Le Pentagone place Palantir au centre de son système militaire. L’agence de presse britannique a dévoilé la décision du Département de la Défense de déclarer la société américaine comme un “programme officiel de référence” pour intégrer sa plateforme Maven dans le commandement des opérations de l’armée US.
Début 2026, le Pentagone a rompu avec Anthropic après le refus de l’entreprise d’assouplir ses garde-fous éthiques sur ses modèles d’IA Claude, notamment pour éviter leur usage dans les armes autonomes ou la surveillance de masse. Donald Trump, qui a multiplié les critiques, a alors ordonné la cessation immédiate de toute collaboration avec Anthropic, qualifié entre temps de “risque pour la chaîne d’approvisionnement”, obligeant des partenaires comme Palantir à migrer Claude hors de ses systèmes. En réaction à la décision du Department of Defense (DoD), Anthropic a intenté quelque temps plus tard un procès contre l’administration Trump.
Palantir ne se défait toujours pas de Claude
Le même jour de l’annonce du président américain, Sam Altman, PDG d’OpenAI, a annoncé un accord accéléré avec le Pentagone pour déployer ses modèles GPT sur des réseaux classifiés militaires, comprenant des rapports de renseignement, images satellites, communications, etc, en remplacement de Claude et Anthropic. Cet accord, conclu dans la précipitation, a suscité des critiques, y compris au sein de la startup qui a enregistré une démission de l’une de ses directrices, malgré les “garanties” de Sam Altman en matière de “garde-fous”.
Le rôle d’OpenAI est de fournir un grand modèle de langage (LLM), c’est-à-dire un “moteur cognitif”, à une autre société, à savoir Palantir, fournisseur privilégié, stratégique et de longue date du DoD, ainsi qu’à son système IA appelé Maven. Jusque-là, Maven utilise toujours Claude, comme expliqué par le PDG de Palantir, Alex Karp. “Le ministère de la Défense prévoit de se passer progressivement d’Anthropic ; pour l’instant, ce n’est pas encore le cas. Nos produits sont intégrés à Anthropic, et à l’avenir, ils seront probablement intégrés à d’autres grands modèles de langage”, avait-il expliqué. “On ne peut pas simplement supprimer du jour au lendemain un système qui est profondément ancré”, avait, de son côté, expliqué le département technique du DoD.
La semaine dernière, Reuters a dévoilé un courrier datant du 9 mars du secrétaire adjoint à la Défense, Steve Feinberg, dans lequel il a annoncé que ce système IA devient un “programme officiel de référence” (Program of record, NDLR).
Sa plateforme de commandement et de contrôle, Maven, la principale du DoD et qui a déjà servi aux frappes contre l’Iran ces dernières semaines, analyse les données du champ de bataille et identifie les cibles. Grâce au LLM d’Anthropic et, par la suite, d’OpenAI, Maven peut analyser rapidement d’importantes quantités de données provenant de satellites, de drones, de radars, de capteurs et de rapports de renseignement, et utiliser l’IA pour identifier automatiquement les menaces ou cibles potentielles, telles que des personnes, des véhicules militaires ennemis, les bâtiments et les stocks d’armes.
Ceci a été démontré lors d’une présentation au début du mois par Cameron Stanley, responsable du bureau de l’IA au Pentagone. « Quand nous avons commencé, il fallait littéralement des heures pour faire ce que vous venez de voir », a-t-il déclaré, selon une vidéo YouTube mise en ligne par l’entreprise la semaine dernière.
“Détecter, dissuader et dominer”
Steve Feinberg a affirmé dans son courrier que l’intégration du « Maven Smart System » de Palantir fournira aux combattants « les outils les plus récents nécessaires pour détecter, dissuader et dominer nos adversaires dans tous les domaines ». Des termes judicieusement sélectionnés. La supervision de la plateforme incombera à la Chief Digital Artificial Intelligence Office du Pentagone et les futurs contrats avec Palantir seront gérés par l’Armée de terre.
« Il est impératif que nous investissions dès maintenant et de manière ciblée pour approfondir l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) au sein de la Force conjointe et faire de la prise de décision assistée par l’IA la pierre angulaire de notre stratégie », lit-on encore dans la note.
Cette intégration de l’IA revient ainsi à Palantir, cette société controversée dont la qualification comme “programme officiel de référence” lui octroie une victoire, après avoir décroché, au fil des ans, une série croissante de contrats avec le gouvernement américain. Le dernier remonte à l’été pour un montant pouvant atteindre 10 milliards de dollars.
Le recours par l’armée américaine à l’IA avec de tels niveaux inquiète non seulement Anthropic et des cadres chez OpenAI mais également des experts, notamment ceux des Nations Unies qui avertissent contre le ciblage sans intervention humaine. L’IA pourrait reproduire des biais involontaires issus des données utilisées pour son entraînement. Des cas déjà relevés avec la reconnaissance faciale.
Palantir affirme que Maven ne prend pas de décision létale et les humains “restent responsables de la sélection ou de l’approbation des cibles”.