Le verbe gagner conjugué au temps trumpien


Au temps trumpien du présent déformé, par la crasseuse ignorance du passé (histoire) et la confiance arrogante dans le futur improbable algorithmé, par la réalité virtuelle (technologie/IA) et les fictions hollywoodiennes (conditionnement culturel par l’abrutissement), le verbe gagner se conjugue ainsi durant les 24 jours de guerre :

1. 1er jour : nous allons gagner rapidement

2. 2ème jour : nous avons gagné, tout est détruit.

3. 3ème jour : nous sommes en train de gagner.

4. 5ème jour : nous allons bombarder plus massivement pour pouvoir gagner.

5. 11ème jour : nous demandons l’aide de l’Otan et de la Chine pour gagner.

6. 15ème jour : nous gagnerons même sans l’aide des ingrats et des lâches de l’Europe et d’ailleurs.

7. 20ème jour : nous lançons un ultimatum de trois jours à l’Iran, sinon, nous gagnerons

8. 23ème jour : nous repoussons l’ultimatum, car nous avons de toute façon gagné.

Comment ne pas penser à Orwell qui, dans son ouvrage 1984, avait prédit , mais avec quelle précision, ce moment de perte de sens dans lequel le rythme de l’existence, animé par 4 temps indigents, serait sous le contrôle de 4 grands ministères :

1. Le ministère de la Vérité (l’écosystème-communicant des médias occidentaux) , qui s’occupait des divertissements, de l’information, de l’éducation et des beaux-arts.

2. Le ministère de la Paix (ONU et ses missions de maintien de la paix) , qui s’occupait de la guerre.

3. Le ministère de l’Amour (LGBTQ+) qui veillait au respect de la loi et de l’ordre, par le biais du mariage pour tous.

4. Le ministère de l’Abondance (la globalisation et la croissance), qui était responsable des affaires économiques.

Leurs noms, en novlangue, étaient : Miniver, Minipax, Miniamour, Miniplein.

Mais quel temps que celui de l’indigence ! Dommage qu’une certaine idéologie marxiste, figée dans l’interprétation immédiate de l’histoire, sans cette culture critique s’est contentée de voir dans cette œuvre intemporelle une critique du régime stalinien, oubliant que certaines œuvres nécessitent pour être comprises de faire appel à la culture critique.

Par culture critique, nous entendons ce que Bruno Lussato appelle la démarche « fondée sur la réflexion individuelle et libre qui induit l’interprétation des données nouvelles et même le rejet de systèmes de croyance collectifs ». Celle qui est constituée d’un flux constant de créations et d’analyses indépendantes qui cherchent à relier afin de faire émerger un sens qui dépasse l’horizon du présent. « Comme telle, la culture critique, donc individuelle, est un élément constant d’évolution personnelle et sociale, puisque la remise en cause des acquis aboutit immanquablement à un perfectionnement, en tout cas à une libération, à un enrichissement, à une plus grande efficacité » (Lussato et Messadié, Bouillon culture, 1974, p. 31)

C’est l’efficacité de cette démarche contextuelle qui nous permet de caractériser si bien l’insignifiance des réseaux académiques, médiatiques, culturels et militants haïtiens, et aussi d’ailleurs. Ce que d’ailleurs prouvera notre prochaine tribune.

Erno Renoncourt



Source link

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *