Le 28 février 2026, les bombes américaines et israéliennes s’abattent sur l’Iran. Cette agression, loin d’être un événement isolé, est le symptôme d’une réalité plus profonde que la pensée dominante refuse d’admettre : le 21e siècle ne consacre nullement la « fin de l’histoire ». Il révèle au contraire un phénomène déjà identifié par la tradition marxiste-léniniste : la persistance et l’intensification de l’impérialisme comme stade suprême du capitalisme monopoliste.
Cette phase est actuellement exacerbée par l’arrogance belliqueuse de la doctrine trumpiste, expression d’un axe israélo-étasunien cherchant à conjurer son déclin par une offensive coercitive généralisée. Ce contexte, prélude à l’agression du 28 février 2026, se manifeste par une volonté de domination planétaire absolue : imposition unilatérale de droits de douane y compris aux alliés pour briser toute volonté de concurrence, velléités d’annexion coloniale du Groenland, menaces sur la souveraineté du canal de Panama et décret d’embargos criminels sur le pétrole vénézuélien allant jusqu’au kidnapping du président Maduro, manœuvres d’étranglement énergétique et d’asphyxie économique de Cuba…
Cette stratégie de contrôle total, vise explicitement la vassalisation de l’Europe à travers un nouveau plan de sécurité national, la liquidation des conquêtes des luttes de libération nationales des peuples de la périphérie, l’élargissement de la « normalisation » saoudienne avec l’entité sioniste, dans le cadre des plans du Grand Israel, l’imposition au peuple sahraoui du plan d’annexion marocain, et l’instauration d’un « conseil de la paix » pour Gaza (qui acte en réalité l’annexion de ce territoire) que Trump entend présider à vie. Dans un contexte de recomposition des rapports de force géopolitiques mondiaux, l’impérialisme cherche à maintenir son hégémonie par des formes renouvelées de domination néocoloniale.
Le Moyen-Orient constitue aujourd’hui l’un des principaux foyers de cette confrontation. Dans cette région stratégique, les interventions politiques, économiques et militaires d’Israel, des Etats-Unis et de leurs soutiens occidentaux s’inscrivent dans une logique de contrôle des ressources, des routes commerciales et des équilibres géopolitiques. Face à cela, certaines puissances régionales, au premier rang desquelles l’Iran, développent des formes de résistance qui redéfinissent les conditions mêmes du rapport de force.
Le dollar, arme de vassalisation massive
Le néocolonialisme contemporain ne repose plus sur l’occupation directe des territoires, mais sur des mécanismes économiques et financiers structurants. Le rôle du dollar dans les échanges énergétiques internationaux constitue à cet égard un élément central. En s’imposant comme monnaie de référence pour le commerce des hydrocarbures, il contribue à maintenir une dépendance structurelle de nombreuses économies à l’égard des États-Unis.
Ce système permet de soutenir un ensemble plus large de dispositifs de puissance : financement du complexe militaro-industriel, capacité de projection militaire et influence sur les institutions économiques internationales. Dans un contexte de crise structurelle du capitalisme central, la consolidation du contrôle sur les ressources, les routes commerciales et les capitaux issus des élites de la périphérie constitue une réponse stratégique visant à ralentir le déplacement du centre de gravité économique mondial, notamment sous l’effet de l’émergence chinoise.
Les tensions actuelles mettent en lumière la vulnérabilité de cet édifice. La perturbation, voire le blocage du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour une part significative des flux énergétiques mondiaux, agit comme un levier direct sur le prix du pétrole. Toute entrave à cette circulation entraîne des hausses brutales du prix du baril, avec des répercussions en chaîne sur l’ensemble de l’économie mondiale. En clair : toucher au détroit d’Ormuz, c’est faire tousser le moteur du capitalisme mondial.
Cette architecture de domination financière trouve cependant sa limite historique dans l’actuelle confrontation avec l’Iran. L’agression illégale menée par l’axe impérialiste, visant l’isolement total du pays, se heurte à la résistance acharnée d’un peuple et d’un État qui démontrent les limites de l’arme monétaire. Cette capacité à briser l’asphyxie économique prouve que le centre impérialiste ne peut plus imposer impunément sa loi aux formations sociales de la périphérie, et ce, malgré la puissance des intérêts financiers occidentaux stationnés dans les monarchies du Golfe.
L’Iran dans la dynamique des résistances anti-impérialistes
Dans une lecture centrée sur les rapports de domination à l’échelle internationale, l’Iran apparaît comme un acteur étatique qui s’oppose, de manière durable, aux mécanismes de subordination caractéristiques du système impérialiste contemporain. Cette position ne se réduit pas à une opposition conjoncturelle : elle s’inscrit dans une trajectoire marquée par la recherche d’autonomie stratégique, économique et militaire.
Dans ce contexte, la confrontation entre l’Iran et l’axe formé par les États-Unis et Israël peut être interprétée comme l’expression d’un conflit plus large entre centre et périphérie. Elle dépasse les seules rivalités régionales pour s’inscrire dans une dynamique globale de recomposition des rapports de force. La résistance iranienne ne se limite pas à son territoire national. Elle s’articule avec d’autres formes de résistance dans la région, notamment au Liban, en Irak et au Yémen, contribuant à structurer un espace de contestation de l’ordre impérialiste dominant. Ce que Washington appelle « déstabilisation » est en réalité l’émergence d’une conscience collective anti-impérialiste.
