six jours, six périodes, six étapes, la naissance de la lumière et de l’ordre, le jugement dernier des âmes après la mort, le paradis et l’enfer, la résurrection des âmes, et la notion de messie, figure représentant le triomphe du bien et le rétablissement de l’ordre divin. Parmi les pratiques religieuses, la prière quotidienne se faisait déjà cinq fois par jour, et le jeûne, lorsqu’il était pratiqué, restait souple et symbolique, visant à purifier corps et esprit plutôt qu’à imposer une obligation universelle. Cette religion perse était noble en cela qu’elle incarnait la tolérance religieuse (dont témoigne le cylindre de Cyrus) ; elle respectait les autres croyances sans chercher à convertir ou dominer. Ce monothéisme perse se distinguait donc par sa tolérance et son non-prosélytisme, n’imposant pas sa doctrine aux autres peuples, mais offrait un cadre moral et cosmique accessible à tous. Les adeptes convainquaient par l’exemple sans prosélytisme. La noblesse religieuse perse, porteuse de cette foi, était exemplaire dans cette ouverture, respectant les autres croyances et ne voyant finalement aucune raison à convertir ou à dominer, du point de vue religieux (même si, plus tard, les Sassanides déclinèrent vers des persécutions envers les juifs et surtout les chrétiens, laissant à penser que cette religion était aussi en déclin). La noblesse de cette religion faisait écho aux anciens perses qui se nommaient eux-mêmes « aryens », c’est-à-dire : « nobles », au sens moral.

Avec le temps, cette religion traversa les frontières. Après la première destruction du Temple de Jérusalem, les israélites exilés à Babylone furent exposés à ce monothéisme avancé, qui influença leur propre culte. À cette époque, les israélites étaient en effet encore monolâtres, vénérant Yahvé comme un dieu jaloux et exclusif – jaloux des autres dieux, donc pas unique, même si Moïse évoquait le dieu des hommes de tous les temps (Exode 3, 6). Babylone passée sous le pouvoir perse, les israélites découvrirent alors les concepts religieux perses : le dieu unique, le jugement dernier (Rista), le paradis (Garōdmān) et l’enfer (Dūjō-demana), les anges (Yazatas), les démons (Daevas), la résurrection des âmes, la lumière comme principe divin, le premier être humain, Mashyâ, créé à l’image de Dieu (comme Adam) et Mashyana (Ève), leur déchéance d’un lieu idyllique, l’homme primordial spirituel « Gayomart » (l’Adam Kadmon de la kabbale juive), et la promesse d’un messie, Saoshyant. Même le Tikkun Olam de la kabbale juive – réparation du monde – est une reprise du Frashokereti perse – restauration de l’ordre divin, sauf que chez les kabbalistes ce sont les israélites qui réparent le monde imparfaitement créé, alors que chez les Perses ce sont les êtres divins qui restaurent l’ordre parfaitement créé mais corrompu par Ahriman. 

Revenus d’exil à Jérusalem, les israélites tentèrent, à la lumière de la religion perse, mais aussi babylonienne, de se constituer une religion ; la Torah fut ainsi écrite, par et sous la direction d’Esdras (comme le pensait Spinoza). Le lévite Esdras naquit et passa sa vie à Babylone. Mais à Jérusalem, l’intolérance religieuse israélite (extermination des peuples du pays de Canaan sous le commandement de Josué) persista (interdiction par Esdras du mariage entre israélites et Samaritains, qui se réclamaient pourtant de la loi de Moïse !… ). Après la seconde destruction du Temple de Jérusalem, celle-ci passe sous occupation byzantine ; le monothéisme perse version chrétienne devint prosélyte (pourtant Jésus n’était pas prosélyte, tout comme ne l’était pas Zarathustra, qui annonçait justement la venue d’un messie… ), rompant ainsi avec la tolérance perse, en condamnant les hérésies, tel le judéo-nazaréisme. En exil, les judéo-nazaréens, instruits de la religions de Zaratustra et héritiers de l’histoire juive, désireux sans doute de préparer la libération de Jérusalem, transmirent, selon certains chercheurs, le monothéisme zarathustrien version judéo-nazaréenne aux Arabes, espérant, selon toute vraisemblance, s’en faire des Alliés pour la reprise de Jérusalem (et effectivement, Jérusalem fut reprise par les musulmans qui y consentirent le rétablissement de la communauté juive, en y autorisant notamment le Reich Galouta, comme chef de cette communauté). Voyons bien que Khadija, la première épouse du prophète de l’islam, était probablement judéo-nazaréenne à l’instar de son cousin Waraqa ibn Nawfal, érudit religieux. Les musulmans, influencés sans doute par le hanifisme, adoptèrent donc les idées monothéistes perses enrichies de traditions juives et nazaréennes, et ils organisèrent une communauté religieuse structurée, selon une révélation initiale qui préconisait bien la tolérance, dans la sourate de la vache, « Nulle contrainte en religion »… Ils codifièrent les pratiques rituelles : la prière quotidienne cinq fois par jour des Perses fut perpétuée. Le jeûne devint obligatoire, les doctrines sur le paradis, l’enfer, la résurrection des âmes, le jugement dernier, le pont départageant les âmes des défunts, la lumière divine fondatrice et la notion de messie furent également perpétués. Le Coran ne cesse d’ailleurs de répéter : « Cette révélation est un rappel », « Ceci est un rappel », « Ce texte est un rappel »… oui, c’est un rappel de la religion du prophète divinement inspiré, Zarathustra. Ainsi naquit l’islam, qui, tout en reprenant fidèlement la plupart des doctrines perses, introduisit cependant une dimension nouvelle : l’exclusivité et le prosélytisme. Là où la Perse était tolérante et pacifique, l’islam devint peu à peu une foi impérative et universelle, destinée à s’étendre et à soumettre tous les peuples à un seule et même dogme. Les Arabes, initialement vecteurs de transmission des judéo-nazareens, finirent par dépasser les Perses, conquérant leur territoire et imposant cette foi codifiée, tout en conservant l’essentiel des doctrines perses : monothéisme, paradis, enfer, jugement dernier, résurrection, lumière divine, messie, jeûne et prière cinq fois par jour.

En somme, ce parcours raconte la naissance, la transmission et la transformation du monothéisme, parcours d’un système tolérant et moral perse, véritable monothéisme universel transmis aux Hébreux puis aux chrétiens, aux judéo-nazaréens, qui eux-mêmes le transmirent aux Arabes, par l’islam, expansionniste et codifié, qui conserva les doctrines essentielles tout en changeant radicalement leur portée sociale et politique. Ainsi, le monothéisme sémitique, qu’on retrouve dans le judaïsme post-exilique puis dans le christianisme, puis dans l’islam, peut être vu comme un déclin par rapport au monothéisme perse : chez les israélites, Esdras ethnicisa cette religion. La tolérance disparut. Puis, condamnation des hérésies et anathème chez les chrétiens. Et chez les musulmans, le prosélytisme guerrier se développa. Le monothéisme ne fut plus seulement morale et cosmique, mais impératif et, parfois, politique et militaire. Le monothéisme originel perse était cosmique et moral, les monothéismes ultérieurs l’ont transformé en religion identitaire ou impériale.

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