La facture cachée du logement, par Benoît Bréville (Le Monde diplomatique, mars 2026)


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Darwin Estacio Martinez. – « The Meeting » (La réunion), 2023

À chaque ville, sa crise du logement — et, en période d’élections municipales, sa promesse de remèdes. À L’Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), les candidats s’engagent à mieux réguler les locations de meublés touristiques qui ont vidé le centre-ville de ses résidents et fait grimper les prix. Dans le Morbihan, à Carnac, les critiques se concentrent sur les résidences secondaires : ces maisons aux volets clos dix mois sur douze occupent 40 % du parc, et jusqu’à 70 % dans certains quartiers. Dans les grandes villes, la pénurie locative a relancé le débat sur l’encadrement de loyer. Ailleurs, à Nevers ou Châtellerault, la vacance s’étend et les centres se dévitalisent. Les causes divergent mais les effets convergent : se loger, l’un des besoins fondamentaux de l’humanité, devient une gageure dans l’un des pays les plus développés du monde.

Les chiffres en donnent la mesure. La France compte aujourd’hui 350 000 sans-domicile-fixe (deux fois plus qu’en 2012), 4 millions de « mal-logés » (habitat insalubre, absence de confort sanitaire, surpeuplement sévère…) et 12 millions de personnes en situation de « fragilité résidentielle » (précarité énergétique, impayés, suroccupation modérée…). Près de 3 millions de personnes attendent un logement social, contre 1,8 million il y a dix ans, avec des délais d’obtention variant de deux à quarante-sept mois selon les régions. Au-delà de ces cas extrêmes, le problème touche presque tout le monde. Le logement représente, de loin, le premier poste de dépenses des ménages, absorbant en moyenne 27 % de leurs revenus, et même 50 % pour certains locataires du parc privé.

Ce poids n’a pas toujours pesé de façon aussi écrasante. Entre les années 1950 et la décennie 2000, la part du revenu consacrée au logement oscillait entre 10 et 15 %. À l’époque, l’État s’impliquait massivement dans la construction et l’aménagement du territoire, et les prix de l’immobilier suivaient la montée des salaires. Depuis le début des (…)

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