Les minerais des Kivus aiguisent les appétits
Premier producteur mondial de cobalt et deuxième de cuivre, la République démocratique du Congo est devenue l’un des principaux théâtres de l’offensive américaine pour sécuriser l’accès aux ressources stratégiques, sur fond de rivalité croissante avec la Chine. Soutenus par la Maison Blanche, les investisseurs cherchent à s’implanter dans un pays toujours en proie à une guerre dévastatrice.

Jean David Nkot. – « Les Âmes des sous-sols #18 », 2021
© ADAGP, Paris, 2026 – Galerie Afikaris
Le 3 février 2026, Glencore, géant suisse du négoce de matières premières, annonce vouloir céder 40 % de ses actifs miniers en République démocratique du Congo (RDC) à Orion CMC, un consortium public-privé américain créé en octobre 2025. Le même jour, Ivanhoe Mines, compagnie canadienne, déclare être disposée à fournir du zinc extrait de sa mine congolaise de Kipushi à la réserve stratégique Project Vault, lancée la veille par la Maison Blanche. Le 4 février, à Washington, le président congolais Félix Tshisekedi participe au sommet international sur les minerais critiques — ainsi qualifiés en raison du risque élevé de rupture et de l’absence de substituts viables — puis, le lendemain, au « petit déjeuner de prière » annuel de la classe politique américaine au cours duquel M. Donald Trump le présente comme un allié-clé.
Les États-Unis poursuivent ici un double objectif : sécuriser des chaînes d’approvisionnement jugées stratégiques et empêcher la Chine d’« étendre son empreinte au-delà de ce qu’elle possède déjà », nous indique M. Christian Géraud Neema Byamungu, spécialiste des relations sino-africaines et éditeur francophone du China-Global South Project. Après que la pandémie de Covid-19 eut révélé la forte dépendance de l’industrie nationale vis-à-vis de Pékin pour ses approvisionnements en minerais critiques, le gouvernement de M. Joseph Biden, constatant avec inquiétude que la Chine « contrôle désormais l’essentiel de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation, assurant près de 60 % de la production minière, plus de 85 % des capacités de raffinage et plus de 90 % de la fabrication d’aimants permanents », avait lancé la riposte. Dans ce contexte, et à mesure que la transition énergétique transforme les besoins industriels mondiaux, le sous-sol congolais fait figure de caverne d’Ali Baba : il ne recèle pas seulement 70 % des réserves mondiales de cobalt, il regorge aussi d’or, de diamant, de zinc, de (…)
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