
Giovanni Anselmo. – « Invisibile », 1970-1998-2007
© Giovanni Anselmo – Archivio Giovanni Anselmo ETS, Turin
Ce n’est pas juste un phénomène. C’est un mystère. Tout le monde connaît l’inoxydable « S’il vous plaît, dessine-moi un mouton ». On en est tout ému ou tout crispé, peu importe, on connaît. Depuis quatre-vingts ans, on connaît. De près, de loin, comme s’il faisait partie depuis toujours ou presque de l’imaginaire collectif ; du patrimoine, pour tout dire. Le monde change, Le Petit Prince reste.
Difficile de ne pas se demander pourquoi. L’aviateur Antoine de Saint-Exupéry, écrivain couronné, combattant honoré, est à New York depuis la fin 1940 ; il y a publié Pilote de guerre, qui fut un grand succès. En 1943, il fait paraître un bref texte qu’il a illustré de ses aquarelles, un conte pour les enfants, ceux qui en ont l’âge, ceux qui se rappellent l’avoir été. Il dédie Le Petit Prince à son ami, celui qui, cette même année 1943, est déjà au cœur de sa Lettre à un otage, l’écrivain Léon Werth, « quand il était petit garçon ».
En 1944, après avoir rejoint l’Afrique du Nord et repris du service dans l’armée de l’air, il disparaît dans la Méditerranée au cours d’une mission. Dès lors, il devient une légende. Un aviateur raconte sa rencontre, alors qu’il est en panne dans le désert, avec un enfant venu d’un lointain astéroïde. Cet enfant, le Petit Prince, souverain et unique habitant de son univers, en est parti pour s’éloigner de la capricieuse rose qu’il aime. Il a voyagé, fait la connaissance de quelques habitants d’autres planètes. Arrivé sur Terre, il converse avec un renard dont il devient l’ami, et avec un serpent. Il partage un long moment avec l’aviateur, puis choisit de retourner chez lui. En se faisant piquer par le serpent.
L’histoire est narrée avec une simplicité délibérément « enfantine », qui glisse parfois vers une certaine emphase dans le genre poétique, les propos sont souvent sentencieux et ostensiblement porteurs de sagesse, et de façon répétée voire quelque peu hantée est célébrée la figure (…)
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