La riposte asymétrique : quand les drones défient les F-35
L’un des traits marquants de cette confrontation réside dans son caractère asymétrique (à armes inégales). Face à l’ennemi imperialosioniste surpuissant disposant de moyens militaires considérables, d’une sophistication technologique sans précèdent, la résistance iranienne, malgré les sanctions qui ont frappé durement son pays, près d’un demi-siècle durant, s’est appuyée sur des formes d’adaptation stratégique et technologique. Le développement de capacités dans les domaines des missiles de précision et des drones a profondément modifié les équilibres opérationnels. Ces outils permettent de saturer les systèmes de défense, de frapper des infrastructures stratégiques et de contourner, au moins partiellement, les dispositifs technologiques avancés.
Dans ce cadre, les territoires israéliens apparaissent de plus en plus exposés à des formes de pression militaire continues, tandis que les installations et bases militaires américaines présentes dans plusieurs pays du Golfe deviennent des cibles potentielles dans une logique de dissuasion élargie. Sans abolir l’asymétrie des moyens, ces évolutions introduisent des contraintes nouvelles pour la machine de guerre impérialiste, en augmentant le coût d’une confrontation directe et en rendant plus incertain le maintien de leur prééminence opérationnelle. La supériorité technologique ne suffit plus quand l’adversaire a appris à en contourner les angles morts.
La grande bascule : comment le rapport de force se déplace
Les dynamiques en cours témoignent d’un déplacement progressif du rapport de force à plusieurs niveaux.
Sur le plan militaire, la capacité de riposte et la multiplication des vecteurs d’action contribuent à étendre le champ du conflit au-delà des lignes traditionnelles, affectant des zones jusque-là considérées comme relativement sécurisées, notamment dans les pays du Golfe où sont implantées des infrastructures stratégiques militaires et énergétiques américaines. Sur le plan économique, le ciblage des infrastructures financières notamment dans les monarchies « normalisatrices » menace directement les intérêts financiers américains. Les tensions autour du détroit d’Ormuz illustrent par ailleurs la capacité de l’Iran à peser directement sur les flux énergétiques mondiaux, avec des conséquences immédiates sur les marchés et les chaînes d’approvisionnement.
Sur le plan politique, ces évolutions s’accompagnent de repositionnements significatifs qui consacrent l’isolement diplomatique des États-Unis et d’Israël et illustrent l’aggravation des contradictions interimperialistes. L’échec des tentatives de Trump et de l’Otan pour constituer une coalition maritime visant à ouvrir de force le détroit d’Ormuz est à cet égard révélateur : le refus catégorique des alliés de l’OTAN sollicités, signifiant par un « ce n’est pas notre guerre » leur volonté de ne pas servir de supplétifs à l’aventure impérialiste, marque une rupture historique. Ces réticences traduisent une prise en compte accrue des risques liés à une escalade régionale et soulignent l’existence de limites croissantes à la capacité de coordination des puissances impérialistes. Quand les alliés atlantiques eux-mêmes refusent de suivre, l’empire se retrouve nu. Ces éléments indiquent l’émergence d’un espace de contestation plus structuré, dans lequel les acteurs de la périphérie disposent de marges de manœuvre accrues.
Une lecture en termes de guerre d’oppression impérialiste
Dans ce cadre, les tensions au Moyen-Orient peuvent être interprétées comme une guerre d’oppression impérialiste visant à maintenir la dépendance, dans laquelle le contrôle indirect, la pression économique, les sanctions et les interventions ciblées remplacent les formes classiques de domination coloniale territoriale. La résistance qui s’y oppose, qu’elle soit étatique ou portée par des mouvements organisés, prend alors une dimension particulière. Elle peut être comprise comme une lutte pour la souveraineté, visant à desserrer les contraintes imposées par l’ordre impérialiste dominant.
Pour une lecture stratégique des luttes de la périphérie
L’évolution de la situation au Moyen-Orient met en lumière une réalité centrale : malgré l’inégalité des moyens, des formes de résistance persistent, s’organisent et se renforcent. Elles témoignent de la capacité des peuples et de certains États à remettre en cause des rapports de domination profondément enracinés. Dans ce contexte, les luttes menées en Iran, au Liban et, de plus en plus, en Irak ne peuvent être réduites à des dynamiques locales ou conjoncturelles. Elles s’inscrivent dans une séquence historique plus large, marquée par la remise en cause des structures néocoloniales et par la recherche de souveraineté face aux mécanismes du capitalisme mondial.
Pour les peuples de la périphérie, l’enjeu stratégique est désormais de saisir la portée historique de ces expériences. Il s’agit d’apprécier la résistance iranienne, libanaise et irakienne pour ce qu’elle est : une authentique lutte de libération nationale contre l’oppression et les plans de recolonisation impérialiste.
Les masses populaires, seules forces motrices de l’histoire, possèdent la maturité nécessaire pour mener leurs luttes et déterminer leurs directions politiques. Dans chaque processus de libération nationale, la répression impérialiste arrache des vies militantes, mais la relève s’organise sans cesse au sein du peuple en lutte. Une telle lecture matérialiste impose de rejeter les discours droit-de-l’hommistes issus des classes bourgeoises, qui servent de couverture idéologique aux interventions impérialistes, ainsi que les constructions théoriques dépassées cherchant à masquer la contradiction principale, celle de l’affrontement mondial anti-impérialiste, derrière une opposition fallacieuse entre « modernité » et « archaïsme ».
À l’inverse, une lecture en termes de rapports de force et de domination permet de saisir la signification profonde de ces combats : celle de luttes concrètes pour briser l’emprise d’un ordre mondial fondé sur la soumission à l’impérialisme. Car, au-delà des spécificités nationales, une même ligne de fracture traverse le monde contemporain : celle qui oppose les logiques de domination impérialiste aux aspirations des peuples à la souveraineté et au développement. Et c’est dans cet espace de tension que se redessinent, aujourd’hui, les contours possibles des luttes d’émancipation à venir.
Alger, le 19 mars 2026
Collectif « ÉCHOS DE LA VIE ICI-BAS »