Après avoir totalement marginalisé le cash, la Suède rétropédale et veut obliger les banques à accepter les dépôts en espèces


Face aux risques de “perturbations, de crise, voire de guerre”, la Suède exhorte ses citoyens à recourir au cash, dans une société considérée parmi les plus avancées en matière de paiement numérique. Stockholm a appelé les Suédois à garder sur eux environ 1 000 couronnes en cash tandis qu’un projet de loi va obliger les épiceries et les banques à accepter, de nouveau, les dépôts en cash. 

En 1661, la Banque de Stockholm, ancêtre de la banque centrale de Suède, est la première à émettre de la monnaie-papier en Europe. Un peu plus de trois siècles plus tard, la Suède devient l’une des sociétés les plus “cashless” au monde, c’est-à-dire celle qui utilise le moins d’espèces au quotidien. 

Environ 100 € pour tenir une semaine

À partir des années 1990, l’usage de l’argent en espèces décline peu à peu, conséquence de réformes visant à lutter contre la fraude fiscale, de réformes des billets et des pièces ainsi que de l’introduction de systèmes de paiement instantané.

Entre 2007 et 2008, la Suède a introduit des déductions fiscales pour les services à domicile (ROT et RUT), puis, en 2010, une nouvelle loi sur les caisses enregistreuses a été mise en place. Cette loi oblige toute personne acceptant des espèces à utiliser une caisse approuvée et à remettre systématiquement un ticket de caisse au client, ce qui rend plus difficile la sous‑déclaration des ventes. L’Administration fiscale suédoise considère que ces réformes ont significativement réduit la fraude fiscale et ont probablement contribué à faire baisser la demande de monnaie liquide, qui a chuté à partir de son niveau maximal atteint autour de 2010 jusqu’en 2017, avant de remonter légèrement ensuite.

Un autre facteur clé est l’émergence de solutions numériques comme l’application Swish, lancée par un consortium de banques suédoises et reliée au système d’identification électronique. Swish permet des transferts instantanés d’un compte à l’autre via smartphone, rendant les paiements en espèces largement superflus pour la plupart des transactions quotidiennes, notamment entre particuliers, commerçants ou petits prestataires.

En parallèle, la réserve suédoise et certaines autorités ont aussi encouragé la digitalisation des paiements, ce qui, combiné à une bonne couverture internet et à une forte pénétration des smartphones, a propulsé la Suède parmi les pays les plus avancés en matière de société sans cash.

De ce fait, de moins en moins, voire très peu de commerces, restaurants, magasins ou services, acceptent le paiement cash. En outre, les agences bancaires à accepter les dépôts ou retraits d’espèces sont peu nombreuses. 

Mais Stockholm entreprend une volte-face. Début mars, la banque centrale suédoise a appelé les citoyens à conserver au moins 1 000 couronnes (environ 93 €) en espèces par adulte, afin de couvrir une semaine d’achats de produits de première nécessité. Depuis de nombreuses années déjà, les autorités suédoises évoquent l’exclusion numérique, c’est-à-dire l’isolement de certains usagers, notamment les seniors, face à la montée fulgurante des paiements numériques.

“La numérisation de la société s’est déroulée très rapidement et a créé de nombreuses opportunités, mais elle a également entraîné certains risques”, a déclaré dans un communiqué le ministre de l’Administration publique, Erik Slottner. “L’un des principaux risques est la propagation de l’exclusion numérique, notamment chez les personnes âgées”, rappelle-t-il.

Le cash pour se protéger en cas de guerre

Cependant, cette rupture dans le discours public avec le tout numérique intervient surtout après une série de cyberattaques sur des infrastructures sensibles et le contexte de tensions liées à la guerre en Ukraine, qui exposent la vulnérabilité d’une économie presque entièrement dépendante du numérique.

Erik Slottner évoque d’ailleurs un “état de préparation” que la Suède s’attèle à renforcer. Le cash que les Suédois doivent conserver pourrait leur servir “en cas de perturbations temporaires, de crise, ou dans le pire des cas, de guerre”. Il a aussi annoncé que les pharmacies et les épiceries seront désormais obligées d’accepter le paiement en cash. 

Le gouvernement a d’ailleurs présenté au Parlement un projet de loi dans ce sens. Les banques sont aussi concernées par le texte, qui les oblige à accepter de la part de leurs clients, particuliers ou professionnels, le dépôt de recette en espèces. 

Alors que la Suède envisage un retour, bien que très léger, au cash comme bouclier face à des cyberattaques de plus en plus nombreuses et sophistiquées et aux chocs géopolitiques, l’Europe, elle, s’engage résolument dans l’inverse, en envisageant la mise en place d’un euro numérique comme garantie de la “souveraineté monétaire”. 





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