Au cœur du Limousin, un projet d’élevage hors sol de 1 200 porcs suscite l’opposition des riverains du lac de Vassivière qui redoutent une prolifération de cyanobactéries dans les eaux de cette étendue artificielle, l’une des plus vastes de l’Hexagone.
En 2024, le Gaec du Villard, une exploitation bovine installée à Royère-de-Vassivière (Creuse) qui voulait diversifier son activité, avait jeté l’éponge face à la fronde locale.
Mais finalement lle dossier est revenu sur la table de la préfecture, qui a organisé une consultation publique courant mars. Elle a engendré bon nombre de contributions défavorables, obligeant les services de l’État à ajouter un deuxième registre en mairie.
Les opposants mettent en cause l’épandage de lisier sur plusieurs parcelles qui, en s’infiltrant, pourrait polluer le lac de Vassivière, haut lieu touristique local, où huit millions d’euros viennent d’être investis pour rénover le réseau d’assainissement.
« Ce projet menace directement la qualité des eaux avec un risque de danger sur la santé humaine », considère Jean-Paul Gaulier, maire de la commune voisine de Faux-la-Montagne, en s’appuyant sur l’expertise d’un ingénieur en microbiologie. « Il y aura forcément des fuites de phosphore et d’azote, donc des incidences directes sur les cyanobactéries. »
– Crainte de répercussions économiques –
« Un apport en nutriments trop important dans les lacs et les rivières » peut en effet entraîner une prolifération de ces micro-organismes, présents naturellement dans les lacs et étangs, principalement en été », selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
Or, « en se multipliant de façon anormale », les cyanobactéries « peuvent produire de grandes quantités de toxines qui provoquent des troubles pour la santé, chez l’homme mais aussi chez l’animal » (irritations cutanées, nausées, vomissements ou encore maux de tête), souligne l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine. De nombreux lieux de baignade ont été fermés l’été dernier en France pour ce motif.
Le maire de Faux-la-Montagne craint aussi des répercussions sur l’activité économique du site où affluent, chaque été, des milliers de personnes. « Ils évoquent la création d’un emploi mais ce n’est rien comparé aux centaines d’emplois l’été, et aux dizaines l’hiver, qui seront impactés autour du lac », avertit l’élu.
Un collectif, baptisé « Non à la porcherie du lac », a réuni, le 21 mars, environ 400 manifestants sur l’île de Vassivière et une pétition en ligne approche les 70 000 signatures. Le parc naturel régional de Millevaches en Limousin et le syndicat mixte du lac de Vassivière ont émis des avis défavorables au projet.
À l’inverse, le président de la FDSEA de la Creuse, Christian Arvis, soutient une « diversification d’élevage nécessaire ».
– « Tout est en règle » –
« Avoir plusieurs productions sur l’exploitation agricole, c’est le meilleur moyen de pouvoir survivre en cas de crise dans la filière bovine, ovine ou porcine, juge-t-il. On ne peut pas parler de souveraineté alimentaire et empêcher les agriculteurs de produire. »
Et s’il « comprend les questionnements environnementaux », le syndicaliste assure que « tout est en règle ».
L’association Futur, qui défend la cause animale, s’inquiète du bien-être des cochons dans la future installation. « Le bâtiment fermé sera trop petit », affirme Louis Skrzyszowski, chargé d’enquêtes au sein de cette structure. « Les animaux vont être en état de stress car ils n’auront pas accès à l’extérieur. Et on sait ce que cela peut engendrer, pour eux mais aussi pour les consommateurs. »
Le projet inclut 800 places pour des cochons à l’engraissement et 400 pour des porcelets en post-sevrage, soit 1 200 en tout, la production moyenne des élevages de la filière française étant de 5 000 animaux par an.
Face aux critiques, le GAEC ne répond pas aux sollicitations médiatiques.
Fanny Dumet, responsable qualité de la coopérative porcine Cirhyo qui accompagne l’exploitation, avance pour sa part les conclusions d’une autre étude hydrogéologique qui évoque « un risque faible de dégradation des eaux de baignade ».
En outre, les épandages de lisier profiteront aux cultures sur les parcelles concernées, qui « vont capter davantage d’azote, de phosphore et de potasse » qu’avec d’autres engrais, a-t-elle déclaré au quotidien régional La Montagne.
Selon le maire de Faux-la-Montagne, le préfet de la Creuse doit se prononcer sur la demande d’autorisation à la mi-mai.