Au nom de sa neutralité, la Suisse rejette deux demandes de Washington pour le survol de son territoire par des avions américains


Sollicitée par les États-Unis pour le survol d’avions militaires américains de son territoire, la Suisse dit non. Berne a rejeté deux demandes de la part de Washington, faisant valoir son “droit à la neutralité” qui interdit à une partie prenante d’un conflit de survoler le territoire suisse “à des fins militaires”.

Depuis le début de la guerre en Iran, durant laquelle les bases américaines situées dans les pays du Moyen-Orient sont régulièrement ciblées par Téhéran, plusieurs pays européens ont été confrontés à des demandes américaines concernant l’usage de leur espace aérien et de leurs bases pour des opérations liées au conflit. Les décisions des États membres ont vite mis en lumière des divergences, aussi bien entre les décisions des États européens qu’avec les États-Unis et la décision de l’administration Trump de déclencher cette guerre.

Les Européens mitigés

L’Espagne a adopté l’une des positions les plus restrictives en refusant de permettre l’utilisation des bases américaines présentes sur son territoire pour les frappes contre l’Iran, malgré le départ antérieur de plusieurs appareils depuis les bases de Rota et Morón en direction du théâtre des opérations. Le ministre espagnol des Affaires étrangères a explicitement lié ce refus au respect du droit international et à la volonté de ne pas participer à des actions militaires unilatérales en dehors du cadre de la Charte des Nations unies, mettant en avant une ligne de “modération” et de désescalade. 

D’autres gouvernements européens ont également posé des limites, bien plus nuancées. L’Allemagne et la Belgique ont ainsi écarté l’idée de participer aux frappes menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, exprimant leurs préoccupations face au risque d’escalade. Les deux États ont affirmé être ouverts à une éventuelle aide défensive, particulièrement avec les pays tiers du Moyen-Orient, mais pas à des opérations offensives contre Téhéran. 

À l’inverse, certains États européens ont consenti à l’usage de leur territoire ou de leurs installations à des fins liées aux opérations américaines dans la région. Le Royaume-Uni, qui avait refusé de déployer des portes-avions au Moyen-Orient en appelant aux leçons passées, notamment la guerre en Irak en 2003, a tout de même autorisé les forces américaines à utiliser ses bases pour des frappes contre l’Iran, qui a immédiatement répliqué par une frappe de drone contre la base britannique d’Akrotiri à Chypre. 

Paris avait annoncé que des avions américains pourraient utiliser la base d’Istres pour des missions dites “d’appui opérationnel”, en particulier pour le ravitaillement, tout en affirmant avoir obtenu des garanties que les appareils concernés ne participeraient pas aux opérations de bombardement de l’Iran mais uniquement à la protection de partenaires régionaux.

L’Italie, par la voix de Giorgia Meloni, a affirmé “qu’aucune demande n’a été reçue concernant l’utilisation de bases américaines sur le sol italien”. Rome a toutefois “réaffirmé que nous ne sommes pas en guerre et n’avons pas l’intention d’entrer en guerre”. 

La Suisse veut rester neutre

Un autre pays vient se joindre à la liste des États européens opposés à un survol ou à une utilisation des bases sur son territoire par l’armée américaine. Et ce refus ne surprend pas. Il s’agit de la Suisse, qui a annoncé samedi 14 mars avoir rejeté des demandes des États-Unis de survol de son territoire.

Le gouvernement suisse précise qu’il s’agit de deux demandes qui concernaient des aéronefs militaires, des avions de reconnaissance précisément devant passer par le territoire helvétique le dimanche 15 mars. “Au total, deux demandes en lien avec la guerre en Iran ont été rejetées », explique-t-on dans un communiqué.

Berne a fait valoir son “droit à la neutralité” qui s’applique dans ce cas de figure puisque “les États-Unis et Israël sont en guerre contre l’Iran”. “Le droit de la neutralité interdit les survols effectués par des parties à un conflit à des fins militaires en rapport avec ledit conflit », rappelle-t-on.

Toutefois, à l’image d’autres pays, le gouvernement suisse a autorisé un vol de maintenance. Il en est de même pour « les vols à des fins humanitaires ou médicales, y compris le transport de blessés, ainsi que les survols qui n’ont aucun lien avec le conflit ».

Depuis 1815, la Suisse est reconnue officiellement comme un pays neutre par la communauté internationale. Sa neutralité est permanente, armée et librement choisie, ce qui signifie qu’elle s’engage à ne participer à aucun conflit armé et à maintenir une capacité de défense autonome pour dissuader toute agression sans recourir à des alliances militaires. Cette dissuasion se traduit concrètement par le maintien du service militaire obligatoire pour les hommes aptes, jamais aboli depuis sa création, ainsi que par un récent programme de modernisation des abris antiatomiques, en réaction au contexte géopolitique actuel.





Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *