Publié en septembre 2025 aux éditions Odile Jacob, l’essai de Karine Berger, économiste, ancienne députée socialiste et présidente du conseil d’administration de l’Institut Henri-Poincaré, et de Grégoire Biasini, consultant en acceptabilité des innovations et enseignant à Sciences Po et HEC, se présente comme un diagnostic urgent et un appel au sursaut. Les auteurs affirment que la France, héritière des Lumières, de Pasteur et de Marie Curie, est en train de se détourner de la science sous l’effet d’une inculture croissante, de l’influence des réseaux sociaux et de « mouvements antivax » irrationnels. Leur thèse est simple : la défiance est avant tout le fruit d’une irrationalité populaire, et la solution réside dans un renforcement de l’éducation scientifique et d’un retour inconditionnel à la confiance envers les institutions.

Pourtant, une lecture attentive révèle que leur diagnostic est incomplet et partiellement inversé. Certes, ils évoquent l’inculture et les réseaux sociaux, mais ils pointent également — de manière parfois très vive — la responsabilité politique et les silences des autorités dans certaines crises. Ils parlent explicitement de « silences des responsables gouvernementaux » à propos de Tchernobyl (p. 73), qualifient la décision de Bernard Kouchner en 1998 de « décision stupéfiante » qui a fait perdre la bataille du progrès (p. 12), et dénoncent à plusieurs reprises la « capitulation politique » face aux pressions et aux peurs (Chapitre 10). Ils reconnaissent donc que la défiance n’est pas uniquement le fruit d’une irrationalité populaire, mais aussi le résultat de choix politiques et de défauts de transparence institutionnelle.
Malgré ces concessions, l’ouvrage reste profondément biaisé. Il inverse largement la causalité réelle de la crise, minimise les échecs systémiques des institutions, ignore les scandales documentés, et refuse le pluralisme épistémique qu’il prétend défendre. Voici une déconstruction section par section, étayée par des faits, des analyses académiques et des sondages représentatifs.
Un diagnostic complètement inversé : la défiance des Français est rationnelle et provoquée par les mensonges institutionnels
Les auteurs consacrent de longs développements à expliquer la crise par une « inculture scientifique généralisée » et une préférence pour « l’opinion de son groupe d’appartenance » plutôt que par la démonstration scientifique. Ils citent les antivax comme exemple paradigmatique de cette irrationalité qui précéderait même la pandémie de Covid-19.
Les sondages MIS Group pour France-Soir/BonSens.org, sur des échantillons représentatifs de 1200 Français, de novembre 2025 et février 2026 contredisent cette lecture de manière spectaculaire. En novembre 2025, l’adhésion de principe à la vaccination en général tombe à seulement 69 % (31 % pas favorables), un niveau historiquement bas.

L’opposition déclarée à « certaines vaccinations » atteint un record absolu de 59 % (hausse de 4 points par rapport à septembre). Concrètement, 81 % des Français déclarent « Je ne vais PAS me faire vacciner contre le Covid » (seulement 19 % acceptent), et 70 % refusent même le vaccin grippe.
La cause principale n’est pas l’« inculture » ou les réseaux sociaux : 62 % des sondés affirment explicitement que « ce ne sont PAS les réseaux sociaux ou les antivax qui m’ont fait perdre confiance dans la vaccination ». En revanche, 47 % désignent directement « les mensonges du gouvernement », 55 % accusent le ministère de la Santé d’avoir « caché la réalité sur la nocivité des vaccins », et 46 % déclarent avoir personnellement subi des effets indésirables (dont 15 % graves ou majeurs).

Parallèlement, 66 % constatent une « augmentation explosive des cas de cancers » et 87 % exigent une enquête officielle. En février 2026, la défiance globale envers le gouvernement atteint 73 %, avec 55 % qui accusent des « cachotteries vaccinales » et 49 % qui jugent la gestion de la crise Covid « opaque ».

Ces chiffres démontrent une défiance rationnelle, fondée sur des perceptions concrètes de trahison institutionnelle et non sur une prétendue irrationalité collective. Berger et Biasini, en passant totalement sous silence l’avis des Français, commettent une erreur d’analyse majeure : ils accusent le patient (le public) plutôt que d’examiner le médecin (les institutions).
À la lumière des « cinq éléments pour que la vérité émerge » de Rico Hauswald : le livre ignore les mécanismes réels de production de la vérité
Dans son article académique publié en 2025 dans la revue Synthese (« Failures of Scientific Gatekeeping and the Rise of Degenerate Consensus »), le philosophe des sciences Rico Hauswald identifie cinq conditions indispensables pour qu’une vérité scientifique fiable émerge :
- diversité épistémique (pluralité des approches),
- transparence totale des données et des méthodes,
- scepticisme constructif permanent,
- falsifiabilité stricte,
- vérification indépendante.

Hauswald montre que lorsque le « gardiennage » (gatekeeping) des revues et institutions devient trop restrictif, il fabrique des « consensus dégénératifs » qui excluent les dissidents ; lorsqu’il est trop permissif, il laisse passer des études biaisées.
Le livre de Berger et Biasini ne mentionne jamais ces cinq éléments. Ils revendiquent un « doute constructif » mais l’appliquent exclusivement au grand public, jamais aux institutions dont ils sont issus. Exemple concret : l’étude Pradelle-Lega (rétractée en 2024), qui estimait arbitrairement 17 000 décès dus à l’hydroxychloroquine sur la base d’extrapolations fragiles et d’un biais d’autorité excessive.

Cette étude, pourtant diffusée massivement par les médias et les autorités, illustre parfaitement un gardiennage permissif au service du consensus dominant. Hauswald l’aurait classée comme cas d’école de consensus dégénératif. Les auteurs, eux, l’ignorent complètement et continuent de présenter la « science officielle » comme un bloc infaillible, violant ainsi au moins trois des cinq critères (transparence, diversité épistémique, vérification indépendante).
Les biais idéologiques en recherche : un mécanisme que les auteurs reproduisent sans le voir
L’étude de Borjas et Breznau et un article détaillé, analysent comment, sur les sujets hautement polarisés (vaccins, origine du virus, traitements précoces), les chercheurs alignés sur le narratif dominant produisent systématiquement des résultats favorables grâce à des choix méthodologiques subtils (p-hacking, sélection sélective de données, biais de confirmation). Ces biais idéologiques ne sont pas des erreurs individuelles mais des mécanismes structurels.
Berger (ex-députée PS) et Biasini (consultant proche des grandes écoles et institutions) reproduisent exactement ce schéma. Ils dénoncent l’« anti-science » sans jamais interroger les conflits d’intérêts pharma, l’opacité des agences françaises (ANSM, EPI-PHARE) ou les pressions politiques pendant la crise Covid.
Leur posture idéologique – la science institutionnelle est neutre par essence – est elle-même un biais de confirmation massif.
L’oubli révélateur des réformes américaines : un franco-centrisme dogmatique
Dans leur chapitre sur « l’appauvrissement de la science aux États-Unis », les auteurs citent Trump et les « vérités alternatives » comme contre-modèle absolu à éviter en France. Ils omettent pourtant deux décrets majeurs de 2025 qui répondent précisément aux problèmes qu’ils décrivent :
- Le décret Restoring Gold Standard Science du 1er mai 2025 (promulgué par la Maison Blanche), qui impose la publication intégrale des données brutes, des codes sources, la reproductibilité obligatoire, la prise en compte explicite des vues dissidentes et l’interdiction de toute falsification ;
- Le décret MAHA (Make America Healthy Again) de février 2025, qui crée une commission indépendante chargée de lutter contre les maladies chroniques en éliminant tous les conflits d’intérêts.

Ces réformes, portées notamment par le Dr Jay Bhattacharya (nommé directeur du NIH), incarnent quatre des cinq éléments de Hauswald. Leur silence total dans le livre révèle un dogme franco-centré et partisan : tout ce qui vient de l’administration Trump est caricaturé comme antiscience, même quand il met en place les mesures pour restaurer les standards de rigueur scientifique.
Le rapport sur la désinformation médicale : un exemple parfait d’analyse non indépendante que les auteurs cautionnent
Le rapport français de janvier 2026 sur la désinformation en santé, rédigé par un panel composé à 80 % de représentants de l’establishment et excluant délibérément les voix dissidentes (BonSens.org, Pr Perronne, etc.), est exactement le type de production que Berger et Biasini défendent implicitement. Il qualifie les sceptiques de « conspirationnistes » tout en ignorant les travaux académiques (Schläpfer et al., ResearchGate 2026) qui démontrent que la désinformation la plus crue et la plus crue est celle alignée sur les narratifs mainstream (origine animale du virus, efficacité vaccinale).

44 % des Français jugent ce rapport partial. En appelant à « combattre les fake news » sans exiger de pluralisme réel, les auteurs valident un mécanisme de censure douce qui viole la diversité épistémique et le scepticisme constructif.
Face aux travaux de Pierre Chaillot et Michel Cucchi : le refus systématique des dissidents internes
Pierre Chaillot, statisticien, a publié plusieurs ouvrages (« Covid-19 : ce que révèlent les chiffres officiels », 2023 ; « Victimes des vaccins Covid-19 », 2025) qui confrontent froidement les données officielles INSEE et EUROSTAT au narratif dominant, révélant notamment l’absence de surmortalité exceptionnelle en 2020 et des anomalies statistiques post-vaccination.
Michel Cucchi (docteur en médecine, docteur en sociologie et cadre de la fonction publique hospitalière), dans son livre « Influences et pandémies », dénonce une véritable « colonisation de l’appareil étatique » par les intérêts pharmaceutiques et les fondations philanthro-capitalistes, avec l’OMS comme exemple emblématique de capture institutionnelle.
Berger et Biasini classent ces travaux parmi les « vérités alternatives » à combattre. Ils reproduisent ainsi le gardiennage restrictif que Hauswald dénonce : exclusion des dissidents internes au nom du consensus. De plus ils omettent la jurisprudence Hertel : « Peu importe que l’opinion dont il s’agit est minoritaire, et qu’elle peut sembler dénuée de fondement : dans un domaine où la certitude est improbable, il serait particulièrement excessif de limiter la liberté d’expression à l’exposé des seules idées généralement admises ». (CEDH, 25 août 1998, Hertel/Suisse, §50).

Un « Brecht inversé » : l’establishment scientifique joue désormais le rôle de l’Inquisition
Le livre incarne ce que l’on peut appeler un « Brecht inversé ». Dans La Vie de Galilée de Bertolt Brecht, l’Église persécutait la science nouvelle. Aujourd’hui, ce sont les gardiens de la science institutionnelle qui étouffent l’innovation :
- Jean-Pierre Petit, physicien français, voit son modèle MHD (magnétohydrodynamique) des années 1970 rejeté par l’establishment ; il est même envoyé chez un psychiatre pour « expertise ». Les Russes l’adoptent et développent les missiles hypersoniques Kinzhal et Avangard.
- Gérard Mourou, Prix Nobel de physique 2018 pour l’amplification par impulsions chirpées, propose une technique de transmutation des déchets nucléaires qui réduit la radioactivité d’un million d’années à 30 minutes. En France, son projet reste bloqué par des idéologies antinucléaires et des lobbies.

En défendant la science « officielle » contre les « alternatives », les auteurs perpétuent ce mécanisme d’étouffement des génies atypiques.
Profilage des auteurs : des biais cognitifs massifs qu’ils ne parviennent pas à dépasser
Karine Berger ou Grégoire Biasini n’ont pas à priori identifié l’étude frauduleuse Lancetgate qui a été rétractée en en juin 2020. Ils n’ont pas non plus critiqué le surdosage toxique du bras hydroxychloroquine de l’essai RECOVERY ou les revirements officiels sur les masques et les confinements, ou encore les études de John Ioanidis, épidémiologiste de Stanford le plus cité au monde, qui a remis en cause toutes les mesures d’interventions sanitaires en démontrant leur non-efficacité. Pour eux, le mouvement antivax reste simplement un exemple d’irrationalité.

