Programme SAFE, le président polonais Karol Nawrocki oppose son véto, le gouvernement Tusk dénonce une “trahison nationale” et tente de contourner la décision présidentielle


Comme annoncé, le président polonais Karol Nawrocki oppose son veto à la participation de son pays au mécanisme de financement européen, dit Safe. Après un débat houleux, il a affirmé son intention de ne jamais signer une loi qui “porte atteinte à la souveraineté, à l’indépendance et à la sécurité” de la Pologne. Une décision qualifiée de “trahison nationale” par Donald Tusk.

Le programme SAFE (Security Action for Europe), lancé par l’Union européenne fin 2025 lors du sommet de décembre à Bruxelles, vise à mobiliser dans une première phase jusqu’à 150 milliards d’euros de prêts à taux bas pour renforcer l’industrie de défense des États membres face aux menaces russes. Il fonctionne via une dette commune garantie par le budget UE, permettant à chaque pays d’emprunter selon son plan national d’armement, approuvé par la Commission. Ce recours à l’endettement mutualisé cristallise alors les oppositions souverainistes. 

“Une loi qui porte atteinte à notre souveraineté”

La Pologne, considérée comme le bastion oriental de l’OTAN avec ses 300 000 soldats et sa frontière avec la Russie via Kaliningrad et le Bélarus, est le premier et plus gros bénéficiaire avec 44 milliards d’euros alloués pour moderniser ses défenses aériennes et soutenir 12 000 entreprises locales. Son plan, validé en un temps record par Bruxelles, en fait le “cheval de bataille de SAFE, considérant une “urgence géopolitique” au flanc est. 

Mais Karol Nawrocki avait exprimé son intention de veto dès le 10 mars 2026, presque deux semaines après le feu vert parlementaire du 27 février. La présidence ainsi que le parti conservateur Droit et Justice (PiS) jugent le mécanisme défavorable à Varsovie, dans la mesure où SAFE pourrait devenir un instrument de pression politique de Bruxelles, à l’image du plan de relance européen.

“Ce serait une erreur impardonnable”, avait averti le Premier ministre Donald Tusk. “Je ne comprends pas comment, dans une situation de conflit global et alors que la guerre est à notre frontière, il est possible d’envisager de bloquer un programme comme SAFE, ces milliards d’euros pour l’armée et l’industrie d’armement polonaise”, avait-il déclaré. 

Fin de semaine dernière, malgré un débat houleux qui a duré plusieurs semaines de polémiques, le président polonais, nationaliste, n’a pas changé d’avis, opposant son veto à la participation de la Pologne au programme SAFE. Karol Nawrocki a affirmé lors d’une allocution télévisée qu’il ne signerait “jamais la loi qui permettrait à la Pologne de contracter l’emprunt dit ‘SAFE’. Je ne signerai en effet jamais une loi qui porte atteinte à notre souveraineté, à notre indépendance, ainsi qu’à notre sécurité économique et militaire ».

La décision a suscité des réactions mitigées, entre les soutiens à Nawrocki et ses opposants, Donald Tusk à leur tête. Mariusz Blaszczak, un ancien ministre de la Défense, a assimilé le programme SAFE à une “religion climatique” et à une “idéologie du monde” bruxellois, en référence aux politiques climatiques de l’UE et sa bureaucratie. 

Tusk veut contourner une “trahison nationale”

Les partisans du véto présidentiel ont aussi alerté contre le risque que SAFE endettera la Pologne sur plusieurs années, à des taux variables.

“Le président a perdu l’occasion de se comporter en patriote. Une honte !”, a réagi sur X le chef du gouvernement Donald Tusk, qui affirmait déjà la semaine dernière s’atteler à un plan B pour obtenir ces fonds. Son porte-parole avait auparavant dénoncé “un acte de trahison nationale”. Pour l’actuel ministre de la Défense, Wladyslaw Kosiniak-Kamysz, le veto de Karol Nawrocki “n’est pas dirigé contre le gouvernement mais contre la sécurité de la Pologne”.

L’armée polonaise a de son côté rappelé, par la voix de son chef d’État-major, le général Wieslaw Kukula, que “ce sont des officiers de l’armée de terre polonaise qui ont sélectionné le matériel, et ce programme accélérera considérablement la modernisation des forces armées ».

Le lendemain de ce véto, vendredi, Donald Tusk a convoqué un conseil des ministres extraordinaire. Le gouvernement a adopté une résolution habilitant les ministres de la Défense et des Finances à signer l’accord avec l’UE pour participer au programme SAFE, contournant ainsi le veto présidentiel sur la loi parlementaire. Cette mesure, confirmée par l’agence polonaise PAP et Xinhua, permet d’accéder à l’essentiel des 44 milliards d’euros malgré les blocages, bien que limitée pour certains fonds non militaires. 

Le bureau présidentiel a critiqué cette résolution comme une “tentative de contourner le processus législatif”, suggérant un recours au Tribunal constitutionnel, accentuant la crise politique. 





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