Depuis l’été 2025, la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), une maladie virale bovine, a frappé les troupeaux français. En Ariège, les autorités ont imposé une vaccination obligatoire –sans AMM complète –, assortie d’amendes de 750 € par tête, de suspensions d’activité, de menaces d’abattage et de visites des gendarmes. Face à cette pression administrative et sanitaire, des éleveurs refusent de plier. Ils défendent une approche paysanne fondée sur l’observation, l’immunité naturelle et la cohérence avec la nature. Trois témoignages emblématiques de membres du Collectif LIBRe– ceux de Romain Lefebvre (porte-parole du Collectif), de Kyria et Emmanuel Gay (Ferme de Gaya) et de Christelle Record (L’Épicerie d’Ici à Foix) – illustrent ce combat : un refus collectif des protocoles « tombés du ciel », une gestion de crise ancrée dans le terrain, et une détermination qui passe désormais par la voie juridique.
Romain Lefebvre, éleveur bio de Galloway en liberté et porte-parole du Collectif LIBRe (plus de 100 éleveurs), résume l’essence de leur philosophie : « Mes vaches ne sont jamais malades. Elles mangent varié, vivent dehors, et ça, ça construit l’immunité. » Pour lui, l’élevage minimaliste – troupeau nommé, rustique, intégré à l’écosystème – suffit. Il dénonce des normes déconnectées : « Les normes tombent de bureaux où personne n’a vu une vache dans la boue en hiver. On nous demande de contraindre des animaux de 600 kilos en pleine nature pour piquer. C’est dangereux pour nous, pour elles, et contraire au bon sens. »
La crise DNC a révélé une approche verticale : vétérinaires transformés en « bras armé des ministères », Excel imposé sans écoute du terrain, et abattages traumatisants de bêtes saines. « On vous empêche de vendre, puis on vous facture l’amende. On met des éleveurs à la rue. »
Kyria et Emmanuel Gay, à la Ferme de Gaya (Montjoie-en-Couserans), incarnent le modèle polyculture-élevage à taille humaine : légumes, fruits, volailles, porcs gascons, vaches Galloway et un restaurant « de la graine à l’assiette ». Leur souveraineté alimentaire est menacée par la surenchère normative. Kyria explique le poids quotidien : « Chaque petite production a ses normes, ses papiers, ses contrôles : abattoir, restaurant, PAC… Un tiers de mon temps, c’est de l’administratif. »
Face à la DNC, leur choix est clair : « On a abattu des troupeaux sains, puis brandi le vaccin comme solution miracle. Je ne veux pas injecter à mes vaches saines un produit dont je ne sais pas l’origine. Pourquoi ne pas prioriser l’immunité naturelle quand c’est possible ? » Emmanuel et Kyria soulignent la cohérence avec la nature : « Bien nourries, en cohérence avec leur nature, elles sont en bonne santé. » Ils refusent la chimie qui « abîme la terre » et appellent à la mobilisation : « Soutenez vos paysans. Connaissez ceux qui vous nourrissent. Créez des groupes d’approvisionnement. »
Christelle Record, à Foix, gère L’Épicerie d’Ici, une roulotte qui génère 650 000 € de chiffre d’affaires avec 145 producteurs locaux. Son modèle agronomique exemplaire – veau sous la mère, zéro intrant depuis des années, fauche à 7 cm, transplantations fécales veau à veau, homéopathie et ostéopathie – a construit une immunité collective. « J’ai travaillé pendant dix ans à construire une immunité naturelle. Je ne veux pas bouleverser le microbiote de mes vaches », affirme-t-elle.
Malgré l’absence de cas depuis janvier et un rendement 1,5 fois supérieur sans engrais, elle risque 22 500 € d’amende, une suspension de sept jours et une vaccination forcée. « On nous oblige à passer par la chimie. On ne veut pas écouter qu’il y a d’autres voies. » Elle se sent « criminalisée, comme une délinquante, alors que j’ai mené un travail vertueux ». Son invitation est limpide : « Venez voir, poser des questions, juger sur pièces. »
La gestion de la crise passe par le refus collectif et le bon sens paysan. Tous trois refusent d’injecter des animaux sains ou de bouleverser un microbiote patiemment construit. Romain Lefebvre le dit clairement : « Nous ne sommes pas anti-vaccin. Nous demandons la liberté et des explications. » Kyria ajoute : « Si une de mes vaches finissait par mourir, c’est la vie. La mort fait partie de la vie. » Christelle Record insiste sur l’observation : « Je n’ai rien inventé. J’ai lu, je me suis formée […] j’ai observé. » Cette approche contraste avec les protocoles standardisés qui, selon eux, ignorent le terrain et l’immunité collective déjà acquise en Ariège.
La détermination est totale, malgré les menaces. « On ira au bout, sans savoir où est le bout », lance Romain Lefebvre. Kyria et Emmanuel soulignent : « On s’est jetés corps et âme dans l’agriculture […] pour pouvoir vivre et transmettre. » Christelle Record, qui a fait le Tour de France à vélo pour défendre son modèle, maintient : « Pendant 15 ans, j’ai géré mon troupeau en responsabilité. Aujourd’hui, on veut m’expliquer comment faire. » Ils appellent à la solidarité villageoise et à une mobilisation (portes ouvertes le 1er avril à Baulou).
L’approche juridique devient leur dernier recours, mais ils exigent avant tout le débat. Le Collectif LIBRe a mandaté des avocats. Romain Lefebvre : « Le droit devient notre dernier recours. Mais surtout, on appelle au débat : mettez-nous face à vos experts, ouvrons les études, parlons terrain. Aujourd’hui, on nous refuse même l’entretien contradictoire. » Kyria précise : « On joue sur leur terrain : des lois, des décrets, des papiers. Nous aussi, on s’outille, avec des contre-expertises et des scientifiques indépendants » (en lien avec l’avocate Diane Protat, le docteur en droit Olivier Frot, et les scientifiques Hélène Banoun et Jean-François Lesgards). Christelle Record demande simplement que l’on écoute « d’autres voies » au lieu de standardiser tout.
Ces trois voix ariégeoises ne sont pas isolées. Elles incarnent une paysannerie qui refuse d’être réduite à des chiffres Excel. Entre surcharge administrative qui vide les hameaux (28 familles à 2 en dix ans à la Ferme de Gaya), stress animal et humain, et perte de confiance, ils défendent la liberté de décider avec bon sens. Leur message est clair : l’immunité naturelle, l’observation et la souveraineté alimentaire valent mieux que des protocoles imposés sans écoute.
Comme le résume Romain Lefebvre : « Nous, on veut rester libres et responsables. C’est l’intérêt de tous que des éleveurs puissent décider […] à visage découvert, et non sous contrainte. » Un appel que les consommateurs, invités à « se rassembler, acheter de bons produits, cuisiner, partager », sont désormais priés d’entendre.
Et ils semblent avoir été entendus si l’on en croit les visionnages (plus de 350k vues), et les commentaires reçus avec de nombreuses personnes qui plébiscitent les quatre agriculteurs.