Mercredi 18 mars en Suède, le gouvernement a présenté au Parlement un projet de loi imposant aux supermarchés et pharmacies d’accepter les espèces. Après des années de dématérialisation, Stockholm corrige sa trajectoire pour répondre aux risques de crise, d’exclusion et de dépendance numérique.
Longtemps vitrine d’une économie sans billets, la Suède revient discrètement sur ses pas. Le gouvernement entend contraindre les commerces essentiels et les banques à maintenir des services en espèces. Selon l’AFP, le texte vise aussi à garantir aux entreprises la possibilité de déposer leurs recettes quotidiennes, signe que l’infrastructure elle-même doit être reconstruite.
Début mars, la banque centrale suédoise a conseillé à chaque adulte de conserver l’équivalent d’une semaine de dépenses en liquide, l’idée étant de faire face à d’éventuelles perturbations, qu’elles soient techniques ou géopolitiques. Depuis le début du conflit entre l’Ukraine et la Russie, Stockholm renforce sa préparation civile. L’argent physique redevient donc naturellement un outil de résilience, au même titre que les stocks alimentaires ou l’énergie.
De façon plus générale, le progrès numérique a révélé des failles sociétales. La circulation de cash a chuté de moitié depuis 2008, laissant une partie de la population sur le bord de la route. « La numérisation de la société s’est déroulée très rapidement et a créé de nombreuses opportunités, mais elle a également entraîné certains risques », résume Erik Slottner. Le ministre pointe « l’exclusion numérique » qui touche notamment les plus âgés. Le modèle suédois, souvent cité en exemple, a bien des angles morts.