Quand le missile le plus précis au monde a choisi une salle de classe


Supprimé : On dit souvent que les pires atrocités ne sont pas commises par des monstres ou des sadiques, mais par des gens d’une banalité effrayante.

Le secrétaire à la Guerre des États-Unis, Pete Hegseth, a récemment déclaré avec un calme désarmant lors d’une interview : « Les seuls qui devraient s’inquiéter en ce moment sont les Iraniens qui pensent pouvoir survivre. » Des paroles prononcées sans hésitation, comme si la perspective de la mort pour des millions de personnes n’était qu’un simple calcul stratégique.

Dans le sud de l’Iran, avant même que le soleil ne se lève sur la côte, un son familier résonne doucement à travers les villages : le bruit des lenj, ces pirogues qui se préparent à prendre la mer. Leurs coques de bois patinées craquent sous l’effet du courant, les voiles se déploient lentement et les pêcheurs tirent sur leurs cordages dans le calme de l’aube. Dans le sud, un proverbe dit : « Une lenj qui ne connaît pas la mer sera brisée par la première vague. » Pour les habitants de notre côte, la lenj est plus qu’une simple embarcation. C’est un symbole de la vie elle-même, de la persévérance face à la mer, face à la tempête, face à un destin rarement clément.

Je suis un enfant de ce même sud, où la mer a depuis longtemps appris à ses habitants à affronter les vagues. Pourtant, le matin du 28 février, une vague inattendue a déferlé sur le sud.

Il était 10 h 45. Les salles de classe de l’école primaire de filles Shajareh-Tayyebeh, dans la ville de Minab, étaient pleines d’enfants. Des filles âgées de sept à douze ans étaient assises à leurs pupitres, leurs cahiers ouverts. Le rythme des récitations et les voix feutrées des élèves résonnaient dans les couloirs.

À cet instant précis, à des milliers de kilomètres de là, dans une salle de contrôle remplie d’écrans numériques, un bouton fut pressé.

Un missile de croisière Tomahawk – l’une des armes guidées les plus précises au monde – fut tiré d’un navire de l’US Navy. Ce type de missile est conçu pour frapper avec une précision extraordinaire. Il peut sélectionner une structure spécifique parmi de nombreux bâtiments et atteindre sa cible à quelques mètres près.

Ce matin-là, sa cible n’était pas une installation militaire.

Sa cible était une école primaire de filles.

Le premier missile traversa le toit des salles de classe, et le bâtiment s’effondra. Quelques secondes plus tard, un second missile frappa la cour, où des enfants, ayant échappé aux décombres, peinaient à respirer sous des nuages ​​de poussière. Une troisième explosion retentit, et le brouhaha de la vie fit place à un silence insoutenable.

Capture d’écran d’une vidéo montrant un missile s’abattant sur une école à Manib, en Iran.

Lorsque la fumée s’est enfin dissipée, il ne restait que des manuels scolaires calcinés éparpillés parmi des pupitres brisés, des petites chaussures jonchant le sol et les cris de mères appelant leurs filles au milieu des décombres.

Environ 170 personnes ont été tuées, pour la plupart des écolières, et une centaine blessées. Ces chiffres ne rendent pas compte de la réalité humaine qu’ils représentent.

Ce n’était pas un accident. Le moment précis de l’attaque est éloquent : 10 h 45 un samedi matin, alors que les classes étaient pleines d’enfants, dans les toutes premières heures de la guerre. Un missile capable de frapper à moins de cinq mètres ne confond pas une salle de classe avec une installation militaire. Les images satellites prises avant et après la frappe, les restes de munitions américaines et les enregistrements vidéo authentifiés convergent tous vers la même conclusion.

Ce n’était pas une erreur. C’était un message clair, délivré dès le premier jour de la guerre : même les communautés les plus reculées du sud de l’Iran pouvaient être réduites à un champ de ruines. Son but était d’instiller la terreur dès le départ, de briser la détermination d’un peuple et d’ancrer l’idée que nulle part – pas même une salle de classe – n’est sûr.

Le ciblage répété de l’école démontre clairement une intention délibérée.

Minab n’est pas restée une tragédie isolée. Partout dans le pays, le même scénario s’est répété. De nombreux civils ont été tués, des quartiers résidentiels réduits en ruines, des centres commerciaux détruits, des établissements médicaux attaqués et des écoles endommagées ou rasées. Même les bâtiments du Croissant-Rouge, institution emblématique de la protection humanitaire, n’ont pas été épargnés.

Ces attaques répétées ne révèlent pas une série d’erreurs malheureuses, mais un schéma bien précis. Les cibles ne sont pas les armées sur le champ de bataille, mais les fondements mêmes de la vie quotidienne : les maisons, les hôpitaux et les écoles. Lorsque de tels lieux sont frappés de manière répétée, l’intention devient impossible à ignorer.

