Extractivisme crépusculaire au Kazakhstan, par Charles Perragin (Le Monde diplomatique, avril 2026)


Des sanatoriums soviétiques aux villages de conteneurs

Les « monovilles », ces cités industrielles aux réserves géologiques exceptionnelles, produisent l’essentiel des exportations kazakhes. Érigées au temps de l’Union soviétique autour de grandes usines pourvoyeuses de services à la population, elles dépérissent, pillées par des investisseurs rapaces, tandis que les conditions de travail des sidérurgistes et des mineurs se détériorent.

À intervalles réguliers, l’alarme hurle dans le hangar des convertisseurs. Puis il y a ce sifflement assourdissant, celui de l’oxygène pulvérisé dans de grands fours remplis de métal liquide. « Ces machines tournent jour et nuit », lâche M. Erbol Ismaïlov, cadre de l’usine. Des cuves hautes de huit mètres, acheminées par un infatigable tortillard, y déversent régulièrement une coulée étincelante de fonte. Quelques ouvriers se pressent dans cet espace aux dimensions inhumaines, dans des fumées grises ou jaunes et une odeur âcre de peinture industrielle. Ici, on restaure, on répare. « On vient de remplacer 50 000 mètres carrés de toit », relève M. Ismaïlov. Le combinat métallurgique de Témirtaou, racheté en 2023 par Qarmet à ArcelorMittal, n’a pas vraiment changé depuis le temps où il était l’un des plus grands sites sidérurgiques de l’URSS. Malgré la vétusté des lieux, il reste le plus gros producteur d’acier d’Asie centrale et exporte vers la Chine, le Maroc et le Proche-Orient.

Comme un peu partout au Kazakhstan, l’extractivisme a transformé en ville ce qui n’était qu’un camp pénitentiaire par le travail, le Karaganda Lager, camp n° 99 — le « Karlag » —, bâti en 1930 au milieu de ces steppes. À la fin des années 1980, près de 47 000 métallurgistes travaillaient dans cette ville-aciérie. Mais, depuis la disparition de l’économie planifiée et le rachat en 1995 des murs à prix cassé par la multinationale indienne, les conditions économiques et sociales se dégradent. En 2023, ils ne sont plus que 16 000 ouvriers à suivre des cadences infernales dans un environnement insalubre : en plus des incendies, le plancher et la toiture s’effondrent régulièrement. En fin de mois, on peut espérer atteindre le salaire brut moyen national (912 dollars en 2023, soit 843 euros). Mais ceux, toujours plus nombreux, qui ont la malchance de travailler pour le compte des sous-traitants sont payés quatre fois moins et pas tous les mois. En 2023, ArcelorMittal accumulait (…)

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