Leur prétendu « doute constructif » s’arrête brutalement aux portes des institutions dont ils sont issus. Une analyse de leurs positions révèle qu’ils sont captifs de plusieurs biais cognitifs puissants :
- Le biais d’autorité (ou déférence institutionnelle) : tendance à accorder une confiance excessive aux experts et institutions reconnues. Berger et Biasini traitent le consensus des grandes revues (Lancet, NEJM) et des agences françaises (ANSM, HAS) comme une vérité quasi sacrée, sans jamais interroger les failles méthodologiques ou les conflits d’intérêts qui ont entaché plusieurs études phares pendant la crise. Ils sont captifs de ce biais parce que leur parcours même (ancienne élue PS, présidente d’institution scientifique, consultant proche des grandes écoles) les place au cœur du système qu’ils défendent ; remettre en cause l’autorité reviendrait à questionner leur propre légitimité.
- Le biais de confirmation : ils sélectionnent uniquement les informations qui renforcent leur thèse centrale (« la défiance vient de l’irrationalité populaire et des réseaux sociaux ») tout en ignorant systématiquement les données contradictoires, comme les sondages MIS Group de novembre 2025 et février 2026 qui montrent que 62 % des Français rejettent cette explication et pointent les mensonges gouvernementaux. Ce biais les rend captifs car il crée un filtre mental : tout élément discordant (Lancetgate, effets secondaires déclarés par 46 % des Français, décrets américains pro-transparence) est automatiquement écarté pour préserver la cohérence de leur récit.
- Le biais élitiste (ou condescendance cognitive) : conviction que le grand public est intrinsèquement moins rationnel et moins informé. Ils expliquent la crise par « l’inculture scientifique » et « l’opinion de groupe » plutôt que d’examiner les trahisons de confiance institutionnelles documentées par les sondages. Ce biais les emprisonne parce qu’il découle directement de leur position sociale : en tant que membres des élites politiques et académiques, ils considèrent naturellement que « le peuple » a besoin d’être éduqué par eux, sans jamais envisager que la défiance puisse être une réaction légitime et informée.
- Le groupthink idéologique : pression inconsciente à la conformité au sein de leur milieu (réseaux PS, grandes écoles, institutions scientifiques). Cela les conduit à reproduire le narratif dominant de 2020-2025 sans distance critique. Ils sont captifs de ce phénomène collectif parce que leur environnement professionnel et politique récompense la conformité et sanctionne toute remise en cause publique du consensus. Sans même questionner la définition du consensus ou s’il existe réellement – la science a-t-elle un jour avancée par consensus ?
- Le biais du statu quo (ou effet de halo + biais de cohérence) : une fois le livre écrit autour du thème « la science institutionnelle est menacée par l’irrationalité populaire », tout élément discordant est automatiquement exclu pour préserver la cohérence narrative. Ce biais les enferme dans un cercle vicieux : leur ouvrage, censé défendre la science, devient lui-même un outil de consolidation du consensus dégénératif qu’ils prétendent combattre. L’illustration est celle du cercle de la défiance décrit par les sondages.

Leur vision personnelle – la défiance viendrait principalement de l’irrationalité populaire – est en contradiction frontale avec l’opinion et la réalité des Français. Cette capture cognitive rend leur prétention à l’objectivité scientifiquement fragile et leur analyse profondément partiale.

Un ouvrage qui éloigne la science des Français plutôt qu’il ne la rapproche
Le diagnostic et les propositions de Karine Berger et Grégoire Biasini sont biaisés par des postures idéologiques non factuelles : élitisme condescendant, déférence aveugle aux institutions, minimisation systématique des scandales et refus obstiné du pluralisme. En ignorant les cinq éléments de Hauswald, les réformes américaines, les analyses de Cucchi, et surtout les chiffres criants des sondages de novembre 2025 et février 2026, ils ne restaurent pas la confiance : ils contribuent à alimenter la défiance avec comme conséquence de saboter durablement la confiance.

La vraie crise n’est pas que « la France se détourne de la science ». C’est que la science institutionnelle s’est détournée des Français. Tant que des livres comme celui-ci nieront cette évidence chiffrée, philosophique et historique, la rupture ne fera que s’aggraver.
La vérité scientifique mérite mieux qu’un tel miroir déformant.
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