Allô Macron bobo ! | FranceSoir


(Ou comment transformer une ado inquiète en outil de com’ présidentiel)

« Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ! » – Michel Audiard, Les Tontons Flingueurs (1961)

65 ans plus tard, la réplique n’a pas pris une ride. Au contraire : sous l’ère Macron, elle atteint des sommets. La communication élyséenne en est le théâtre privilégié, surtout quand il s’agit de vendre du vent géopolitique avec un sourire pédagogique.

Dernier épisode en date : le message vocal posté sur le compte Instagram officiel d’Emmanuel Macron. Réponse à une supposée adolescente de 14 ans, « Fatima », qui lui demande gentiment d’« enlever la guerre » parce qu’elle « n’a pas fini de vivre » et qu’il a « trop ouvert [sa] bouche ».

Sur le papier, touchant. Dans les faits, cela sent le scénario écrit en réunion de com’.

 
Les signaux d’alerte que personne n’est censé remarquer

Tout d’abord, un compte Instagram anonyme, zéro publication, 96 followers fantômes… et pourtant capable d’envoyer un vocal directement au Président ? L’Élysée ne donne aucune info sur ce compte, les médias se contentent de répéter « une jeune Française prénommée Fatima ». Pratique.

Dans un second temps, le prénom « Fatima » ? Révélé par Macron lui-même dans sa réponse. Ni dans le message audio original, ni dans le profil. C’est lui qui l’attribue publiquement. Comme par hasard, un prénom qui coche toutes les cases : jeune, française « de diversité », innocente et inquiète. Parfait pour humaniser le narratif et détourner l’attention.

Enfin la voix et le style du message ? Syntaxe enfantine, ton naïf, formulation presque caricaturale (« enlever la guerre s’il vous plaît »). Ça colle trop bien à l’image d’une ado dépassée par les événements… ou à une synthèse vocale calibrée pour émouvoir sans faire réfléchir.

Et cerise sur le gâteau : cette petite saynète tombe pile quand l’actualité française craintive (Epstein Files et leurs ramifications hexagonales, où Macron est souvent présenté comme figure centrale par les observateurs indépendants) risque d’éclipser le « grand récit » international. Coïncidence ?

 
La réponse « pédagogique » qui infantilise tout un pays

Macron ne répond pas seulement à Fatima. Il poste sa réponse publique pour tous les Français. Et là, le ton habituel revient : celui du prof qui explique la vie à des CM2 un peu lents.

Extrait du vocal présidentiel (transcrit fidèlement) :

« Bonjour Fatima. Je voulais vous répondre. C’est Emmanuel Macron. […] Vous n’allez pas faire la guerre du tout. Et vous allez continuer de vivre, de peut-être passer votre brevet ou votre baccalauréat, d’apprendre, de sortir, de vivre librement, de construire votre avenir. […] Les États-Unis et Israël ont lancé des opérations militaires en Iran, parce que l’Iran avait pris des décisions très dangereuses pour tout le monde. Elle développait des armes nucléaires. Elle avait des armes balistiques. Elle déstabilisait la région et elle avait massacré son peuple. […] La France, elle ne fait pas partie de cette guerre. Nous, on n’est pas au combat et on ne va pas s’engager dans cette guerre. […] On protège les nôtres. […] On aide nos amis, les Émirats, le Qatar, le Koweït, la Jordanie […] Et puis cette guerre bloque le commerce mondial, le pétrole, le gaz… »

En clair : « Ne t’inquiète pas, ma petite, les gentils (USA + Israël) bombardent les méchants (Iran) pour sauver le monde. Nous, on regarde gentiment en aidant nos potes du Golfe et en faisant circuler les tankers. Tout va bien, va réviser ton brevet. »

Oubliées les nuances géopolitiques, les responsabilités partagées, les conséquences humanitaires, les intérêts français réels. Place à la fable binaire : axe du bien vs. axe du mal. Version 2026.

 
La guerre au Moyen-Orient expliquée… pour les Nuls (version Macron)

Pour ceux qui préfèrent la version ultra-simplifiée, voici la retranscription honnête de ce qu’on nous sert : il s’agit d’une guerre préventive menée par les gentils – les États-Unis et Israël, pacifiques et démocratiques – contre les méchants – l’Iran, barbus antisémites et cannibales. Les gentils bombardent pour libérer les Iraniens opprimés, leur apporter la démocratie, les droits de l’homme et la joie de vivre. Les méchants, eux, respectent (trop) les règles internationales et privent leur peuple de tout, ce qui constitue la preuve irréfutable de leur méchanceté absolue.

Quant à la France ? Elle n’est pas en guerre, jamais. On se contente d’aider à intercepter des missiles, de protéger nos alliés, de sécuriser le pétrole et de ramener nos compatriotes, le tout pacifiquement, bien sûr. Et en bonus, on stabilise le Liban en même temps, parce qu’on est multitâches.

Et à la question incontournable qu’aurait pu poser n’importe quel citoyen un minimum adulte : « Avez-vous au moins sollicité l’avis des Français, ou ne serait-ce que celui des représentants du peuple, avant de nous embarquer dans ce rôle de pompiers multitâches du Golfe ? », la réponse reste la même : silence radio. Pas de débat parlementaire, pas de référendum, pas même un sondage bidon. Juste un vocal mielleux sur Instagram pour expliquer à une ado (ou à nous tous) que tout va bien et qu’il faut retourner réviser le brevet.

Résultat : plus c’est gros, plus ça passe. Et plus on nous prend pour des enfants.

 
Arrêtons d’être les figurants de leur com’

Cette opération « Fatima » n’est pas une maladresse. C’est une stratégie assumée : infantiliser le débat, détourner l’attention des scandales domestiques, et maintenir le contrôle du narratif à grand renfort de voix douce et de mensonges par omission.

Fatima (réelle ou fabriquée) mérite mieux qu’un rôle de figurante dans un spot présidentiel. Et nous aussi.

Ne soyons pas les « Nuls » qu’on nous imagine être. Exigeons des réponses adultes sur les vrais sujets : les alliances cachées, les Epstein Files version française, l’impact réel de cette escalade sur nos vies, nos libertés et notre avenir.

Et surtout, aujourd’hui même – dimanche 15 mars 2026, premier tour des élections municipales – faisons usage de notre vote. C’est l’occasion de sanctionner ou de soutenir ceux qui nous traitent en adultes responsables, pas en enfants à qui on explique la géopolitique comme à des CM2. Posez les questions qui fâchent aux prétendants au suffrage : comment comptez-vous restaurer la transparence ? Refuserez-vous les instrumentalisations théâtrales venues d’en haut ? Ceux qui nous prennent pour des « Fatima » à rassurer avec des fables simplistes méritent-ils d’être suivis, ou ne vaut-il pas mieux s’en éloigner au profit de ceux qui respectent notre intelligence collective ?

Parce que la guerre, on ne l’« enlève » pas avec un vocal mielleux. On la questionne. On la déconstruit. Et on refuse qu’on nous la vende comme un dessin animé.

Allô Emmanuel? On n’est plus en CM2. Et aujourd’hui, on vote.

Fin de transmission.

 





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