Ce schéma de conduite criminelle a été explicitement confirmé par le président américain Donald Trump le 10 mars, lorsqu’il a publiquement menacé l’Iran et ses infrastructures civiles, déclarant : « Nous éliminerons des cibles facilement destructibles, rendant ainsi pratiquement impossible la reconstruction de l’Iran en tant que nation. La mort, le feu et la fureur s’abattront sur eux. »

Du point de vue du droit international, les événements survenus ne sauraient être considérés comme une simple violation des lois de la guerre. Ils relèvent pleinement d’un ensemble de violations graves que la justice pénale internationale définit et condamne depuis des décennies. La guerre, même sous sa forme la plus violente, n’est pas un monde sans loi. Les règles régissant les conflits armés existent précisément pour protéger les civils de leurs horreurs, et lorsque ces règles sont violées, la responsabilité ne disparaît pas dans le chaos des combats.

Des fragments de missile sont exposés sur une table.

Les fondements du droit pénal international moderne ont été posés après la Seconde Guerre mondiale par les Tribunaux militaires internationaux de Nuremberg et de Tokyo. La communauté internationale y a affirmé un principe devenu depuis une pierre angulaire de la justice : ceux qui détiennent le pouvoir militaire ne peuvent se soustraire à leur responsabilité en prétendant avoir simplement obéi aux ordres. L’autorité implique un devoir de rendre des comptes.

Ce principe a été réaffirmé à maintes reprises par les tribunaux internationaux ultérieurs. Au Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, dans l’affaire Procureur contre Tihomir Blaskic, les juges ont estimé que la destruction délibérée d’établissements scolaires et religieux pendant un conflit armé constitue un crime de guerre.

En examinant les atrocités commises dans le village d’Ahmici, le tribunal a conclu que la destruction de la mosquée et de l’école du village n’était pas le fruit du chaos sur le champ de bataille, mais s’inscrivait dans une campagne délibérée visant à terroriser la population civile. Le commandant a été tenu responsable pour avoir ordonné ces crimes ou pour avoir omis de les empêcher.

De même, le Tribunal pénal international pour le Rwanda a démontré, dans des affaires telles que Procureur c. Jean-Paul Akayesu, que les attaques contre des lieux où des civils cherchent refuge, notamment des écoles et des églises, constituent de graves violations du droit international humanitaire. Ceux qui s’abritent dans ces lieux, en particulier les enfants, sont hors de combat et ont droit à une protection absolue.

Ces principes sont codifiés dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale. L’article 8(2)(b)(ix) qualifie de crime de guerre le fait de diriger intentionnellement des attaques contre des bâtiments dédiés à l’éducation, à condition qu’il ne s’agisse pas d’objectifs militaires. Cette règle reflète les principes fondamentaux de distinction et de proportionnalité inscrits dans les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels : la guerre est menée contre les combattants, et non contre les salles de classe, les hôpitaux ou les habitations.

Dans le cas de l’école Shajareh-Tayyebeh à Minab, la question juridique est tragiquement claire. Un missile de précision a frappé un bâtiment scolaire au moment précis où des enfants s’y trouvaient. Le résultat n’a pas été un simple dommage collatéral, mais une catastrophe humaine : plus de 100 enfants dont la voix ne résonnera plus jamais dans leurs salles de classe.

Le droit international, cependant, ne se contente pas d’identifier l’acte matériel. Il examine également la chaîne de commandement qui rend de tels actes possibles. Au sein des forces armées américaines, l’autorité suprême sur les opérations militaires revient au président, en sa qualité de commandant en chef. Trump se situe au sommet de cette chaîne et porte l’entière responsabilité politique et militaire du déclenchement et de la conduite des opérations militaires.

Juste en dessous de lui dans cette structure se trouve Hegseth, qui, en tant que « secrétaire à la Guerre », est la plus haute autorité civile au sein du « Département de la Guerre », responsable de la planification et de l’exécution des opérations militaires par l’intermédiaire de la hiérarchie militaire.

Ses propres déclarations publiques témoignent d’une attitude inflexible face aux violations, notamment lorsqu’il affirme qu’il n’y aura ni « règles d’engagement stupides », ni guerres « politiquement correctes ».

En droit pénal international, ces fonctions ne sont pas de simples postes politiques ; elles impliquent des obligations juridiques. La doctrine de la responsabilité du commandement établit que les commandants peuvent être tenus pénalement responsables lorsqu’ils ordonnent des crimes et lorsqu’ils savent, ou auraient dû savoir, que de tels crimes sont commis et ne les empêchent pas.

L’expérience de la justice pénale internationale révèle une vérité récurrente : lorsque des écoles, des maisons et des hôpitaux sont la cible d’attaques répétées, il s’agit rarement d’incidents isolés. Ces attaques s’inscrivent dans une stratégie plus vaste, une atteinte au tissu social et à la vie quotidienne, visant à briser le moral d’un peuple.

L’histoire retient ces schémas, tout comme elle retient les noms de ceux qui les ont subis.

Dans le sud de l’Iran, un proverbe dit : « Aucun lenj brisé par la tempête n’est jamais vraiment perdu ; la mer finit toujours par ramener ses fragments sur le rivage. » La mémoire de la justice fonctionne de la même manière. Les noms des enfants de Minab, eux aussi, parviendront un jour à ce rivage.

La nation iranienne ne faiblira pas dans sa défense de la patrie ni dans sa quête de justice pour le sang versé de son peuple.

Ali Bahreini

Ali Bahreini est ambassadeur et représentant permanent de la République islamique d’Iran auprès de l’Office des Nations Unies à Genève.



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