Accolades avec Washington sous un portrait de Lénine
À peine sorti d’une crise économique aiguë, le Sri Lanka a été ravagé par un cyclone à la fin du mois de novembre 2025. Plus de six cents personnes ont péri, cependant que 10 % de la population était touchée. De quoi compliquer la tâche du président « marxiste » élu en 2024, auquel la population reproche déjà d’avoir beaucoup promis, mais peu réalisé.

Vimukthi Embuldeniya. – Manifestation du Front de libération populaire (JVP) pour la Fête des travailleurs, 2018
© Vimukthi Embuldeniya – Pacific Press – ZUMA/REA
Mais comment le Sri Lanka s’est-il débarrassé de l’élite politico-administrative qui contrôlait l’île depuis 1947, un an avant l’indépendance du pays ? Tout commence en mars 2022. La pénurie chronique de devises étrangères s’aggrave à la suite de la pandémie de Covid-19, qui a fait plonger les recettes liées au tourisme. Bientôt, le pays ne peut plus financer ses importations essentielles. Le carburant, le gaz pour la cuisine, les médicaments et certains aliments manquent. Dans ce contexte, la corruption — rampante depuis longtemps — devient intolérable. Au mois de juillet, villes et campagnes, milieux populaires et classes moyennes voire aisées, tous se lèvent contre le Parti national uni (UNP), au pouvoir. La famille Rajapaksa cristallise la colère. Plusieurs de ses membres occupent des fonctions de premier plan : président de la République, premier ministre, ministre… Chargé des finances, le plus jeune des frères Rajapaksa, « Basil », est surnommé « Monsieur 10 % » en raison de sa propension — supposée — à percevoir des commissions sur les projets financés par son administration. Incapable de faire face aux échéances de la dette extérieure dans un contexte de pénurie alimentaire et d’hyperaugmentation du prix de l’essence, l’État fait défaut. Il voit bientôt les hommes en noir du Fonds monétaire international (FMI) lui proposer leurs « services ». On a connu plus efficace pour éteindre la colère sociale… Mais la révolte populaire demeure tout d’abord sans débouché.
Et puis, l’inimaginable advient. En septembre 2024, M. Anura Kumara Dissanayake (alias « AKD ») est élu président de la République. Pour la première fois dans l’histoire du Sri Lanka, un dirigeant du Front de libération populaire (JVP) accède à la fonction exécutive suprême. Deux mois plus tard, le Pouvoir populaire national (NPP), qui agrège autour du parti présidentiel une vingtaine de syndicats, d’organisations non gouvernementales (ONG) et de groupuscules de gauche, (…)
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